Ne dites plus « Salon du Livre »

Ne dites plus « Salon du Livre »

 

Allons bon, il n’y a plus de Salon — entendez de Salon du Livre à Paris.

J’ai pourtant reçu mon invitation pour l’inauguration de ce soir :

Salon, invitation

 

En fait, l’événement porte un nouveau nom :

Salon, nom

 

« Livre Paris » ! Fallait le trouver ! Depuis une vingtaine d’années, je suis fidèle ce rendez-vous, le ratant rarement, et j’y ai présenté quelques-uns de mes ouvrages. Il faudra me résoudre à ne plus avancer fièrement  « Je vais au Salon du Livre », mais : « Je vais à Livre Paris ».

 

Pour me remettre je suis parti à la recherche du mot dans À la recherche du temps perdu. Je l’ai trouvé 464 fois, souvent la pièce de réception, 21 fois appelé « petit », quelques Salons (majuscules) où l’on expose, et, naturellement, cette « place to be », à son apogée au début du XXe siècle, à laquelle tant de personnages, à commencer par le Héros aspirent à accéder.

 

Toujours tenus par une maîtresse de maison, voici ceux de l’œuvre proustienne :

Verdurin (un Temple de la Musique),

Mme de Saint-Euverte (d’un salon de lépreux en un salon de grandes dames ; de tels salons, moins recherchés que fuis, et où on va pour ainsi dire en service commandé, ne font illusion qu’aux lectrices de « Mondanités » ; le décret rendu [par Oriane], dans la manière des Guermantes, que le salon Saint-Euverte n’était décidément pas une maison vraiment bien, mais une maison où on vous invitait pour se parer de vous dans le compte rendu du Gaulois),

Mme de Chanlivault (il sera un jour très élégant, selon le général de Frobeville),

Odette Swann (ce sera peut-être un jour un salon politique ou littéraire, selon M. de Norpois),

Mme de Villeparisis (un public de troisième ordre, bourgeoisie, noblesse de province ou tarée, dont la présence a depuis longtemps éloigné les gens élégants et snobs qui ne sont pas obligés d’y venir par devoirs de parenté ou d’intimité trop ancienne ; la snobe Mme Leroi n’y met jamais les pieds ; une véritable pépinière d’académiciens, selon M. de Norpois, son amant ; son premier salon était fréquenté par la reine de Suède, le duc d’Aumale, le duc de Broglie, Thiers, Montalembert, Mgr Dupanloup, sera considéré comme un des plus brillants du XIXe siècle),

la duchesse de Guermantes (la première maison du Faubourg ; Mme de Guermantes avait, apanage précieux des femmes vraiment supérieures, ce qu’on appelle un « salon », c’est-à-dire ajoutait parfois aux gens de son monde quelque notabilité que venait de mettre en vue la découverte d’un remède ou la production d’un chef-d’œuvre ; elle savait l’art d’attirer les hommes en vue dans son salon, au pourcentage de un pour cent bien entendu, sans quoi elle l’eût déclassé), Mme Geoffrin, Mme Récamier et Mme de Boigne (évoqués par Sainte-Beuve),

la princesse de Parme (ouvert aux habitués, et d’une façon générale à toute la grande aristocratie française et étrangère),

la princesse de Guermantes (traits particuliers : un certain exclusivisme, dû en partie à la naissance royale de la princesse, et surtout le rigorisme presque fossile des préjugés aristocratiques du prince),

Mme Delessert,

Mme Timoléon d’Amoncourt,

Mme d’Arpajon,

une duchesse de la maison de France (son salon, parce que n’importe qui y était reçu, était tombé au dernier rang), etc.

 

« Livre Paris » 2016 est, paraît-il, placé sous le thème du « Réenchantement ». J’y passe le week-end, j’y présenterai mon dernier ouvrage. Je vous raconterai.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Monsieur le Président, merci pour votre invitation. L’année dernière, nous avons échangé quelques mots dans les travées de la Porte de Versailles. Je vous saurai gré de ne pas m’en vouloir de ne pouvoir être des vôtres ce soir.

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “Ne dites plus « Salon du Livre »”

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  1. Ridicule, ce changement de nom !

    Ainsi, vous y serez… Et peut-on connaître les dates exactes (samedi et/ou dimanche), les horaires et le lieu précis (numéro du stand, etc.) ?

    • patricelouis says: -#2

      J’y serai toute la journée de samedi et toute la matinée de dimanche (voire plus longtemps). Je me promenerai beaucoup mais signerai régulièrement ma « Mission sacrée du Prince Ouanilo » chez mon editeur Ibid Rouge. Aurai-je la joie de vous voir ?

  2. J’avais juré de ne plus mettre les pieds au Salon du Livre ! (la foule m’épuise). Mais qui sait ? Votre présence est un bon argument pour que je me déplace, n’est-il pas ? N’étant pas disponible samedi, ce serait donc plutôt dimanche matin… Reste à vaincre cette foutue timidité. (ce qui m’amuse, c’est que je vous ai déjà croisé mais que vous l’ignorez !).

    J’avoue que le sujet de votre dernier livre me fait un peu peur.

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