Proust parle italien

Proust parle italien

 

Brava = bon

Compliment.

*[La vieille dame des Champs-Élysées :] « Brava! Brava! ça c’est très bien I

 

Calli = rues

*Je revenais à pied par de petits calli, j’arrêtais des filles du peuple comme avait peut-être faut Albertine et j’aurais aimé qu’elle fût avec moi. VI

*Je m’étais engagé dans un réseau de petites ruelles, de calli divisant en tous sens, de leurs rainures, le morceau de Venise découpé entre un canal et la lagune, comme s’il avait cristallisé suivant ces formes innombrables, ténues et minutieuses. VI

*Le lendemain je partais à la recherche de ma belle place nocturne, je suivais des calli qui se ressemblaient toutes et se refusaient à me donner le moindre renseignement, sauf pour m’égarer mieux. VI

 

Campo, campi = camp, champ, terrain

*Ce fut le tort de très grands artistes, par une réaction bien naturelle contre la Venise factice des mauvais peintres, de s’être attachés uniquement à la Venise, qu’ils trouvèrent plus réaliste, des humbles campi, des petits rii abandonnés. VI

*J’avais l’impression, qu’augmentait encore mon désir, de ne pas être dehors, mais d’entrer de plus en plus au fond de quelque chose de secret, car à chaque fois je trouvais quelque chose de nouveau qui venait se placer de l’un ou de l’autre côté de moi, petit monument ou campo imprévu, gardant l’air étonné des belles choses qu’on voit pour la première fois et dont on ne comprend pas encore bien la destination et l’utilité. VI

*Tout à coup, au bout d’une de ces petites rues, il semblait que dans la matière cristallisée se fût produite une distension. Un vaste et somptueux campo à qui je n’eusse assurément pas, dans ce réseau de petites rues, pu deviner cette importance, ni même trouver une place, s’étendait devant moi entouré de charmants palais pâles de clair de lune. C’était un de ces ensembles architecturaux vers lesquels, dans une autre ville, les rues se dirigent, vous conduisent et le désignent. Ici, il semblait exprès caché dans un entre-croisement de ruelles, comme ces palais des contes orientaux où on mène la nuit un personnage qui, ramené chez lui avant le jour, ne doit pas pouvoir retrouver la demeure magique où il finit par croire qu’il n’est allé qu’en rêve. VI

 

Campo-Santo = Camp Saint

Nom donné aux cimetières.

*Tenez, regardez la mère Rampillon, trouvez-vous une très grande différence entre ça et un squelette en robe ouverte ? Il est vrai qu’elle a tous les droits, car elle a au moins cent ans. Elle était déjà un des monstres sacrés devant lesquels je refusais de m’incliner quand j’ai fait mes débuts dans le monde. Je la croyais morte depuis très longtemps ; ce qui serait d’ailleurs la seule explication du spectacle qu’elle nous offre. C’est impressionnant et liturgique. C’est du « Campo-Santo » ! IV

 

Corriere della Sera = Courrier du Soir

Journal de Milan créé en 1876.

*[M. de Norpois à Mme de Villeparisis à Venise :] « Tenez, je vous apporte des journaux, le Corriere della Sera, la Gazzetta del Popolo, etc. VI

 

Cosa mentale = chose de l’esprit

Léonard de Vinci : La pittura e cosa mentale

*Le bonheur, le bonheur par Gilberte, c’était une chose à laquelle j’avais constamment songé, une chose toute en pensées, c’était, comme disait Léonard, de la peinture, cosa mentale. Une feuille de papier couverte de caractères, la pensée ne s’assimile pas cela tout de suite. Mais dès que j’eus terminé la lettre, je pensai à elle, elle devint un objet de rêverie, elle devint, elle aussi, cosa mentale et je l’aimais déjà tant que toutes les cinq minutes, il me fallait la relire, l’embrasser. Alors, je connus mon bonheur. II

 

Di primo cartello = de la première pancarte

Se dit d’un artiste éminent.

*[Cottard sur le pianiste :] c’est ce qu’on appelle un musicien di primo cartello ! I

 

Dolce = doux

*je chantais intérieurement sa [Bergotte] prose, plus « dolce », plus « lento » peut-être qu’elle n’était écrite I

 

Farà da se = [L’Italie] se fera d’elle-même

Formule de Charles-Albert 1er. Le roi de piémont-Sardaigne pèche par arrogance et refuse l’aide de la République française dans sa guerre contre l’Autriche. « L’Italia farà da sè », lance-t-il.

*Votre père a un but important dans la vie ; il doit y marcher droit, sans se laisser détourner à battre les buissons, fût-ce les buissons, d’ailleurs plus épineux que fleuris, du jardin d’Academus. D’ailleurs il ne réunirait que quelques voix. L’Académie aime à faire faire un stage au postulant avant de l’admettre dans son giron. Actuellement, il n’y a rien à faire. Plus tard je ne dis pas. Mais il faut que ce soit la Compagnie elle-même qui vienne le chercher. Elle pratique avec plus de fétichisme que de bonheur le « Farà da se » de nos voisins d’au delà des Alpes. III

 

Forestiero, Forestieri = étranger(s)

*Deux garçons causaient en un italien que je traduis :

« Est-ce que les vieux mangent dans leur chambre ? Ils ne préviennent jamais. C’est assommant, je ne sais jamais si je dois garder leur table (non so se bisogna conservar loro la tavola). Et puis, tant pis s’ils descendent et qu’ils la trouvent prise! Je ne comprends pas qu’on reçoive des forestieri comme ça dans un hôtel aussi chic. C’est pas le monde d’ici. » VI

 

Forte, fortissimo = fort, très fort

*Une nouvelle mariée, à qui on avait appris qu’une jeune femme ne doit pas avoir l’air blasé, souriait de plaisir, et cherchait des yeux la maîtresse de maison pour lui témoigner par son regard sa reconnaissance d’avoir «pensé à elle» pour un pareil régal. Pourtant, quoique avec plus de calme que Mme de Franquetot, ce n’est pas sans inquiétude qu’elle suivait le morceau ; mais la sienne avait pour objet, au lieu du pianiste, le piano sur lequel une bougie tressautant à chaque fortissimo, risquait, sinon de mettre le feu à l’abat-jour, du moins de faire des taches sur le palissandre. I

*(La force avec laquelle il parlait d’habitude, et qui faisait se retourner les inconnus dehors, était centuplée, comme l’est un forte, si, au lieu d’être joué au piano, il l’est à l’orchestre, et de plus se change en un fortissimo. M. de Charlus hurlait.) III

 

Gazetta del Popolo = Gazette du Peuple

Journal de Turin créé en 1848.

*[M. de Norpois à Mme de Villeparisis à Venise :] « Tenez, je vous apporte des journaux, le Corriere della Sera, la Gazzetta del Popolo, etc. VI

 

Gruppetto = petit groupe

Ornement mélodique.

*Mais dans la petite phrase de Vinteuil et du reste dans toute la Sonate ce n’est pas cela, cela se passe au Bois, dans le gruppetto on entend distinctement la voix de quelqu’un qui dit : « On pourrait presque lire son journal. » Ces paroles de Swann auraient pu fausser, pour plus tard, ma compréhension de la Sonate, la musique étant trop peu exclusive pour écarter absolument ce qu’on nous suggère d’y trouver. II

 

Lento = lent

*je chantais intérieurement sa [Bergotte] prose, plus « dolce », plus « lento » peut-être qu’elle n’était écrite I

 

Libretto = livret

les paroles du libretto étaient : « Tond les chiens, coupe les chats, les queues et les oreilles. » V

 

Mezzo voce = à voix basse

Indication d’exécution pour un air à chanter d’une voix retenue.

*« N’y aurait-il pas moyen que je donne une soirée pour faire entendre votre ami ? » dit à voix basse Mme de Mortemart, qui, tout en s’adressant uniquement à M. de Charlus, ne put s’empêcher, comme fascinée, de jeter un regard sur Mme de Valcourt (l’exclue) afin de s’assurer que celle-ci était à une distance suffisante pour ne pas entendre. « Non, elle ne peut pas distinguer ce que je dis », conclut mentalement Mme de Mortemart, rassurée par son propre regard, lequel avait eu, en revanche, sur Mme de Valcourt, un effet tout différent de celui qu’il avait pour but : « Tiens, se dit Mme de Valcourt en voyant ce regard, Marie-Thérèse arrange avec Palamède quelque chose dont je ne dois pas faire partie. » « Vous voulez dire mon protégé », rectifiait M. de Charlus, qui n’avait pas plus de pitié pour le savoir grammatical que pour les dons musicaux de sa cousine. Puis, sans tenir aucun compte des muettes prières de celle-ci, qui s’excusait elle-même en souriant : « Mais si…, dit-il d’une voix forte et capable d’être entendue de tout le salon, bien qu’il y ait toujours danger à ce genre d’exportation d’une personnalité fascinante dans un cadre qui lui fait forcément subir une déperdition de son pouvoir transcendantal et qui resterait en tous cas à approprier. » Madame de Mortemart se dit que le mezzo-voce, le pianissimo de sa question avaient été peine perdue, après le « gueuloir » par où avait passé la réponse. Elle se trompa. V

 

Non so se bisogna conservar loro la tavola = Je ne sais jamais si je dois garder leur table

*Deux garçons causaient en un italien que je traduis :

« Est-ce que les vieux mangent dans leur chambre ? Ils ne préviennent jamais. C’est assommant, je ne sais jamais si je dois garder leur table (non so se bisogna conservar loro la tavola). Et puis, tant pis s’ils descendent et qu’ils la trouvent prise! Je ne comprends pas qu’on reçoive des forestieri comme ça dans un hôtel aussi chic. C’est pas le monde d’ici. » VI

 

Pianissimo = très doucement

Terme d’interprétation invitant à diminuer beaucoup l’intensité.

*Ce qui avait besoin de bouger, quelque feuillage de marronnier, bougeait. Mais son frissonnement minutieux, total, exécuté jusque dans ses moindres nuances et ses dernières délicatesses, ne bavait pas sur le reste, ne se fondait pas avec lui, restait circonscrit. Exposés sur ce silence qui n’en absorbait rien, les bruits les plus éloignés, ceux qui devaient venir de jardins situés à l’autre bout de la ville, se percevaient détaillés avec un tel « fini » qu’ils semblaient ne devoir cet effet de lointain qu’à leur pianissimo, comme ces motifs en sourdine si bien exécutés par l’orchestre du Conservatoire que quoiqu’on n’en perde pas une note on croit les entendre cependant loin de la salle du concert et que tous les vieux abonnés — les sœurs de ma grand’mère aussi quand Swann leur avait donné ses places — tendaient l’oreille comme s’ils avaient écouté les progrès lointains d’une armée en marche qui n’aurait pas encore tourné la rue de Trévise. I

*Pour revenir au son, qu’on épaississe encore les boules qui ferment le conduit auditif, elles obligent au pianissimo la jeune fille qui jouait au-dessus de notre tête un air turbulent ; qu’on enduise une de ces boules d’une matière grasse, aussitôt son despotisme est obéi par toute la maison, ses lois mêmes s’étendent au dehors. Le pianissimo ne suffit plus, la boule fait instantanément fermer le clavier et la leçon de musique est brusquement finie ; le monsieur qui marchait sur notre tête cesse d’un seul coup sa ronde ; la circulation des voitures et des tramways est interrompue comme si on attendait un Chef d’État. III

*« N’y aurait-il pas moyen que je donne une soirée pour faire entendre votre ami ? » dit à voix basse Mme de Mortemart, qui, tout en s’adressant uniquement à M. de Charlus, ne put s’empêcher, comme fascinée, de jeter un regard sur Mme de Valcourt (l’exclue) afin de s’assurer que celle-ci était à une distance suffisante pour ne pas entendre. « Non, elle ne peut pas distinguer ce que je dis », conclut mentalement Mme de Mortemart, rassurée par son propre regard, lequel avait eu, en revanche, sur Mme de Valcourt, un effet tout différent de celui qu’il avait pour but : « Tiens, se dit Mme de Valcourt en voyant ce regard, Marie-Thérèse arrange avec Palamède quelque chose dont je ne dois pas faire partie. » « Vous voulez dire mon protégé », rectifiait M. de Charlus, qui n’avait pas plus de pitié pour le savoir grammatical que pour les dons musicaux de sa cousine. Puis, sans tenir aucun compte des muettes prières de celle-ci, qui s’excusait elle-même en souriant : «Mais si…, dit-il d’une voix forte et capable d’être entendue de tout le salon, bien qu’il y ait toujours danger à ce genre d’exportation d’une personnalité fascinante dans un cadre qui lui fait forcément subir une déperdition de son pouvoir transcendantal et qui resterait en tous cas à approprier.» Madame de Mortemart se dit que le mezzo-voce, le pianissimo de sa question avaient été peine perdue, après le « gueuloir » par où avait passé la réponse. Elle se trompa. V

*Quand Jupien eut aidé le baron à descendre et que j’eus salué celui-ci, il me parla très vite, d’une voix si imperceptible que je ne pus distinguer ce qu’il me disait, ce qui lui arracha, quand pour la troisième fois je le fis répéter, un geste d’impatience qui m’étonna par l’impassibilité qu’avait d’abord montré le visage et qui était due sans doute à un reste de paralysie. Mais quand je fus enfin habitué à ce pianissimo des paroles susurrées, je m’aperçus que le malade gardait absolument intacte son intelligence. VII

*J’avais à peine au début distingué ce qu’il disait, de même qu’on commence par ne voir goutte dans une chambre dont tous les rideaux sont clos. Mais comme des yeux dans la pénombre, mes oreilles s’habituèrent bientôt à ce pianissimo. Je crois aussi qu’il s’était graduellement renforcé pendant que le baron parlait, soit que la faiblesse de sa voix provînt en partie d’une appréhension nerveuse qui se dissipait quand, distrait par un tiers, il ne pensait plus à elle ; soit qu’au contraire cette faiblesse correspondît à son état véritable et que la force momentanée avec laquelle il parlait dans la conversation fût provoquée par une excitation factice, passagère et plutôt funeste, qui faisait dire aux étrangers : « Il est déjà mieux, il ne faut pas qu’il pense à son mal », mais augmentait au contraire celui-ci qui ne tardait pas à reprendre. VII

 

Piazza, piazzetta = place, petite place

*Les dernières applications de la photographie — qui couchent aux pieds d’une cathédrale toutes les maisons qui nous parurent si souvent, de près, presque aussi hautes que les tours, font successivement manœuvrer comme un régiment, par files, en ordre dispersé, en masses serrées, les mêmes monuments, rapprochent l’une contre l’autre les deux colonnes de la Piazzetta tout à l’heure si distantes, éloignent la proche Salute et dans un fond pâle et dégradé réussissent à faire tenir un horizon immense sous l’arche d’un pont, dans l’embrasure d’une fenêtre, entre les feuilles d’un arbre situé au premier plan et d’un ton plus vigoureux, donnent successivement pour cadre à une même église les arcades de toutes les autres III

*Quand, à dix heures du matin, on venait ouvrir mes volets, je voyais flamboyer, au lieu du marbre noir que devenaient en resplendissant les ardoises de Saint-Hilaire, l’Ange d’Or du campanile de Saint-Marc. Rutilant d’un soleil qui le rendait presque impossible à fixer, il me faisait avec ses bras grands ouverts, pour quand je serais, une demi-heure plus tard, sur la piazzetta, une promesse de joie plus certaine que celle qu’il put être jadis chargé d’annoncer aux hommes de bonne volonté. VI

*Sur la piazza l’ombre qu’eussent développée à Combray la toile du magasin de nouveautés et l’enseigne du coiffeur, c’étaient les petites fleurs bleues que sème à ses pieds sur le désert du dallage ensoleillé le relief d’une façade Renaissance, non pas que, quand le soleil tapait fort, on ne fût obligé, à Venise comme à Combray, de baisser, au bord du canal, des stores, mais ils étaient tendus entre les quadrilobes et les rinceaux de fenêtres gothiques. VI

*Le soleil était encore haut dans le ciel quand j’allais retrouver ma mère sur la Piazzetta. Nous appelions une gondole. « Comme ta pauvre grand’mère eût aimé cette grandeur si simple ! me disait maman en montrant le palais ducal qui considérait la mer avec la pensée que lui avait confiée son architecte  et qu’il gardait fidèlement dans la muette attente des doges disparus. Elle aurait même aimé la douceur de ces teintes roses, parce qu’elle est sans mièvrerie. Comme ta grand’mère aurait aimé Venise, et quelle familiarité qui peut rivaliser avec celle de la nature elle aurait trouvée dans toutes ces beautés si pleines de choses qu’elles n’ont besoin d’aucun arrangement, qu’elles se présentent telles quelles, le palais ducal dans sa forme cubique, les colonnes que tu dis être celles du palais d’Hérode, en pleine Piazzetta, et, encore moins placés, mis là comme faute d’autre endroit, les piliers de Saint-Jean-d’Acre, et ces chevaux aux balcon de Saint-Marc ! VI

*Une heure est venue pour moi où, quand je me rappelle le baptistère, devant les flots du Jourdain où saint Jean immerge le Christ, tandis que la gondole nous attendait devant la Piazzetta, il ne m’est pas indifférent que dans cette fraîche pénombre, à côté de moi, il y eût une femme drapée dans son deuil avec la ferveur respectueuse et enthousiaste de la femme âgée qu’on voit à Venise dans la Sainte Ursule de Carpaccio, et que cette femme aux joues rouges, aux yeux tristes, dans ses voiles noirs, et que rien ne pourra plus jamais faire sortir pour moi de ce sanctuaire doucement éclairé de Saint-Marc où je suis sûr de la retrouver parce qu’elle y a sa place réservée et immuable comme une mosaïque, ce soit ma mère. VI

 

Presto = rapide

*De petits Italiens, coiffés d’un béret, n’essayaient pas de lutter avec cet aria vivace, et c’est sans rien dire qu’ils offraient de petites statuettes. Cependant qu’un petit fifre réduisait le marchand de jouets à s’éloigner et à chanter plus confusément, quoique presto : « Allons les papas, allons les mamans. » V

*[Françoise :] — Je vais me cavaler, et presto. » V

 

Pupazzo, pupazzi = marionnette(s)

*d’autres portes s’ouvrirent par où entra la soupe fumante, comme si le dîner avait lieu dans un théâtre de pupazzi habilement machiné et où l’arrivée tardive du jeune invité mettait, sur un signe du maître, tous les rouages en action. III

 

Rio, rii = rivière(s)

*Ce fut le tort de très grands artistes, par une réaction bien naturelle contre la Venise factice des mauvais peintres, de s’être attachés uniquement à la Venise, qu’ils trouvèrent plus réaliste, des humbles campi, des petits rii abandonnés. VI

*On sentait qu’entre les pauvres demeures que le petit canal venait de séparer et qui eussent sans cela formé un tout compact, aucune place n’avait été réservée. De sorte que le campanile de l’église ou les treilles des jardins surplombaient à pic le rio comme dans une ville inondée. VI

 

Risotto = plat à base de riz

[M. de Norpois à Mme de Villeparisis à Venise :] Voilà le menu. Il y a comme entrée des rougets. Voulez-vous que nous en prenions ?

— Moi, oui, mais vous, cela vous est défendu. Demandez à la place du risotto. Mais ils ne savent pas le faire.

— Cela ne fait rien. Garçon, apportez-nous d’abord des rougets pour Madame et un risotto pour moi. VI

 

Scherzo = plaisanterie

* Or, comme une phrase de Vinteuil qui m’avait enchanté dans la Sonate et que ma mémoire faisait errer de l’andante au final jusqu’au jour où ayant la partition en main je pus la trouver et l’immobiliser dans mon souvenir à sa place, dans le scherzo, de même le grain de beauté que je m’étais rappelé tantôt sur la joue, tantôt sur le menton, s’arrêta à jamais sur la lèvre supérieure au-dessous du nez. II

*Alors d’une voix douce, affectueuse, mélancolique, comme dans ces symphonies qu’on joue sans interruption entre les divers morceaux, et où un gracieux scherzo aimable, idyllique, succède aux coups de foudre du premier morceau. « C’est très possible, me dit [Charlus] III

 

Se non è vero = Si ce n’est pas vrai

Début de l’expression Se non è vero è bene trovato (Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé), façon ironique d’évoquer une hypothèse ingénieuse mais non prouvée.

*Saniette qui, depuis qu’il avait rendu précipitamment au maître d’hôtel son assiette encore pleine, s’était replongé dans un silence méditatif, en sortit enfin pour raconter en riant l’histoire d’un dîner qu’il avait fait avec le duc de La Trémoïlle et d’où il résultait que celui-ci ne savait pas que George Sand était le pseudonyme d’une femme. Swann qui avait de la sympathie pour Saniette crut devoir lui donner sur la culture du duc des détails montrant qu’une telle ignorance de la part de celui-ci était matériellement impossible; mais tout d’un coup il s’arrêta, il venait de comprendre que Saniette n’avait pas besoin de ces preuves et savait que l’histoire était fausse pour la raison qu’il venait de l’inventer il y avait un moment. Cet excellent homme souffrait d’être trouvé si ennuyeux par les Verdurin ; et ayant conscience d’avoir été plus terne encore à ce dîner que d’habitude, il n’avait voulu le laisser finir sans avoir réussi à amuser. Il capitula si vite, eut l’air si malheureux de voir manqué l’effet sur lequel il avait compté et répondit d’un ton si lâche à Swann pour que celui-ci ne s’acharnât pas à une réfutation désormais inutile : « C’est bon, c’est bon; en tous cas, même si je me trompe, ce n’est pas un crime, je pense » que Swann aurait voulu pouvoir dire que l’histoire était vraie et délicieuse. Le docteur qui les avait écoutés eut l’idée que c’était le cas de dire : Se non è vero, mais il n’était pas assez sûr des mots et craignit de s’embrouiller. I

 

Senza rigore = sans rigueur

Pas d’une façon stricte.

*[Odette Swann] Elle s’imaginait elle-même en avoir un [salon], du même genre, mais plus libre, senza rigore, aimait-elle à dire. II

 

Signor = Monsieur

*[Cottard jouant à l’écarté :] « Avez-vous de la petite chaôse ? dit-il en se tournant vers Morel. Non ? Alors je joue ce vieux David. — Mais alors vous avez cinq, vous avez gagné! — — Si Signor. IV

 

Sole mio = Mon Soleil

‘O Sole Mio (Mon Soleil), est une chanson napolitaine de 1898. Les paroles sont du poète local Giovanni Capurro et la musique du chanteur Eduardo Di Capua, lui aussi de Naples. Le ténor Enrico Caruso participe à son succès mondial.

*quand fut venue l’heure où, suivie de toutes mes affaires, elle partit pour la gare, je me fis apporter une consommation sur la terrasse, devant le canal, et m’y installai, regardant se coucher le soleil tandis que sur une barque arrêtée en face de l’hôtel un musicien chantait Sole mio. (VI, 167)

*je n’étais plus qu’un cœur qui battait et qu’une attention suivant anxieusement le développement de Sole mio. VI

*Cette Venise sans sympathie pour moi, où j’allais rester seul, ne me semblait pas moins isolée, moins irréelle, et c’était ma détresse que le chant de Sole mio, s’élevant comme une déploration de la Venise que j’avais connue, semblait prendre à témoin. VI

*Ma pensée, sans doute pour ne pas envisager une résolution à prendre, s’occupait tout entière à suivre le déroulement des phrases successives de Sole mio en chantant mentalement avec le chanteur, à prévoir pour chacune d’elles l’élan qui allait l’emporter, à m’y laisser aller avec elle, avec elle aussi à retomber ensuite. VI

*cette occupation sans plaisir en elle-même d’écouter Sole mio se chargeait d’une tristesse profonde, presque désespérée. VI

*« Je vais entendre encore une phrase de Sole moi » VI

*ce chant de désespoir que devenait Sole mio et qui, ainsi clamé devant les palais inconsistants, achevait de les mettre en miettes et consommait la ruine de Venise VI

 

Tutti quanti = Tous autant qu’ils sont

*[Cottard :] que les Guermantes aillent ou non chez Mme Verdurin, elle reçoit, ce qui vaut mieux, les d’Sherbatoff, les d’Forcheville, et tutti quanti, des gens de la plus haute volée, toute la noblesse de France et de Navarre, à qui vous me verriez parler de pair à compagnon. IV

 

Zuecca

Poème d’Alfred de Musset (1834).

*

À Saint-Blaise, à la Zuecca

Vous étiez, vous étiez bien aise…

II

 

 

Histoire :

Cavour, Isabelle d’Este, Giolitti, Grégoire 1er, Isabelle d’Este, Cavour, Giolitti, la reine d’Italie, Jules II, Léon X, les Médicis, Monaldeschi, les princes de Naples, la reine de Naples, les ducs de Parme, Pie IX, Savonarole.

 

Créateurs :

Fra Angelico, Fra Bartolomeo, Bellini, Botticelli, Bronzino, [Buoninsegna], Carpaccio, les Carrache, Cellini, Ghirlandajo, Giorgione, Giotto, Gozzoli, Guardi, Luini, Mantegna, Michel-Ange, [Piombo], Piranesi, Pisanello, Raphaël, Rizzo, Sansovino, Sodoma, Tiepolo, Tintoret, le Titien, Véronèse, Vinci.

Annunzio, Dante.

Mascagni, Palestrina, Puccini, Scarlati.

 

Mme Ristori.

La duchesse d’Aoste, Béatrice, le prince Borghèse, les compagnons de la Calza, la duchesse de Galliera, le prince de Syracuse.

 

Personnages fictifs :

L’épouse du prince de Bulow, deux gondoliers, une jeune marchande vénitienne de verrerie, le prince Foggi, une princesse italienne et ses deux belles-sœurs dreyfusardes, des petits italiens vendeurs de statuettes et d’autres vendeurs de loterie, le prince de Modène-Este, la princesse de T.., la princesse de Taormina.

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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