Sous les pavés, la page

Sous les pavés, la page

 

Les pages de la Recherche sont parsemées de pavés, présents vingt-et-une fois… Les plus célèbres se situent dans la cour de l’hôtel de Guermantes, à Paris, et au baptistère Saint-Marc, à Venise sur lesquels le Héros bute pareillement.

 

I : sur le pavé de la place / la cité de marbre et d’or « rehaussée de jaspe et pavée d’émeraudes » / II : sur les pavés de la ville / III : les pavés sur lesquels je me retenais pour ne pas bondir de joie / au-dessus des pavés de la ville / un pavé de la place / de bonnes intentions […] l’enfer en est pavé / le haut du pavé / V : ce qu’on appelle « le haut du pavé » / VI : un pavé presque pensant / VII : les rues qui vont vers les Champs-Élysées […] étaient fort mal pavées à ce moment-là / [dans la cour de l’hôtel de Guermantes] je reculai assez pour buter malgré moi contre des pavés assez mal équarris derrière lesquels était une remise. Mais au moment où, me remettant d’aplomb, je posai mon pied sur un pavé qui était un peu moins élevé que le précédent / tituber comme j’avais fait tout à l’heure, un pied sur le pavé plus élevé, l’autre pied sur le pavé le plus bas / les pavés inégaux / même inégalité de pavés / l’inégalité pour les pas des pavés de la cour Guermantes et du baptistère de Saint-Marc / j’étais resté en extase sur le pavé inégal comme devant la tasse de thé / où l’inégalité des deux pavés / Je n’avais pas été chercher les deux pavés de la cour où j’avais buté.

 

Ce Héros n’a pas vraiment le profil pour lancer des pavés comme on a vu faire des garçons de son âge en Mai-68.

Si on se réfère à d’autres lectures, ces événements n’ont pas vraiment atteint les Proustiens Patentés. Ils s’en font à peine l’écho dans le Bulletin Marcel Proust. Dans le n° 19, rendant compte de la réunion du 18 mai 1968, à Illiers, il est sobrement noté : « Les graves événements de mai qui troublaient la vie universitaire n’ont compromis en rien le traditionnel pèlerinage des aubépines, qui a attiré la même affluence que tous les ans. »

Lors de l’assemblée générale qui suit, le 27 juin 1968, dans les locaux du Figaro

Jacques de Lacretelle, de l’Académie française s’interroge : « notre réunion aurait-elle eu lieu, si les désordres de toutes sortes qui ont défiguré Paris, il y a quelques semaines, n’avaient pris fin ? Je me le suis demandé. »

Quant au secrétaire générale il se contente d’évoquer « les difficultés postales dues aux circonstances du moment ».

 

À bien les lire, en mai 1968, on a perdu du temps.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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