Une scie finalement, l’humour de Proust

Une scie finalement, l’humour de Proust

 

Ils deviennent finalement nombreux ceux qui affirment être des rares (sinon le seul) à avoir décelé l’humour de Marcel Proust.

La chronique de ces chroniques relève ainsi Laure Hillerin (hier), Jean-Yves Tadié (la veille), Jean-Marie Rouart (chronique Rire avec Proust), moi-même (chroniques Vous avez dit farcesque ?)…

Dès 1965, le Bulletin de la Sampac publie un article intitulé « L’humour et l’esprit dans l’œuvre de Proust ».

Bref, les singuliers sont fort pluriels.

Ajoutons à la liste Hippolyte Wouters, avocat belge au Barreau de Bruxelles, premier champion du monde de Scrabble francophone, écrivain, auteur de pièces de théâtre et de L’humour chez Proust, Éditions La Pensée universelle, 1995, réédité en 2012. Son ouvrage m’a été offert par une compatriote (en réalité franco-belge), Hélène Godeaux, que j’ai eu le plaisir d’héberger à Illiers-Combray.

Lui aussi a sélectionné des extraits de la Recherche qu’il introduit et propose. Les occasions de s’amuser avec Me Wouters dépassent l’œuvre.

Ainsi, il évoque « une dame charmante et respectable qui s’état exclamée : “Ah ! Proust, quel auteur merveilleux ! Et Madeleine, quelle héroïne touchante ». « Devinant qu’elle aimerait mieux être trompée que détrompée, je me bornai à lui répondre : “Oui, Madame, cette madeleine est vraiment une héroïne pleine de bon thé.“ »

Ou des mots de Marcel Proust (dont certains seront recyclés dans son œuvre) : « Un jour, Proust avait écouté l’opéra de Debussy Pelléas et Mélisande, au théâtrophone. Racontant ses impressions à son ami Reynaldo Hahn, il lui dit : “À un moment donné, je trouvai la musique agréable mais pourtant un peu amorphe, quand je me suis aperçu que c’était l’entracte ! »

Et cet autre : «  Il lui arrive parfois dans sa correspondance, pourtant si tarabiscotée et grouillante de courbettes, de se livrer à une petite tirade comique. Voici notamment l’extrait d’une lettre adressée, semble-t-il, à Jacques Porel à propos d’un tapage nocturne dont certains occupants de son immeuble avaient l’air de se plaindre :

“N’ayant ni piano, ni maîtresse, je suis innocent des bruits de l’immeuble qui amènent des réclamations d’un étage à l’autre. Les voisins, dont me séparent la cloison, font d’une part l’amour tous les jours avec une frénésie dont je suis jaloux. Quand je pense que pour moi, cette sensation est plus faible que de boire un verre de bière fraîche, j’envie les gens qui peuvent pousser des cris tels que la première fois j’ai cru à un assassinat, mais bien vite le cri de la femme, repris d’un octave plus bas par l’homme, m’a rassuré sur ce qui se passait. Je ne suis pas responsable de ce boucan qui doit être entendu jusqu’à des distances aussi grandes que le cris des baleines amoureuses que Michelet montre, dressées comme les deux tours de Notre-Dame…“ »

 

Cent pages d’humour proustien à déguster sans modération.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 

 

Centre culturel d’Uccle

10 juin

 

trésors et pépites

Conférence-spectacle

Anne Coutureau

 

20 € + &1,5 de frais de réservation

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Une scie finalement, l’humour de Proust”

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  1. Cher Patrice,

    Merci de cet hommage à mon ami Hippolyte qui était un peu seul à l’époque à trouver notre Proust comique…je n’ai pas lu le livre d’Hippolyte à l’époque, étant à peine née!…Mais je n’ai, depuis que je lis Proust et c’est il y a longtemps, jamais trouvé d’auteur aussi drôle

    Nous avons pu voir la nouvelle pièce d’Hippolyte en création mondiale dans son théâtre ce mardi soir : »Adam et Eve et Dieu »…finement ciselée en alexandrins, remarquablement interprétée, très drôle aussi. Et je me réjouis de revoir son spectacle proustien que j’ai déjà vu à Paris au petit Montparnasse. Soyons fous! Amitiés. Hélène

  2. On vous attendait, Godeaux…

    (bon d’accord, je sors)

  3. Rare ou pas, je suis de ceux qui ont été frappés par l’humour dans la Recherche. C’est d’ailleurs, j’ose le reconnaître, l’un des principaux aspects que j’avais retenus de ma première lecture.
    Dans une chronique assez récente que je ne retrouve pas, nous autres commentateurs avions été invités à évoquer des passages de la Recherche à nos yeux pleins de cet esprit proustien.

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