Le bon ton d’Alain de Botton

Le bon ton d’Alain de Botton

 

Il y a toujours une réponse quelque part… Ingénu, je me suis demandé un jour (impossible de retrouver dans quelle chronique) pourquoi Proust vivait à l’envers. C’est vrai, ça ! quelle est la justification de cette originalité ?

 

Je n’avais pas encore lu un livre présenté comme indispensable sur l’auteur d’À la recherche du temps perdu, Comment Proust peut changer votre vie. C’est la version française d’un essai écrit en anglais (How Proust Can Change Your Life, 1997) d’un Suisse francophone, Anglais d’adoption. Il est de bon ton de le trouver délicieux, instructif et drôle. Il se présente en neuf chapitres : « Comment aimer la vie aujourd’hui, Comment lire pour soi-même, Comment prendre son temps, Comment réussir ses souffrances, Comment exprimer ses émotions, Comment être un véritable ami, Comment ouvrir les yeux, Comment être heureux en amour, Comment laisser tomber un livre. »

1044 Alain de Botton

 

C’est dans une liste des afflictions physiques de Marcel Proust que j’ai trouvé la réponse à mon interrogation :

« Asthme : Les crises commencent alors qu’il a dix ans, et il en aura toute sa vie. Elles sont particulièrement sévères et durent plus d’une heure, jusqu’à dix fois par jour. Comme elles surviennent plus souvent le jour que la nuit [c’est moi qui souligne] Proust s’établit des habitudes nocturnes, se couche à sept heures du matin et se lève à quatre ou cinq heures de l’après-midi. »

C’est simple, mais Alain de Botton prend la peine de l’écrire. Qu’il en soit remercié.

 

Son petit livre fourmille de trouvailles. Ode à l’œuvre proustienne, elle s’offre quelques admiratives moqueries, d’un ton so british.

J’y ai particulièrement apprécié les pages racontant comment la lecture de Proust a failli réduire Virginia Woolf au silence — « Ma seule grande aventure, c’est Proust (confie-t-elle). Après lui, que reste-t-il à écrire ?… Quelqu’un, enfin, a réussi à fixer ce qui a toujours échappé… et l’a transmué en une substance d’une beauté parfaite et durable. On ne peut que reposer le livre, le souffle coupé. »

 

J’ai trouvé un plaisir masochiste à lire celles où Alain de Botton explique pourquoi il ne faut surtout pas visiter Illiers-Combray ! Extrait :

« Dans la préface de sa traduction de Sésame et les Lys de Ruskin, Proust avait écrit de quoi faire de l’industrie touristique d’Illiers-Combray une parfaite absurdité si seulement quelqu’un s’était donné la peine de l’écouter :

« Nous voudrions aller voir ce champ que Millet… nous montre dans son Printemps, nous voudrions que M. Claude Monet nous conduisît à Giverny, au bord de la Seine, à ce coude de la rivière qu’il nous laisse à peine distinguer à travers la brume du matin. Or, en réalité, ce sont de simples hasards de relations ou de parenté qui… ont fait choisir pour les peindre… à Millet, à Claude Monet, cette route, ce jardin, ce champ, ce coude de rivière, plutôt que tels autres. Ce qui nous les fait paraître autres et plus beaux que le reste du monde, c’est qu’ils portent sur eux comme un reflet insaisissable l’impression qu’ils ont donnée au génie, et que nous verrions errer aussi singulière et aussi despotique sur la face indifférente et soumise de tous les pays qu’il aurait peints »

Ce n’est donc pas Illiers-Combray que nous devrions visiter : pour rendre à Proust un hommage authentique, il nous faut regarder notre monde à nous avec ses yeux à lu, et non pas son monde à lui avec nos yeux à nous. »

 

Lumineux, mais, vous qui me lisez, je vous espère tout de même à Illiers-Combray.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : La soirée réunissant Proust en Joyce n’a pas eu lieu au Ritz, cher Alain de Botton, mais au Majestic.

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et