À la recherche d’un Mai perdu

À la recherche d’un Mai perdu

 

Une terrasse à Paris, un soir à Montmartre… Je me garderai bien de croire que ce Marcel-là à un lien avec le nôtre.

Marcel à Montmartre

 

Ça tombe bien, cette chronique n’a que peu à voir avec Proust et son œuvre, sauf à penser que… Mais regardons de plus près.

Je rentre d’un cocktail de lancement dans un restaurant du coin du livre Le roman vrai de Mai 68. Il est signé Patrick Fillioud, avec des images de Gérard-Aimé (Lemieux éditeur, 2016). Le livre, singulier, décrit fort adroitement l’atmosphère de la fabrique d’où est sorti le mouvement, où sont nés les événements.

Livre P. Fillioud

 

J’ai connu l’auteur dans une radio qu’il présidait et dont je dirigeais la rédaction au quotidien. En 1968, il était lycéen gauchiste à Paris et j’étais étudiant en Histoire à Nanterre. Il remercie dix-huit acteurs de cette page mémorable du roman français — de Daniel Cohn-Bendit à, Alain Geismar, de Jean-Marcel Bouguereau à Marc Kravetz, de Roman Goupil à Pierre Ploix, plus moi. Dans la liste, je suis l’intrus, pas acteur majeur mais témoin chanceux puisque le 22 mars, journée fondatrice, j’enregistre sur un magnétophone à cassettes les heures qui vont participer à lancer la révolte nationale — un scoop mondial trois ans avant ma première carte de presse.

Quarante-huit ans plus tard, je revois pour la première fois certains de ces personnages. Je décide de les solliciter pour signer mon exemplaire déjà dédicacé par Patrick Fillioud.

Le premier est Pierre Ploix, alors étudiant en sociologie à Nanterre, membre du mouvement du 22-Mars, réputé « cogneur ». Après des années militantes, il fonde une coopérative agricole en Polynésie, puis s’en va en Afrique du Sud travailler auprès de l’ANC de Mandela. Il est aujourd’hui professeur de Taiji Quan, des arts martiaux. Fini les camarades si j’en crois ses mots :

Pierre Ploix

 

Le second est Alain Geismar, alors secrétaire général du Snesup, l’enseignant du triumvirat constitué avec Jacques Sauvageot, président de l’Unef, et Dany,  le rouquin enragé. Lui sourit d’un air mutin avant de se prêter au jeu :

Alain Geismar

 

Après ces deux témoignages troublants, je choisis de cesser là, avec des sentiments mitigés. On ne revit pas deux fois l’Histoire. La fraternité ressurgie sans crier gare au bout d’un demi-siècle peut-elle être autre chose qu’un artifice ? Mai-68, c’était si loin — des souvenirs…

 

J’ai marché ensuite, remontant jusqu’au Sacré-Cœur à l’ombre duquel le Chat Noir n’est plus un cabaret :

Le Chat Noir

 

Dans Du côté de chez Swann, Charles se fait raconter par Palamède une soirée avec Odette :

*Mais quelle drôle d’idée elle a eue d’aller ensuite au Chat Noir, c’est bien une idée d’elle… Non ? c’est vous. C’est curieux.

 

Ainsi va la vie…

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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