La musique de la pluie

La musique de la pluie

 

« Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l’avait heurté, suivi d’une ample chute légère comme de grains de sable qu’on eût laissé tomber d’une fenêtre au-dessus, puis la chute s’étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle : c’était la pluie. » (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

 

Une jolie idée de France Musique par ces temps anormalement pluvieux…

Le site de la radio propose une sélection de dix pièces musicales pour regarder la pluie tomber. http://www.francemusique.fr/actu-musicale/la-playlist-des-jours-de-pluie-vive-le-classique-triple-sec-132561

 

« Existe-t-il dans la nature quelque chose de plus musical que la pluie ? Petites gouttes sur la vitre, averse passagère dans le jardin ou grand déluge, crainte de la tempête ou regard mélancolique à travers la fenêtre… Une chose est sûre : en ce moment, on préfère la pluie dans nos oreilles plutôt que dans nos chaussures.

Alors : parce que visiblement le soleil aussi est en grève en ce mois de mai 2016, parce qu’on a bien compris que la pluie fait du bien aux plantes mais quand même 3m10 c’est grand pour un géranium, parce que c’est déjà le troisième parapluie qui rend l’âme ce mois-ci, parce que ne pas aimer le tennis n’est pas une raison suffisante pour saboter Roland Garros… Bref, pour toutes ces raisons (et quelques milliers d’autres), voici la playlist ultime des dix titres parfaits à écouter un jour de pluie.

Dans la Recherche du temps perdu, Marcel Proust fait prendre à la pluie des aspects qui traduisent l’humeur ou la situation du narrateur. La pluie gonfle en symphonie, devient un objet de contemplation aussi magnifique qu’anecdotique, ou se change en une chose  « fine, pénétrante, glaciale, semblant ne jamais finir » lorsqu’elle est comparée aux larmes des tristesses enfantines.

Cette pluie-là est musicale, soit parce qu’elle souligne les notes produites, soit parce qu’elle décrit une ambiance sonore : il en est de même chez les compositeurs. D’un côté, la musique naît du son de la pluie ; de l’autre, des ambiances pluvieuses et des regards qui se posent sur l’averse. Il y a la chute des gouttes d’eau (prélude n°15 « la Goutte d’Eau » de Chopin) la pluie qui tombe dans les jardins (Jardins sous la pluie de Debussy), les prémices d’une tempête (« l’hiver » des Quatre Saisons de Vivaldi : « alors que la pluie, dehors, verse à torrents ») ou une forêt de petites gouttes qui tombent et se répandent (Rain Tree de Toru Takemitsu).
 
Mais l’ondée est aussi symbole. Si elle est souvent associée à la tristesse, comme dans la Tränenregen (Pluie de larmes) de La Belle Meunière de Schubert  (« Mes yeux de larmes débordèrent. / Le miroir frémit. / Elle dit : « Vois, la pluie qui vient ! / Je rentre à l’abri. »), elle peut aussi avoir un caractère divin, particulièrement à l’époque baroque. Tel est le cas dans la Cantate BWV 18 de Jean-Sébastien Bach : Comme la pluie et la neige descendent des cieux, ainsi en est-il de la parole de Dieu, évoqué comme un semeur dont la parole germe dans le chœur des chrétiens. Une vision bienveillante qui contraste avec celle, plus commune à la même époque, de la pluie et de la tempête envoyés par les dieux pour punir les humains (Platée de Rameau, Alcyone de Marais…). »

 

Des gouttes pour ensoleiller nos jours !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et