Les candidats à l’Élysée et Proust

Les candidats à l’Élysée et Proust

 

Toute conviction politique oubliée — mais est-ce concevable ? — tout Proustien de droite et du centre se doit de voter Bruno Lemaire à la prochaine primaire.

Le député de l’Eure, qui a mis fin à un intenable suspense en confirmant qu’il allait concourir, est le candidat idéal : en 1989, il entre à l’École normale supérieure où il commence des études de littérature française, avec un mémoire sur La Statuaire dans À la recherche du temps perdu, sous la direction de Jean-Yves Tadié. En 1992, il est reçu premier de l’agrégation de lettres modernes et, depuis, il s’affirme fièrement écrivain.

 

Qui dit mieux ? Des recherches sur internet avec les noms de Proust et des autres postulants (réels ou supposés) sont sans appel : rien sur Alain Juppé, François Fillon, Hervé Mariton, Nathalie Kosciusko-Morizet et rien sur Nadine Morano même.

Autre prétendant, Frédéric Lefebvre, interrogé en 2011 sur son livre préféré, a répondu fièrement qu’il aimait Zadig et Voltaire, confondant le Zadig de Voltaire avec la marque de vêtements Zadig et Voltaire. Il a été aussitôt moqué par jipiblog relayant des titres suggérés sur Twitter, dont Du côté de chez Swatch de Marcel Proust.

Depuis, l’alors secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services, des Professions libérales et de la Consommation a été rejoint par Nicolas Sarkozy qui, aux Pavillons-sous-Bois le 11 mai 2015, déclarait : « Je relisais ce magnifique livre de Victor Hugo, 1793. L’école fut la première décision dans la République. » — s’embrouillant avec Quatrevingt-Treize. De quoi inspirer les plus railleurs sur le même réseau. Ainsi, Anne-Laure Hingant : « Je relisais ce magnifique livre recette de cuisine de Proust À la recherche du Pain Perdu ».

Je ne reviens pas sur d’autres prétentions littéraires de l’ancien président nommant directement le grand Marcel (voir la chronique Récupération politique (abusive) de Proust).

 

Quoique le terrain soit nauséabond, faisons un saut du côté de Marine Le Pen. Dans une note de 2010, dénichée par Le Point en 2015, le très droitier souverainiste Paul-Marie Coûteaux suggérait à la future présidente du Front National de s’offrir un vernis culturel. Son titre : « Que lire ? » Parmi ses propositions d’ouvrages à prétendre connaître, le tom e I d’A la recherche du temps perdu, un « monument », une œuvre hélas « volumineuse » : « Relisez au moins ce que lisent tous ceux qui prétendent avoir lu Proust, c’est à dire la première partie, Du côté de chez Swan — au moins le premier chapitre qui va jusqu’au fameux épisode de la Madeleine, soit une cinquantaine de pages. […] Je vous signale qu’il est extrêmement agréable de « lire » Proust en l’écoutant sur CD.

 

Côté gauche, réformiste ou extrême, rien à signaler.

 

Aux livres, citoyens !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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