L’incroyable aveu

L’incroyable aveu

 

Il n’y a pas de honte à reconnaître que Proust est ardu à approcher.

« J’aurais pu être l’un des premiers à admirer Du côté de chez Swann. Mais je ne sus pas mieux le lire que ne l’avait fait le brillant Comité de lecture de la maison d’édition, qui allait passer pour la plus clairvoyante. Avant la fin de la première moitié du livre, je l’avais abandonné ; découragé, je crois, par ce que Barrès devait appeler l’incroyable surabondance et Gide l’extraordinaire foisonnement. »

L’homme qui signe ces phrases se souvient alors de ses trente ans vécus à l’aube de la Grande guerre. Le livre dont il parle est à peine paru. Lui n’est pas n’importe qui : Henri Mondor, académicien français et premier président de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray !

Henri Mondor

Son aveu est publié dans le premier numéro du Bulletin de la Société en 1950. Il est courageux car pas plus que le grand écrivain de la NRF, le grand médecin passionné de littérature ne prend du plaisir à confesser que le roman du jeune Proust lui est tombé des mains.

Si Gide et Mondor ont commencé en ratant le coche, le commun des mortels peut se sentir épargné de tout reproche. Quitte à faire hurler, je le proclame : « Oui, on peut vivre sans Proust… ». Certes, depuis que je l’ai lu, après des décennies de vaines tentatives, j’ajoute : «… Mais moins bien ».

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

8 comments to “L’incroyable aveu”

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  1. Je ne suis évidemment ni André Gide, ni Henri Mondor, ni l’alors Françoise Quoirez qui avait lu La Recherche à 17 ans dit-on, et je suis peut-être sans aveu.
    Je me permets néanmoins de parler de mon cas personnel.
    J’ai rencontré Proust à 7 ou 8 ans, à l’école primaire, dans un livre d’extraits pour les élèves de cet âge. Il y avait un passage de « Les Plaisirs et les Jours », et des « Jeunes filles en fleur » Je n’ai probablement pas compris grand chose, et n’ai rien retenu, sinon, définitivement, les titres et le nom de l’auteur. J’ai appris plus tard l’importance de Proust, et je savais que je devais lire un jour la Recherche.

  2. Je continue ma confession, n’ayant pu poursuivre, car la place m’a été comptée inexplicablement.
    Donc, à une époque, j’ai dû rester sans sortir pendant quelque temps , et j’ai eu l’occasion de me procurer la Recherche que j’ai donc lue, au début avec appréhension, étant donné sa réputation, mais je me suis vite laissé prendre à la magie proustienne. Je lai relue depuis avec bonheur, car je me suis rendu compte que bien des choses m’avaient échappé la première fois. Et je suis sûr qu’il en sera de même la prochaine fois.

  3. Pour ne vous rien celer, j’avais espéré, en faisant mon « aveu », en susciter d’autres.

    • Vous découvrez que les visiteurs de blogues sont timides… Je n’en relaie que plus volontiers votre appel à contributions.

  4. Je serais étonné que certaines visiteuses ou certains visiteurs de ce blogue soient timides.

  5. J’ai découvert Proust, et plongé dans, à 31 ans au bord de torrents corses l’été 1978. Retardé par les illusions de mai 68, paradoxalement par des études littéraires, mais poussiéreuses, poussées jusqu’à l’ENS (Saint-Cloud) et l’agrégation de lettres modernes … Il m’aura fallu aller sur un divan et, suite au coup de foudre proustien, découvrir que je n’avais d’autre voie que d’écrire – entre autres bizarres objets, et souvent refusés par les éditeurs, pas moins de trois opus où cavalièrement j’enfourche le Je de la Recherche : Proustites (P.O.L), Petits proustillants (PUF), Proustissimots (Champ Vallon). Comme – varions la métaphore – un tremplin, ou un trampoline, pour m’essayer à d’autres figures que le gran maestro. Fou de Proust moi aussi, donc, mais je me soigne, pas trop.

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