Un certain Marcel Pr…st

Un certain Marcel Pr…st

 

« Deux certains » serait plus judicieux ! Plus d’une fois on les a confondus.

Voici Marcel Proust et Marcel Prévost.

Tous deux sont écrivains, le premier est né onze ans après le second mais est mort dix-neuf ans avant lui. Il aurait aimé porter l’épée académique comme l’a fait l’autre, qui fut ingénieur des manufactures de tabacs.

On se souvient de l’un grâce à une certaine œuvre intitulée À la recherche du temps perdu. Qui lit encore les livres de l’autre, Chonchette, Les Demi-Vierges, Les Don Juanes ?

Les deux hommes se connaissent mais sans ne nourrir pas de sentiments de forte estime réciproque : « Vous savez l’horreur que j’ai des romans de Marcel Prévost », écrit Proust à Reynaldo Hahn en 1910, tandis qu’en 1912 Prévost refuse pour La Revue de Paris un article de Proust sur La Colline inspirée de Barrès. La même année, Proust note : « Je suis entièrement inconnu… Quand les lecteurs, chose rare, m’écrivent au Figaro après un article, ils envoient les lettres à Marcel Prévost dont mon nom semble n’être qu’une faute d’impression. »

Dix ans plus tard, les renommées sont corrigées (sinon inversées). Le 12 juin, Proust se rend à une grande réception donnée par Mme Hennessy dans son hôtel du 85, rue de la Faisanderie, « la plus belle demeure de Paris ».  Chez les biographes (Tadié, Painter, Picon), les versions varient sur une trame commune. Tentons une synthèse : Proust parle à Boni de Castellanne quand il entend quelqu’un qui le désigne à un autre : « Tenez : Un homme noir, dépeigné, qui a l’air très malade. — Ah ! Je le vois. À son air j’avais tout de suite senti qu’il n’était pas de notre monde. — Taisez-vous, c’est un génie. Il a la fièvre des foins. — Mais qui est-ce ? — C’est le fameux Marcel Prévost, l’auteur des Don Juanes. » L’Américain croit même savoir que Prévost était là en personne. En tous cas, dans un mot à son hôtesse, Proust s’amuse fort de ce quiproquo.

Les Enthoven, revendiquant leur désinvolture dans leur Dictionnaire amoureux, sont les seuls à évoquer le dialogue amorcé entre les deux Marcel : « Cher Monsieur Proust, imaginez-vous que — Proust essaie en vain d’esquiver l’échange — pas plus tard que l’autre jour, on nous a confondus, vous et moi, et il m’arrive souvent de recevoir du courrier qui vous est adressé. » Proust aurait répondu : « En effet, Monsieur, nous partageons les mêmes initiales, mais c’est à peu près tout » — et de tourner les talons.

 

Cette proximité de prénom et de patronyme provoquera deux bévues post mortem dans la presse étrangère : Au Portugal, le Diario de Noticias, publie à sa « une », le 21 novembre 1922, une étrange nécrologie : « Marcel Prévost est-il mort ? » Et de s’interroger si c’est bien « un des plus chers romanciers » français ou un écrivain modeste quasi inconnu au Portugal.

D’ailleurs, le lendemain, le même informe que Marcel Prévost est bien vivant. Quant au « romancier décédé, méritant peut-être l’admiration de personnes écrivant comme lui — avec un style qui se brouille et que personne ne comprend — [il] était cependant très loin de mériter  que les fils télégraphiques bougeassent avec sa mort ». Et Proust de se retourner sans doute dans sa tombe.

L’année suivante, la première évocation de Proust se trouve dans la revue Xiaoshuo yeubao (Short Story Magazine). C’est encore une nécrologie, signée Shen Yanbing. Il y est présenté en « ingénieur des tabacs élu à l’Académie française en 1909 » !

 

Quand la malédiction insiste !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Le plaisant est que l’étymologie du nom de Proust est… prévôt.

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