Proust parle latin

Proust parle latin

 

Françoise l’affirme dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « Le diable lui-même y perdrait son latin ».

Toute morte soit-elle, la langue vit chez Proust, avec force mots, locutions et proverbes. Elle est chérie par Brichot, mais aussi Saint-Loup et Cottard.

Revue de détail — sans l’aide du Gaffiot :

 

Ab uno disce omnes = Et qu’un seul vous apprenne à les connaître tous.

*« Voyez-vous, reprit M. de Guermantes, même au point de vue de ses chers juifs, puisqu’il tient absolument à les soutenir, Swann a fait une boulette d’une portée incalculable. Il prouve qu’ils sont en quelque sorte forcés de prêter appui à quelqu’un de leur race, même s’ils ne le connaissent pas. C’est un danger public. Nous avons évidemment été trop coulants, et la gaffe que commet Swann aura d’autant plus de retentissement qu’il était estimé, même reçu, et qu’il était à peu près le seul juif qu’on connaissait. On se dira : Ab uno disce omnes. » (La satisfaction d’avoir trouvé à point nommé, dans sa mémoire, une citation si opportune éclaira seule d’un orgueilleux sourire la mélancolie du grand seigneur trahi.) IV

 

Ad hominem = contre l’homme 

Se dit d’un argument qui s’en prend à la personne plutôt qu’à ses idées.

*— Bien entendu, dit le duc, de fort mauvaise humeur, les Alphonse Rothschild, bien qu’ayant le tact de ne jamais parler de cette abominable affaire, sont dreyfusards dans l’âme, comme tous les Juifs. C’est même là un argument ad hominem (le duc employait un peu à tort et à travers l’expression ad hominem) qu’on ne fait pas assez valoir pour montrer la mauvaise foi des Juifs. V

 

A frigore = par le froid

*— Gare aux étouffements, reprit le marquis [de Cambremer]. Ma sœur ne sort jamais le soir. Du reste, elle est assez mal hypothéquée en ce moment. Ne restez pas en tous cas ainsi tête nue, mettez vite votre couvre-chef. — Ce ne sont pas des étouffements a frigore, dit sentencieusement Cottard. — Ah ! alors, dit M. de Cambremer en s’inclinant, du moment que c’est votre avis… IV

 

Alter ego = autre moi 

Se dit d’une personne en qui on a toute confiance, d’une âme sœur.

*Et si je demandais : « Connaissez-vous les Guermantes ? », Legrandin le causeur répondait : « Non, je n’ai jamais voulu les connaître. » Malheureusement il ne le répondait qu’en second, car un autre Legrandin qu’il cachait soigneusement au fond de lui, qu’il ne montrait pas, parce que ce Legrandin-là savait sur le nôtre, sur son snobisme, des histoires compromettantes, un autre Legrandin avait déjà répondu par la blessure du regard, par le rictus de la bouche, par la gravité excessive du ton de la réponse, par les mille flèches dont notre Legrandin s’était trouvé en un instant lardé et alangui, comme un saint Sébastien du snobisme : « Hélas ! que vous me faites mal, non je ne connais pas les Guermantes, ne réveillez pas la grande douleur de ma vie. » Et comme ce Legrandin enfant terrible, ce Legrandin maître chanteur, s’il n’avait pas le joli langage de l’autre, avait le verbe infiniment plus prompt, composé de ce qu’on appelle « réflexes », quand Legrandin le causeur voulait lui imposer silence, l’autre avait déjà parlé et notre ami avait beau se désoler de la mauvaise impression que les révélations de son alter ego avaient dû produire, il ne pouvait qu’entreprendre de la pallier. I

 

A priori  = antérieur à l’expérience

Abréviation de a priori ratione, soit par une raison qui précède.

*Or, n’osant pas se dire, par peur de ne pas le croire, qu’il aimerait toujours Odette, du moins en cherchant á supposer qu’il fréquenterait toujours les Verdurin (proposition qui, a priori, soulevait moins d’objections de principe de la part de son intelligence), il se voyait dans l’avenir continuant à rencontrer chaque soir Odette ; cela ne revenait peut-être pas tout à fait au même que l’aimer toujours, mais, pour le moment, pendant qu’il l’aimait, croire qu’il ne cesserait pas un jour de la voir, c’est tout ce qu’il demandait. I

*Swann fut embarrassé et ne savait pas à quel ton il devait se hausser pour parler d’elle à mon oncle. Il posa d’abord l’excellence a priori d’Odette, l’axiome de sa supra-humanité séraphique, la révélation de ses vertus indémontrables et dont la notion ne pouvait dériver de l’expérience. I

* Tout au plus pense-t-on d’un acteur du Théâtre-Français : « Pourquoi au lieu de laisser retomber son bras levé l’a-t-il fait descendre par petites saccades coupées de repos, pendant au moins dix minutes ? » ou d’un Labori : « Pourquoi, dès qu’il a ouvert la bouche, a-t-il émis ces sons tragiques, inattendus, pour dire la chose la plus simple ? » Mais comme tout le monde admet cela a priori, on n’est pas choqué. III

*« Ah ! Taquin le Superbe », disait la princesse de Parme, les yeux écarquillés par une admiration a priori, mais qui implorait un supplément d’explications auquel ne se refusait pas la princesse d’Épinay. III

*La princesse Mathilde n’en répandit pas moins le ruissellement généreux et doux de sa grâce souveraine sur les laiderons calamiteux que la duchesse de Guermantes se garda bien, elle, de convier, quand ce fut son tour de recevoir la princesse, et qu’elle remplaça, sans raisonnements a priori sur le bonapartisme, par le plus riche bouquet de toutes les beautés, de toutes les valeurs, de toutes les célébrités qu’une sorte de flair, de tact et de doigté lui faisait sentir devoir être agréables à la nièce de l’empereur, même quand elles étaient de la propre famille du roi. III

*Mais si le surcroît de joie, apporté par la vue des femmes impossibles à imaginer a priori, me rendait plus désirables, plus dignes d’être explorés, la rue, la ville, le monde, il me donnait par là même la soif de guérir, de sortir, et, sans Albertine, d’être libre. V

*Certainement s’il avait été chrétien, les Juifs ne se seraient pas intéressés à lui, mais ils l’ont fait parce qu’ils sentent bien que s’il n’était pas Juif, on ne l’aurait pas cru si facilement traître a priori, comme dirait mon neveu Robert. V

*En tous cas, un wagon de première classe cessa d’être considéré a priori comme plus beau que Saint-Marc de Venise. V

*L’idée de son unicité n’était plus un a priori métaphysique puisé dans ce qu’Albertine avait d’individuel, comme jadis pour les passantes, mais un a posteriori constitué par l’imbrication contingente et indissoluble de mes souvenirs. V

 

A posteriori = issu de l’expérience

*L’idée de son unicité n’était plus un a priori métaphysique puisé dans ce qu’Albertine avait d’individuel, comme jadis pour les passantes, mais un a posteriori constitué par l’imbrication contingente et indissoluble de mes souvenirs. V

 

Arcades ambo = Arcadiens tous deux

Dans les Bucoliques, Virgile met en scène deux aulètes (joueurs d’aulos), ambo florentes selatibus, Arcades ambo, « tous deux jeunes, Arcadiens tous deux. » L’Arcadie était connue pour ses ânes. Cette formule est utilisée pour désigner deux sots ou un couple prêtant à la plaisanterie.

*Votre père a un but important dans la vie ; il doit y marcher droit, sans se laisser détourner à battre les buissons, fût-ce les buissons, d’ailleurs plus épineux que fleuris, du jardin d’Academus. D’ailleurs il ne réunirait que quelques voix. L’Académie aime à faire faire un stage au postulant avant de l’admettre dans son giron. Actuellement, il n’y a rien à faire. Plus tard je ne dis pas. Mais il faut que ce soit la Compagnie elle-même qui vienne le chercher. Elle pratique avec plus de fétichisme que de bonheur le « Farà da se » de nos voisins d’au delà des Alpes. Leroy-Beaulieu m’a parlé de tout cela d’une manière qui ne m’a pas plu. Il m’a du reste semblé à vue de nez avoir partie liée avec votre père. Je lui ai peut-être fait sentir un peu vivement qu’habitué à s’occuper de cotons et de métaux, il méconnaissait le rôle des impondérables, comme disait Bismarck. Ce qu’il faut éviter avant tout, c’est que votre père se présente : « Principiis obsta ». Ses amis se trouveraient dans une position délicate s’il les mettait en présence du fait accompli. Tenez, dit-il brusquement d’un air de franchise, en fixant ses yeux bleus sur moi, je vais vous dire une chose qui va vous étonner de ma part à moi qui aime tant votre père. Eh bien, justement parce que je l’aime, justement (nous sommes les deux inséparables, Arcades ambo) parce que je sais les services qu’il peut rendre à son pays, les écueils qu’il peut lui éviter s’il reste à la barre, par affection, par haute estime, par patriotisme, je ne voterais pas pour lui. III

 

Casus fœderis = raison de s’allier

Dans un traité, clause prévoyant une obligation d’assistance, en particulier en cas d’agression armée.

* La personne qui profita le moins de ces deux unions fut la jeune Mademoiselle d’Oloron qui, déjà atteinte de la fièvre typhoïde le jour du mariage religieux, se traîna péniblement à l’église et mourut quelques semaines après. La lettre de faire-part, qui fut envoyé quelque temps après sa mort, mêlait à des noms comme celui de Jupien presque tous les plus grands de l’Europe, comme ceux du vicomte et de la vicomtesse de Montmorency, de S. A. R. la comtesse de Bourbon-Soissons, du prince de Modène-Este, de la vicomtesse d’Edumea, de lady Essex, etc., etc. Sans doute, même pour qui savait que la défunte était la nièce de Jupien, le nombre de toutes ces grandes alliances ne pouvait surprendre. Le tout, en effet, est d’avoir une grande alliance. Alors, le casus fœderis venant à jouer, la mort de la petite roturière met en deuil toutes les familles princières de l’Europe. VI

Dignus est intrare = il est digne d’entrer

Formule empruntée à la cérémonie burlesque du Malade imaginaire de Molière, et qui s’emploie toujours par plaisanterie, quand il s’agit d’admettre quelqu’un dans une corporation ou une société.

*Pourtant la rieuse cordialité de son accueil fut dissipée par la vue d’un inconnu qui ne savait pas se dégager des volants de verre. Cette marque flagrante d’ignorance lui fit froncer le sourcil comme à un examinateur qui a bonne envie de ne pas prononcer le dignus est intrare. Pour comble de malchance j’allai m’asseoir dans la salle réservée à l’aristocratie d’où il vint rudement me tirer en m’indiquant, avec une grossièreté à laquelle se conformèrent immédiatement tous les garçons, une place dans l’autre salle. III

 

Dii omen avertant = Que les dieux détournent ce présage

Abréviation de Quod di omen avertant. Oraisons, Cicéron

*J’espère qu’en tous cas, même si (Dii omen avertant) le baron ne devait plus retourner quai Conti, ce schisme ne s’étendrait pas jusqu’à moi. V

 

Ex nihilo = à partir de rien

Se dit d’une création par opposition à une creatio ex materia à partir d’un matériau ou d’un substrat préexistant.

*Mais ce que je ne pouvais pas comprendre (comme les personnes qui trouvent que ce n’est pas de jeu que survienne une guerre entre deux pays quand il n’a encore été question que d’une rectification de frontière, ou la mort d’un malade alors qu’il n’était question que d’une grosseur du foie), c’était comment Saint-Loup avait pu faire suivre ces paroles qui appréciaient une nuance d’amabilité, d’un geste qui ne sortait nullement d’elles, qu’elles n’annonçaient pas, le geste de ce bras levé non seulement au mépris du droit des gens, mais du principe de causalité, en une génération spontanée de colère, ce geste créé ex nihilo. III

 

Extinctor draconis latrator Anubis = Anubis aboyeur vainqueur du dragon

*— Mais mon petit Charles, je m’ennuie après votre photographie.

— Ah ! extinctor draconis latrator Anubis, dit Swann.

— Oui, c’est si joli ce que vous m’avez dit là-dessus en comparaison du Saint-Georges de Venise. Mais je ne comprends pas pourquoi Anubis. III

 

le fas et nefas = le permi et le pas permis

Utilisé dans l’expression Per fas et nefas, par toutes les voies, par tous les moyens possibles.

*Quant au vice de M. de Charlus, il ne l’avait partagé à aucun degré, mais y avait trouvé plutôt un élément de couleur dans le personnage, le fas et nefas, pour un artiste, consistant non dans des exemples moraux, mais dans des souvenirs de Platon ou du Sodoma. V

 

Felix culpa = heureuse faute

Extrait de l’Exultet, chant liturgique de la nuit de Pâques : O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !, soit O heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur !

*Je dis à Mme de Guermantes que j’avais rencontré M. de Charlus. Elle le trouvait encore plus «baissé» qu’il n’était, les gens du monde faisant des différences en ce qui concerne l’intelligence, non seulement entre divers gens du monde chez lesquels elle est à peu près semblable, mais même chez une même personne à différents moments de sa vie. Puis elle ajouta : « Il a toujours été le portrait de ma belle-mère ; c’est encore plus frappant maintenant ». Cette ressemblance n’avait rien d’extraordinaire. On sait en effet que certaines femmes se projettent en quelque sorte elles-mêmes en un autre être avec la plus grande exactitude, la seule erreur est dans le sexe. Erreur dont on ne peut pas dire : felix culpa, car le sexe réagit sur la personnalité et chez un homme le féminisme devient afféterie, la réserve, susceptibilité, etc. N’importe, dans la figure, fût-elle barbue, dans les joues, même congestionnées sous les favoris, il y a certaines lignes superposables à quelque portrait maternel. Il n’est guère de vieux Charlus qui ne soit une ruine où l’on ne reconnaisse avec étonnement sous tous les empâtements de la graisse et de la poudre de riz quelques fragments d’une belle femme, en sa jeunesse éternelle. VII

 

Grande spatium mortalis aevi ou grande mortalis aevi spatium = Longue durée dans la vie d’un mortel.

Extrait de Vie d’Agricola, de Tacite.

*Je lui répondis [à Brichot] que j’étais assez curieux de voir le salon où Swann rencontrait jadis tous les soirs Odette. « Comment, vous connaissez ces vieilles histoires ? me dit-il. Il y a pourtant de cela jusqu’à la mort de Swann ce que le poète appelle à bon droit : grande spatium mortalis aevi. » V

*je compris Brichot quand il me dit en souriant : «Tenez, voyez-vous ce fond de salon, cela du moins peut, à la rigueur, vous donner l’idée de la rue Montalivet il y a vingt-cinq ans, grande mortalis aevi spatium.» À son sourire, dédié au salon défunt qu’il revoyait, je compris que ce que Brichot, peut-être sans s’en rendre compte, préférait dans l’ancien salon, plus que les grandes fenêtres, plus que la gaie jeunesse des Patrons et de leurs fidèles, c’était cette partie irréelle (que je dégageais moi-même de quelques similitudes entre la Raspelière et le quai Conti) V

 

Habent sua fata libelli = Les livres ont leur propre destin

Extrait de De litteris, De syllabis, de Térence le Maure : [Pro captu lectoris] habent sua fata libelli ([Selon les capacités du lecteur] les livres ont leur destinée).

*antidreyfusard militant qui flairait la préparation germanique bien longtemps avant la guerre, il [Brichot] s’était trouvé écrire très souvent : « J’ai dénoncé dès 1897 » ; « j’ai signalé en 1901 » ; « j’ai averti dans ma petite brochure aujourd’hui rarissime (habent sua fata libelli) » et ensuite l’habitude lui était restée. VII

 

Inculcabis super leonem et aspidem = Tu enseigneras sur le lion et l’aspic

Psaume XC

*Vous savez que mes armes contiennent la devise même de Notre-Seigneur : Inculcabis super leonem et aspidem, avec un homme représenté comme ayant à la plante de ses pieds, comme support héraldique, un lion et un serpent. Or si j’ai pu fouler ainsi le propre lion que je suis, c’est grâce au serpent et à sa prudence qu’on appelle trop légèrement parfois un défaut, car la profonde sagesse de l’Évangile en fait une vertu, au moins une vertu pour les autres. Notre serpent aux sifflements jadis harmonieusement modulés, quand il avait un charmeur – fort charmé, du reste – n’était pas seulement musical et reptile, il avait jusqu’à la lâcheté, cette vertu que je tiens maintenant pour divine, la Prudence. C’est cette divine prudence qui l’a fait résister aux appels que je lui ai fait transmettre de revenir me voir, et je n’aurai de paix en ce monde et d’espoir de pardon dans l’autre, que si je vous en fais l’aveu. C’est lui qui a été en cela l’instrument de la Sagesse divine, car je l’avais résolu, il ne serait pas sorti de chez moi vivant. Il fallait que l’un de nous deux disparût. J’étais décidé à le tuer. Dieu lui a conseillé la prudence pour me préserver d’un crime. VII

 

In extremis = à la dernière limite

Au tout dernier moment.

*En réalité, Mme de Saint-Euverte était venue, ce soir, moins pour le plaisir de ne pas manquer une fête chez les autres que pour assurer le succès de la sienne, recruter les derniers adhérents, et en quelque sorte passer in extremis la revue des troupes qui devaient le lendemain évoluer brillamment à sa garden-party. IV

* Le plus pressé était de lire la lettre d’Albertine puisque je voulais aviser aux moyens de la faire revenir. Je les sentais en ma possession, parce que, comme l’avenir est ce qui n’existe que dans notre pensée, il nous semble encore modifiable par l’intervention in extremis de notre volonté. VI

 

In medio stat virtus = La vertu se tient au milieu

*[Mme de Cambremer :] les Guermantes sont à moitié allemands. — Pour les Guermantes de la rue de Varenne, vous pouvez dire tout à fait, dit Cancan. Mais Saint-Loup, c’est une autre paire de manches ; il a beau avoir toute une parenté allemande, son père revendiquait avant tout son titre de grand seigneur français, il a repris du service en 1871 et a été tué pendant la guerre de la plus belle façon. J’ai beau être très à cheval là-dessus, il ne faut pas faire d’exagération ni dans un sens ni dans l’autre. In medio… virtus, ah ! je ne peux pas me rappeler. C’est quelque chose que dit le docteur Cottard. En voilà un qui a toujours le mot. IV

 

In pace = en paix

Nom du lieu de réclusion de l’Église catholique destiné aux ecclésiastiques.

*il [Charlus] disait à Jupien : « Il n’y aura pas d’alerte ce soir au moins, car je me vois d’ici calciné par ce feu du ciel comme un habitant de Sodome ». Et il affectait de redouter les gothas, non qu’il en éprouvât l’ombre de peur, mais pour avoir le prétexte dès que les sirènes retentissaient, de se précipiter dans les abris du métropolitain où il espérait quelque plaisir des frôlements dans la nuit, avec de vagues rêves de souterrains moyenâgeux et d’in pace. VII

 

In petto = dans son cœur

Dans son for intérieur.

*[Norpois :]— Tenez pour assuré que le ministre de la Guerre a dû, in petto du moins, vouer son chef d’état-major aux dieux infernaux. III

*[Morel :] « Je ne sais pas si je reviendrai », dit-il à sa femme de ménage, et il ajouta in petto : « Cela dépendra de la tournure que prendront les choses. » IV

*[Brichot :] J’avoue que, si j’avais alors su la vérité, je les eusses mangés avec une certaine gaieté en me récitant in petto le début d’une ode d’Horace que Diderot aimait à rappeler. V

 

Inter pocula = le verre en main

Abréviation de Inter pocula silent negocia, soit entre les verres, les affaires se taisent.

*[Norpois :] — Tenez pour assuré que le ministre de la Guerre a dû, in petto du moins, vouer son chef d’état-major aux dieux infernaux. Un désaveu officiel n’eût pas été à mon sens une superfétation. Mais le ministre de la Guerre s’exprime fort crûment là-dessus inter pocula. Il y a du reste certains sujets sur lesquels il est fort imprudent de créer une agitation dont on ne peut ensuite rester maître. III

 

Juro = Droit

*L’étranger, c’était le médecin mondain, ayant d’autres manières, d’autres relations. Pour bien faire, le malheureux dont nous parlons ici, afin de ne pas être accusé par ses collègues de les mépriser (quelle idée d’homme du monde !) s’il leur cachait la duchesse de Guermantes, espérait les désarmer en donnant les dîners mixtes où l’élément médical était noyé dans l’élément mondain. Il ne savait pas qu’il signait ainsi sa perte, ou plutôt il l’apprenait quand le conseil des Dix (un peu plus élevé en nombre) avait à pourvoir à la vacance d’une chaire, et que c’était toujours le nom d’un médecin plus normal, fût-il plus médiocre, qui sortait de l’urne fatale, et que le « veto » retentissait dans l’antique Faculté, aussi solennel, aussi ridicule, aussi terrible que le « juro » sur lequel mourut Molière. Ainsi encore du peintre à jamais étiqueté homme du monde, quand des gens du monde qui faisaient de l’art avaient réussi à se faire étiqueter artistes, ainsi pour le diplomate ayant trop d’attaches réactionnaires. III

 

Laïus = discours creux et interminable.

Forme latine du roi grec Laïos.

*Odette depuis un moment donnait des signes d’émotion et d’incertitude. À défaut du sens de ce discours, elle comprenait qu’il pouvait rentrer dans le genre commun des « laïus », et scènes de reproches ou de supplications dont l’habitude qu’elle avait des hommes lui permettait sans s’attacher aux détails des mots, de conclure qu’ils ne les prononceraient pas s’ils n’étaient pas amoureux, que du moment qu’ils étaient amoureux, il était inutile de leur obéir, qu’ils ne le seraient que plus après. I

 

Mæcenas atavis edite regibus = Mécène descendant d’un royal ancêtre

Début de la première Ode d’Horace.

*— Mæcenas atavis edite regibus ! dit Brichot en s’adressant à M. de Charlus, qui répondit par une légère inclinaison de tête à cette politesse. — Qu’est-ce que vous dites ? demanda Mme Verdurin à Brichot, envers qui elle aurait voulu tâcher de réparer ses paroles de tout à l’heure. — Je parlais, Dieu m’en pardonne, d’un dandy qui était la fleur du gratin IV

 

Mea culpa = ma faute

*[Charlus au Héros :] « Oui, nous nous sommes abîmés dans le dilettantisme, nous tous, vous aussi, rappelez-vous, vous pouvez faire comme moi votre mea culpa, nous avons été trop dilettantes. » Par surprise du reproche, manque d’esprit de répartie, déférence envers mon interlocuteur et attendrissement pour son amicale bonté, je répondis comme si, ainsi qu’il m’y invitait, j’avais aussi à me frapper la poitrine, ce qui était parfaitement stupide car je n’avais pas l’ombre de dilettantisme à me reprocher. VII

 

Memento quia pulvis es = Souviens-toi que tu es poussière

*c’est avec une stupéfaction presque désobligeante, où il entrait de la curiosité indiscrète, de la cruauté, un retour à la fois quiet et soucieux (mélange à la fois de suave mari magno et de memento quia pulvis, eût dit Robert), que tous les regards s’attachèrent à ce visage duquel la maladie avait si bien rongé, rogné les joues, comme une lune décroissante, que, sauf sous un certain angle, celui sans doute sous lequel Swann se regardait, elles tournaient court comme un décor inconsistant auquel une illusion d’optique peut seule ajouter l’apparence de l’épaisseur. IV

 

More geometrico = selon l’usage de la géométrie

Éthique (en latin, Ethica More Geometrico Demonstrata) est l’œuvre de Spinoza.

*figure à laquelle M. de Charlus appliquait, et avec une telle contention, toutes ses facultés spirituelles, et qui n’était pas, à vrai dire, de celles qu’on étudie d’habitude more geometrico, c’était celle que lui proposaient les lignes de la figure du jeune marquis de Surgis ; elle semblait, tant M. de Charlus était profondément absorbé devant elle, être quelque mot en losange, quelque devinette, quelque problème d’algèbre dont il eût cherché à percer l’énigme ou à dégager la formule. Devant lui les signes sibyllins et les figures inscrites sur cette table de la Loi semblaient le grimoire qui allait permettre au vieux sorcier de savoir dans quel sens s’orientaient les destins du jeune homme. IV

 

Mutatis mutandis =  en changeant ce qui doit être changé

En faisant les changements nécessaires, toutes choses égales d’ailleurs.

*[Norpois :] — Précisément, me dit-il tout à coup comme si la cause était jugée et après m’avoir laissé bafouiller en face des yeux immobiles qui ne me quittaient pas un instant, j’ai le fils d’un de mes amis qui, mutatis mutandis, est comme vous (et il prit pour parler de nos dispositions communes le même ton rassurant que si elles avaient été des dispositions non pas à la littérature, mais au rhumatisme et s’il avait voulu me montrer qu’on n’en mourait pas). Aussi a-t-il préféré quitter le quai d’Orsay où la voie lui était pourtant toute tracée par son père et sans se soucier du qu’en dira-t-on, il s’est mis à produire. II

 

Nec plus ultra = et pas plus [loin] au-delà

Ce qu’il y a de mieux.

*[Mme Cottard :] Comme dirait mon mari, le nec plus ultra. II

 

Ne varietur = qu’il ne soit rien changé

Se dit d’une édition qui donne le texte dans sa forme définitive.

*Il fallait la dépravation d’un amant rassasié pour que Swann préférât aux nombreuses photographies de l’Odette ne varietur qu’était sa ravissante femme, la petite photographie qu’il avait dans sa chambre, et où sous un chapeau de paille orné de pensées on voyait une maigre jeune femme assez laide, aux cheveux bouffants, aux traits tirés. II

 

Noli me tangere = Ne me touche pas

Traduction latine de la phrase que prononce le Christ lors de son apparition à Marie-Madeleine après sa résurrection.

Dicit ei Jesus : Noli me tangere, nondum enim ascendi ad Patrem meum : vade autem ad fratres meos, et dic eis : « Ascendo ad Patrem meum, et Patrem vestrum, Deum meum, et Deum vestrum. » :


[Jésus lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : « je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».]

*[Swann :] Quelle divination dans ce Noli me tangere du faubourg Saint-Germain I

 

Nunc erudimi = Maintenant soyez instruits

Et nunc reges, intelligite… erudimini, qui judicatis terram, soit Et maintenant, vous les grands de ce monde, instruisez-vous, vous qui décidez du sort du monde ! » Ce Psaume (2, 10) est cité par Bossuet dans son oraison funèbre de la reine Henriette d’Angleterre (« Madame se meurt, madame est morte »…) pour signifier que les malheurs des rois sont pour les hommes la plus éclatante et la plus instructive des leçons.

*j’ouvris la porte. Des deux côtés d’elle, à ma grande stupéfaction, se tenaient deux valets de pied qui s’éloignèrent lentement pour avoir l’air de s’être trouvés là seulement en passant pour leur service. (J’ai su depuis leurs noms, l’un s’appelait Burnier et l’autre Charmel.) Je ne fus pas dupe un instant de cette explication que leur démarche nonchalante semblait me proposer. Elle était invraisemblable ; trois autres me le semblèrent moins : l’une que le baron recevait quelquefois des hôtes, contre lesquels pouvant avoir besoin d’aide (mais pourquoi ?), il jugeait nécessaire d’avoir un poste de secours voisin ; l’autre, qu’attirés par la curiosité, ils s’étaient mis aux écoutes, ne pensant pas que je sortirais si vite ; la troisième, que toute la scène que m’avait faite M. de Charlus étant préparée et jouée, il leur avait lui-même demandé d’écouter, par amour du spectacle joint peut-être à un Nunc erudimini dont chacun ferait son profit. II

 

Opus francigenum = œuvre francilienne, style d’architecture gothique de l’île de France  

*le véritable opus francigenum, dont le secret n’a pas été perdu depuis le XIIIe siècle, et qui ne périrait pas avec nos églises, ce ne sont pas tant les anges de pierre de Saint-André-des-Champs que les petits Français, nobles, bourgeois ou paysans, au visage sculpté avec cette délicatesse et cette franchise restées aussi traditionnelles qu’au porche fameux, mais encore créatrices. III

Os homini sublime dedit cœlumque tueri jussit  = Il a donné à l’homme un visage élevé … vers le ciel.

Extrait des Métamorphoses d’Ovide.

*[Charlus à Cottard :] Un « gloria » serait assez convenable au lieu, n’est-ce pas, et aux circonstances, qu’en dites-vous ? — Je suis président de la ligue antialcoolique, répondit Cottard. Il suffirait que quelque médicastre de province passât, pour qu’on dise que je ne prêche pas d’exemple. Os homini sublime dedit cœlumque tueri », ajouta-t-il, bien que cela n’eût aucun rapport, mais parce que son stock de citations latines était assez pauvre, suffisant d’ailleurs pour émerveiller ses élèves. IV

 

Panem et circenses = du pain et des jeux du cirque

Dans Satire X, Juvénal stigmatise ainsi la conduite de la plèbe de Rome, qui n’a plus d’autre ambition que des distributions de blé et des spectacles gratuits.

*En même temps, par un travail parallèlement progressif, mais en sens inverse, Mme de Saint-Euverte avait d’année en année réduit le nombre des personnes inconnues au monde élégant. On avait cessé de voir l’une, puis l’autre. Pendant quelque temps fonctionna le système des « fournées », qui permettait, grâce à des fêtes sur lesquelles on faisait le silence, de convier les réprouvés à venir se divertir entre eux, ce qui dispensait de les inviter avec les gens de bien. De quoi pouvaient-ils se plaindre ? N’avaient-ils pas (panem et circenses), des petits fours et un beau programme musical ? IV

 

Pecus = troupeau

*Ce signe d’élection, dont l’habitude de dîner ensemble avait marqué les membres du petit groupe, ne les distinguait pas seulement quand, nombreux, en force, ils étaient massés, faisant une tache plus brillante au milieu du troupeau des voyageurs — ce que Brichot appelait le « pecus » — sur les ternes visages desquels ne pouvait se lire aucune notion relative aux Verdurin, aucun espoir de jamais dîner à la Raspelière. D’ailleurs, ces voyageurs vulgaires eussent été moins intéressés que moi si devant eux on eût prononcé — et malgré la notoriété acquise par certains — les noms de ces fidèles que je m’étonnais de voir continuer à dîner en ville, alors que plusieurs le faisaient déjà, d’après les récits que j’avais entendus, avant ma naissance, à une époque à la fois assez distante et assez vague pour que je fusse tenté de m’en exagérer l’éloignement. […] Mais si les noms des fidèles n’étaient pas connus du « pecus », leur aspect pourtant les désignait à ses yeux. IV

 

Péplum = tunique

*Mais une autre actrice donna la réplique à la première. J’avais dû me tromper en prenant celle-là pour la Berma, car la seconde lui ressemblait davantage encore et, plus que l’autre, avait sa diction. Toutes deux d’ailleurs ajoutaient à leur rôle de nobles gestes — que je distinguais clairement et dont je comprenais la relation avec le texte, tandis qu’elles soulevaient leurs beaux péplums — et aussi des intonations ingénieuses, tantôt passionnées, tantôt ironiques, qui me faisaient comprendre la signification d’un vers que j’avais lu chez moi sans apporter assez d’attention à ce qu’il voulait dire. II

*Je n’eus plus la même indulgence qu’autrefois pour les justes intentions de tendresse ou de colère que j’avais remarquées alors dans le débit et le jeu d’Aricie, d’Ismène et d’Hippolyte. Ce n’est pas que ces artistes — c’étaient les mêmes — ne cherchassent toujours avec la même intelligence à donner ici à leur voix une inflexion caressante ou une ambiguïté calculée, là à leurs gestes une ampleur tragique ou une douceur suppliante. Leurs intonations commandaient à cette voix : «Sois douce, chante comme un rossignol, caresse»; ou au contraire : «Fais-toi furieuse», et alors se précipitaient sur elle pour tâcher de l’emporter dans leur frénésie. Mais elle, rebelle, extérieure à leur diction, restait irréductiblement leur voix naturelle, avec ses défauts ou ses charmes matériels, sa vulgarité ou son affectation quotidiennes, et étalait ainsi un ensemble de phénomènes acoustiques ou sociaux que n’avait pas altéré le sentiment des vers récités.

De même le geste de ces artistes disait à leurs bras, à leur péplum : « Soyez majestueux. » Mais les membres insoumis laissaient se pavaner entre l’épaule et le coude un biceps qui ne savait rien du rôle ; ils continuaient à exprimer l’insignifiance de la vie de tous les jours et à mettre en lumière, au lieu des nuances raciniennes, des connexités musculaires ; et la draperie qu’ils soulevaient retombait selon une verticale où ne le disputait aux lois de la chute des corps qu’une souplesse insipide et textile. III

 

Per omnia sæcula sæculorum = par tous les siècles des siècles

Dans Le Médecin volant, Molière fait dire à son héros : « Ne vous imaginez pas que je sois un médecin ordinaire, un médecin du commun. Tous les autres médecins ne sont, à mon égard, que des avortons de médecine. J’ai des talents particuliers, j’ai des secrets. Salamalec, salamalec. « Rodrigue, as-tu du cœur? » Signor, si ; segnor, non. Per omnia sæcula sæculorum. » »

*Dans sa petite voiture conduite par une ânesse, qu’il arrêtait devant chaque maison pour entrer dans les cours, le marchand d’habits, portant un fouet, psalmodiait : « Habits, marchand d’habits, ha… bits » avec la même pause entre les deux dernières syllabes d’habits que s’il eût entonné en plain-chant : « Per omnia saecula saeculo… rum »  ou : « Requiescat in pa… ce », bien qu’il ne dût pas croire à l’éternité de ses habits et ne les offrît pas non plus comme linceuls pour le suprême repos dans la paix. V

 

Per viam rectam = pour une vie droite

De la bonne façon.

*Un jour, à l’heure du courrier, ma mère posa sur mon lit une lettre. Je l’ouvris distraitement puisqu’elle ne pouvait pas porter la seule signature qui m’eût rendu heureux, celle de Gilberte avec qui je n’avais pas de relations en dehors des Champs-Élysées. Or, au bas du papier, timbré d’un sceau d’argent représentant un chevalier casqué sous lequel se contournait cette devise : Per viam rectam, au-dessous d’une lettre, d’une grande écriture, et où presque toutes les phrases semblaient soulignées, simplement parce que la barre des t étant tracée non au travers d’eux, mais au-dessus, mettait un trait sous le mot correspondant de la ligne supérieure, ce fut justement la signature de Gilberte que je vis. II

 

Plus ultra Carolus = Plus loin Charles

« Plus ultra » est la devise nationale de l’Espagne, traduction latine de la devise Plus oultre, adoptée par l’empereur Charles Quint, au début du XVIe siècle.

*Force fut à M. de Charlus de se contenter, pour l’instant, de faire faire à Morel des bagues symboliques portant l’antique inscription : PLVS VLTRA CAROLVS. IV

 

Pons cui aperit = pont qui ouvre     

*La satisfaction que son orgueil recevait indirectement de cette réponse fit rire longuement M. de Cambremer. « Ah ! eh bien, l’auteur, comment dirais-je, de cette géographie, de ce glossaire, épilogue longuement sur le nom d’une petite localité dont nous étions autrefois, si je puis dire, les seigneurs, et qui se nomme Pont-à-Couleuvre. Or je ne suis évidemment qu’un vulgaire ignorant à côté de ce puits de science, mais je suis bien allé mille fois à Pont-à-Couleuvre pour lui une, et du diable si j’y ai jamais vu un seul de ces vilains serpents, je dis vilains, malgré l’éloge qu’en fait le bon La Fontaine (L’Homme et la couleuvre était une des deux fables). — Vous n’en avez pas vu, et c’est vous qui avez vu juste, répondit Brichot. Certes, l’écrivain dont vous parlez connaît à fond son sujet, il a écrit un livre remarquable. — Voire ! s’exclama Mme de Cambremer, ce livre, c’est bien le cas de le dire, est un véritable travail de Bénédictin — Sans doute il a consulté quelques pouillés (on entend par là les listes des bénéfices et des cures de chaque diocèse), ce qui a pu lui fournir le nom des patrons laïcs et des collateurs ecclésiastiques. Mais il est d’autres sources. Un de mes plus savants amis y a puisé. Il a trouvé que le même lieu était dénommé Pont-à-Quileuvre. Ce nom bizarre l’incita à remonter plus haut encore, à un texte latin où le pont que votre ami croit infesté de couleuvres est désigné : Pons cui aperit. Pont fermé qui ne s’ouvrait que moyennant une honnête rétribution. IV

 

Praeceptis salutaribus moniti et divina institutione formati audemus dicere  = Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son commandement divin, nous osons dire :

Formule du prêtre à la messe avant que les fidèles récitent le Pater Noster/Notre Père.

*On était obligé de rester sur la déception qu’il ne fût question que de tonneaux, car ce mot même était presque entièrement couvert par l’appel : « Vitri, vitri-er, carreaux cassés, voilà le vitrier, vitri-er », division grégorienne qui me rappela moins cependant la liturgie que ne fit l’appel du marchand de chiffons, reproduisant sans le savoir une de ces brusques interruptions de sonorité, au milieu d’une prière, qui sont assez fréquentes sur le rituel de l’Église : « Praeceptis salutaribus moniti et divina institutione formati audemus dicere », dit le prêtre en terminant vivement sur « dicere ». Sans irrévérence, comme le peuple pieux du moyen âge, sur le parvis même de l’église, jouait les farces et les soties, c’est à ce « dicere » que fait penser ce marchand de chiffons, quand, après avoir traîné sur les mots, il dit la dernière syllabe avec une brusquerie digne de l’accentuation réglée par le grand pape du VIIe siècle : « Chiffons, ferrailles à vendre » V

 

Principiis obsta (et respice finem) = résiste aux débuts et considère la fin.

Extrait de L’Art d’aimer, Ovide.

*Votre père a un but important dans la vie ; il doit y marcher droit, sans se laisser détourner à battre les buissons, fût-ce les buissons, d’ailleurs plus épineux que fleuris, du jardin d’Academus. D’ailleurs il ne réunirait que quelques voix. L’Académie aime à faire faire un stage au postulant avant de l’admettre dans son giron. Actuellement, il n’y a rien à faire. Plus tard je ne dis pas. Mais il faut que ce soit la Compagnie elle-même qui vienne le chercher. Elle pratique avec plus de fétichisme que de bonheur le « Farà da se » de nos voisins d’au delà des Alpes. Leroy-Beaulieu m’a parlé de tout cela d’une manière qui ne m’a pas plu. Il m’a du reste semblé à vue de nez avoir partie liée avec votre père. Je lui ai peut-être fait sentir un peu vivement qu’habitué à s’occuper de cotons et de métaux, il méconnaissait le rôle des impondérables, comme disait Bismarck. Ce qu’il faut éviter avant tout, c’est que votre père se présente : « Principiis obsta ». Ses amis se trouveraient dans une position délicate s’il les mettait en présence du fait accompli. Tenez, dit-il brusquement d’un air de franchise, en fixant ses yeux bleus sur moi, je vais vous dire une chose qui va vous étonner de ma part à moi qui aime tant votre père. Eh bien, justement parce que je l’aime, justement (nous sommes les deux inséparables, Arcades ambo) parce que je sais les services qu’il peut rendre à son pays, les écueils qu’il peut lui éviter s’il reste à la barre, par affection, par haute estime, par patriotisme, je ne voterais pas pour lui. III

 

Qualis artifex pereo = Quel artiste je meurs

Selon Suétone, dans Vie des douze Césars, c’est la dernière parole de l’empereur Néron, au moment de se poignarder. Plus attaché à sa valeur d’artiste qu’à la dignité impériale, il se tue en disant : « Quel artiste périt avec moi ! »

*[Brichot :] Pauvre Dechambre ! Comme le disait Mme Verdurin il n’y a pas deux mois : « À côté de lui Planté, Paderewski, Risler même, rien ne tient. » Ah ! il a pu dire plus justement que ce m’as-tu vu de Néron, qui a trouvé le moyen de rouler la science allemande elle-même : Qualis artifex pereo ! Mais lui, du moins, Dechambre, a dû mourir dans l’accomplissement du sacerdoce, en odeur de dévotion beethovenienne ; et bravement, je n’en doute pas ; en bonne justice, cet officiant de la musique allemande aurait mérité de trépasser en célébrant la Messe en ré. IV

 

Redfern fecit = C’est Redfern qui l’a fait

Fecit est la 3e personne du singulier du parfait de facere, faire.

*[Odette Swann à Mme Cottard :] Mais vous me semblez bien belle ? Redfern fecit ? II

 

Requiescat in pace = Qu’il repose en paix

*Dans sa petite voiture conduite par une ânesse, qu’il arrêtait devant chaque maison pour entrer dans les cours, le marchand d’habits, portant un fouet, psalmodiait : « Habits, marchand d’habits, ha… bits » avec la même pause entre les deux dernières syllabes d’habits que s’il eût entonné en plain-chant : « Per omnia saecula saeculo… rum»  ou : « Requiescat in pa… ce », bien qu’il ne dût pas croire à l’éternité de ses habits et ne les offrît pas non plus comme linceuls pour le suprême repos dans la paix. V

 

Semper idem = toujours le même

*Aussi, c’est moi maintenant qui me meurs. Votre fidèlement dévoué, Semper idem,

P. G. Charlus ». VII

 

Sic transit Gloria mundi = Ainsi passe la gloire du monde

Locution invitant à se garder de toute vanité.

*— Il croit qu’il a inventé la stratégie, poursuivit Mme de Guermantes, et puis il emploie des mots impossibles pour les moindres choses, ce qui n’empêche pas qu’il fait des pâtés dans ses lettres. L’autre jour, il a dit qu’il avait mangé des pommes de terre sublimes, et qu’il avait trouvé à louer une baignoire sublime.

— Il parle latin, enchérit le duc.

— Comment, latin ? demanda la princesse.

— Ma parole d’honneur ! que Madame demande à Oriane si j’exagère.

— Mais comment, Madame, l’autre jour il a dit dans une seule phrase, d’un seul trait : « Je ne connais pas d’exemple de Sic transit gloria mundi plus touchant » ; je dis la phrase à Votre Altesse parce qu’après vingt questions et en faisant appel à des linguistes, nous sommes arrivés à la reconstituer, mais Robert a jeté cela sans reprendre haleine, on pouvait à peine distinguer qu’il y avait du latin là-dedans, il avait l’air d’un personnage du Malade imaginaire ! Et tout ça s’appliquait à la mort de l’impératrice d’Autriche ! III

 

Sine materia = sans support matériel

* Peut-être est-ce parce qu’il [Swann] ne savait pas la musique qu’il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut-être pourtant les seules purement musicales, inattendues, entièrement originales, irréductibles à tout autre ordre d’impressions. Une impression de ce genre pendant un instant, est pour ainsi dire sine materia. Sans doute les notes que nous entendons alors, tendent déjà, selon leur hauteur et leur quantité, à couvrir devant nos yeux des surfaces de dimensions variées, à tracer des arabesques, à nous donner des sensations de largeur, de ténuité, de stabilité, de caprice. I

 

Suave mari magno = Il est doux, quand la mer agitée…

Début d’un poème de De Natura rerum, de Lucrèce. Il oppose à la cupidité et à l’ambition la paix du philosophe dans le sein de la sagesse :

Suave mari magno, turbantibus æquora ventis,

E terra magnum alterius spectare laborem,

Non quia vexari quemquam est jucunda voluptas.

Sed quibus ipse malis careas quia cernere suave est.

[Quand l’Océan s’irrite, agité par l’orage,

Il est doux, sans péril, d’observer du rivage

Les efforts douloureux des tremblants matelots

Luttant contre la mort sur le gouffre des flots ;

Et quoique à la pitié leur destin nous invite,

On jouit en secret des malheurs qu’on évite.]

*— Mon Dieu, c’était bougrement embêtant la Fille de Roland, dit M. de Guermantes qui en était resté à M. de Borgnier, avec la satisfaction que lui donnait le sentiment de sa supériorité sur une œuvre à laquelle il s’était tant ennuyé, peut-être aussi par le suave mari magno que nous éprouvons, au milieu d’un bon dîner, à nous souvenir d’aussi terribles soirées. Mais il y avait quelques beaux vers, un sentiment patriotique. III

*c’est avec une stupéfaction presque désobligeante, où il entrait de la curiosité indiscrète, de la cruauté, un retour à la fois quiet et soucieux (mélange à la fois de suave mari magno et de memento quia pulvis, eût dit Robert), que tous les regards s’attachèrent à ce visage duquel la maladie avait si bien rongé, rogné les joues, comme une lune décroissante, que, sauf sous un certain angle, celui sans doute sous lequel Swann se regardait, elles tournaient court comme un décor inconsistant auquel une illusion d’optique peut seule ajouter l’apparence de l’épaisseur. IV

*« La Valence, la belle Valence, la fraîche orange », les modestes poireaux eux-mêmes : « Voilà d’beaux poireaux », les oignons : « Huit sous mon oignon », déferlaient pour moi comme un écho des vagues où, libre, Albertine eût pu se perdre, et prenaient ainsi la douceur d’un Suave mari magno. V

*C’est le Suave mari magno que Swann lui-même me conseillait à l’égard des Verdurin, quand il avait depuis longtemps cessé d’être amoureux d’Odette et ne tenait plus au petit clan. VI

 

Sub rosa= sous la rose

L’expression exprime la confidentialité ou le secret d’une action particulière.

*— Je crois avoir entendu que le docteur parlait de cette vieille chipie de Blanche de Castille, si j’ose m’exprimer ainsi. N’est-il pas vrai, Madame ? demanda Brichot à Mme Verdurin qui, pâmant, les yeux fermés, précipita sa figure dans ses mains d’où s’échappèrent des cris étouffés.

— Mon Dieu, Madame, je ne voudrais pas alarmer les âmes respectueuses s’il y en a autour de cette table, sub rosa… Je reconnais d’ailleurs que notre ineffable république athénienne — ô combien ! — pourrait honorer en cette capétienne obscurantiste le premier des préfets de police à poigne. I

 

Sui generis = de son propre genre

Qui caractérise exclusivement quelque chose ou quelqu’un.

*Pour en revenir à l’antipathie qui animait les Courvoisier contre la duchesse de Guermantes, les premiers auraient pu avoir la consolation de la plaindre tant qu’elle fut jeune fille, car elle était alors peu fortunée. Malheureusement, de tout temps une sorte d’émanation fuligineuse et sui generis enfouissait, dérobait aux yeux, la richesse des Courvoisier qui, si grande qu’elle fût, demeurait obscure. III

 

Tantus ab uno splendor = Tant de splendeur venant d’un seul

Formule appliquée au [Roi-]Soleil.

*Et dans un mouvement d’orgueil presque fou, il [Charlus] s’écria en levant les bras : « Tantus ab uno splendor ! Condescendre n’est pas descendre, ajouta-t-il avec plus de calme, après ce délire de fierté et de joie. J’espère au moins que mes deux adversaires, malgré leur rang inégal, sont d’un sang que je peux faire couler sans honte. IV

 

Terra incognita = terre inexplorée

*Quand, dans une famille, un des membres émigre dans la haute société — ce qui lui semble à lui un phénomène unique, mais ce qu’à dix ans de distance il constate avoir été accompli d’une autre façon et pour des raisons différentes par plus d’un jeune homme avec qui il avait été élevé — il décrit autour de lui une zone d’ombre, une terra incognita, fort visible en ses moindres nuances pour tous ceux qui l’habitent, mais qui n’est que nuit et pur néant pour ceux qui n’y pénètrent pas et la côtoient sans en soupçonner, tout près d’eux, l’existence. II

*Albertine amie de Mlle Vinteuil et de son amie, pratiquante professionnelle du Saphisme, c’était, auprès de ce que j’avais imaginé dans les plus grands doutes, ce qu’est au petit acoustique de l’Exposition de 1889, dont on espérait à peine qu’il pourrait aller du bout d’une maison à une autre, les téléphones planant sur les rues, les villes, les champs, les mers, reliant les pays. C’était une terra incognita terrible où je venais d’atterrir, une phase nouvelle de souffrances insoupçonnées qui s’ouvrait. IV

 

Ultima ratio regum = [La force est] le dernier argument des rois 

Locution autorisant à user de la force quand les recours pacifiques ont échoué. Expression favorite de Richelieu, elle est gravée sur les canons de Louis XIV.

*« Si vous ne désarmiez pas, continua M. de Norpois sans attendre la réponse collective de Bloch, si, avant même que fût séchée l’encre du décret qui instituerait la procédure de révision, obéissant à je ne sais quel insidieux mot d’ordre vous ne désarmiez pas, mais vous confiniez dans une opposition stérile qui semble pour certains l’ultima ratio de la politique, si vous vous retiriez sous votre tente et brûliez vos vaisseaux, ce serait à votre grand dam. Êtes-vous prisonniers des fauteurs de désordre ? Leur avez-vous donné des gages ? » III

 

Urbi et orbi = à la Ville et au monde  

Formule papale pour sa bénédiction à Rome et au monde. Elle est tirée des Fastes d’Ovide : « Romanae spatium est urbis et orbis idem », soit les limites de la ville de Rome et de l’univers sont identiques.

*On plaisante beaucoup la manière dont Swann parle de sa femme, on en fait même des gorges chaudes. On ne demandait certes pas que plus ou moins conscient d’être… (vous savez le mot de Molière), il allât le proclamer urbi et orbi ; n’empêche qu’on le trouve exagéré quand il dit que sa femme est une excellente épouse. Or, ce n’est pas aussi faux qu’on le croit. II

Vade mecum = Viens avec moi

Guide, manuel porté sur soi.

*Pour moi, l’attitude, si noble d’ailleurs, de M. de Charlus avait quelque chose de comique ; car tantôt il foudroyait ses invités de regards enflammés, tantôt, afin de leur indiquer comme un vade mecum le religieux silence qu’il convenait d’observer, le détachement de toute préoccupation mondaine, il présentait lui-même, élevant vers son beau front ses mains gantées de blanc, un modèle (auquel on devait se conformer) de gravité, presque déjà d’extase, sans répondre aux saluts des retardataires assez indécents pour ne pas comprendre que l’heure était maintenant au Grand Art. V

 

Veto = Je m’oppose

Le mot permet d’arrêter unilatéralement une décision commune. Un veto donne un pouvoir illimité de blocage.

*L’étranger, c’était le médecin mondain, ayant d’autres manières, d’autres relations. Pour bien faire, le malheureux dont nous parlons ici, afin de ne pas être accusé par ses collègues de les mépriser (quelle idée d’homme du monde !) s’il leur cachait la duchesse de Guermantes, espérait les désarmer en donnant les dîners mixtes où l’élément médical était noyé dans l’élément mondain. Il ne savait pas qu’il signait ainsi sa perte, ou plutôt il l’apprenait quand le conseil des Dix (un peu plus élevé en nombre) avait à pourvoir à la vacance d’une chaire, et que c’était toujours le nom d’un médecin plus normal, fût-il plus médiocre, qui sortait de l’urne fatale, et que le « veto » retentissait dans l’antique Faculté, aussi solennel, aussi ridicule, aussi terrible que le « juro » sur lequel mourut Molière. Ainsi encore du peintre à jamais étiqueté homme du monde, quand des gens du monde qui faisaient de l’art avaient réussi à se faire étiqueter artistes, ainsi pour le diplomate ayant trop d’attaches réactionnaires. III

 

 

Les devises de Charlus

*Tandis que Morel me parlait, je regardais avec stupéfaction les admirables livres que lui avait donnés M. de Charlus et qui encombraient la chambre. Le violoniste ayant refusé ceux qui portaient : « Je suis au baron, etc. » devise qui lui semblait insultante pour lui-même comme un signe d’appartenance, le baron, avec l’ingéniosité sentimentale où se complaît l’amour malheureux, en avait varié d’autres, provenant d’ancêtres, mais commandées au relieur selon les circonstances d’une mélancolique amitié. Quelquefois elles étaient brèves et confiantes, comme « Spes mea » [Mon espoir], ou comme « Exspectata non eludet »[Il ne décevra pas]. Quelquefois seulement résignées, comme « J’attendrai ». Certaines galantes : « Mesmes plaisir du mestre » [Les mêmes plaisirs que ceux du maître], ou conseillant la chasteté, comme celle empruntée aux Simiane, semée de tours d’azur et de fleurs de lis et détournée de son sens : « Sustentant lilia turres » [Les tours supportent les lilas]. D’autres enfin désespérées et donnant rendez-vous au ciel à celui qui n’avait pas voulu de lui sur la terre : « Manet ultima caelo » [La fin appartient au ciel], et, trouvant trop verte la grappe qu’il ne pouvait atteindre, feignant de n’avoir pas recherché ce qu’il n’avait pas obtenu, M. de Charlus disait dans l’une : « Non mortale quod opto » [J’ai l’ambition d’être immortel]. Mais je n’eus pas le temps de les voir toutes.

Si M. de Charlus, en jetant sur le papier cette lettre, avait paru en proie au démon de l’inspiration qui faisait courir sa plume, dès que Morel eut ouvert le cachet : Atavis et armis [Par les ancêtres et par les armes], chargé d’un léopard accompagné de deux roses de gueules, il se mit à lire avec une fièvre aussi grande qu’avait eue M. de Charlus en écrivant, et sur ces pages noircies à la diable ses regards ne couraient pas moins vite que la plume du baron. IV

 

 

Les pages roses

Vous devriez avoir ici un petit Larousse. » Pour éviter de se prononcer sur la citation latine et abandonner le sujet de Saint-Loup, où son mari semblait trouver qu’elle manquait de tact, Mme de Cambremer se rabattit sur la Patronne IV

 

On se doit d’ajouter du « latin de cuisine » appelé « macaronique » par Brichot :

[Brichot à Charlus :] je me souviens maintenant d’une chanson de l’époque qu’on fit en latin macaronique sur certain orage qui surprit le Grand Condé comme il descendait le Rhône en compagnie de son ami le marquis de La Moussaye. Condé dit :

         Carus Amicus Mussexus,

            Ah ! Deus bonus quod tempus

                                   Landerirette

                       Imbre sumus perituri.

Et La Moussaye le rassure en lui disant :

         Securae sunt nostrae vitae

            Sumus enim Sodomitae

            Igne tantum perituri

                                   Landeriri. V

 

 

Le latin, c’est aussi l’antiquité romaine.

Histoire :

Les Albins, Antoine, Auguste, la famille Barca de Carthage, Cléopâtre, Hadrien, Hannibal, Lucullus, Mécène, Néron, Régulus, Spartacus, Tarquin le Superbe.

Créateurs :

Cicéron, Horace, Lucrèce, Ovide, Pétrone, Plaute, Pline le Jeune, Plotin, Tacite, [Térente], Virgile.

Mythologie :

Cérès, Diane, Hercule, Janus, Junon, Jupiter, Mars, Mercure, Minerve, Neptune, Saturne, Vénus.

Autre :

Testis = témoin, pseudonyme d’un diplomate français.

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Proust parle latin”

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  1. Merci beaucoup pour cette visite générale des langues étrangères dans la Recherche. Chacun aura remarqué qu’autant que les mots et expressions eux-mêmes, il est intéressant d’observer la variété des moyens et circonstances par lesquels ils surgissent dans la prose de Proust.

    Deux petites choses concernant les formules latines : « juro » signifie « je (le) jure » ; c’est ce que répond, à chaque engagement qu’on lui demande, le malade imaginaire croyant accéder au grade de docteur – le rêve de tout hypocondriaque. Proust suppose que Molière est mort en prononçant ces mots, parce qu’il est entré en agonie sur la scène, en jouant Le Malade imaginaire.

    Au temps de Proust, à la messe, quand le prêtre avait dit « audemus dicere » (nous osons dire), il entonnait seul le Pater noster, l’assistance écoutant silencieusement et ne reprenant avec lui qu’à la dernière formule: « sed libera nos a malo, amen ». Proust a très bien rendu, dans ce passage virtuose de La Prisonnière, le rythme et l’effet sonore de ce temps de silence durant lequel le prêtre, tourné vers la Croix, écarte légèrement les bras avant de reprendre.

  2. Dommage que vous n’ayez pas également traduit les citations latines qui abondent dans  » Sur la lecture  » ( page 38, Librio )

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