Le Saint-Hilaire, lanlaire

Le Saint-Hilaire, lanlaire

 

Comme un remords… Je craignais d’avoir négligé ce restaurant admirablement située en face du musée Marcel Proust.

Il est vrai qu’à peine mes bagages posés à Illiers-Combray, j’y avais déjeuné sans plaisir. Rien ne donnait envie d’y retourner pour retrouver le degré zéro de la cuisine, ni bonne ni mauvaise, plate et fade, dans un cadre banal — triste menu et patron triste.

Depuis, j’ai plusieurs fois chroniqué les autres tables locales, pas que pour les encenser mais jamais pour inviter le chaland à s’en détourner.

Ces derniers temps, j’avais cru comprendre que le Saint-Hilaire proposait une nouvelle carte.

Je n’en connaîtrai jamais le goût. J’ignorerai de même si je dois m’en désoler ou m’en réjouir.

Hier, en effet, j’ai décidé d’y déjeuner. Je suis entré à 13 h 10. La quinzaine de tables étaient toutes dressées sauf une à l’entrée de la deuxième salle. Deux clients esseulés, peut-être trois, mangeaient silencieusement. La patronne m’a proposé la table non prête et je lui ai répondu que je préférais ne pas m’asseoir dans le passage. Je lui ai indiqué un point quelconque de tout l’espace non occupé. « Non, m’a-t-elle séché, c’est une table pour deux. Si un couple arrivait… » !

L’aversion que j’ai lue dans ses yeux, les fusils que j’ai vus dans ceux du cuistot m’ont sommé de fuir.

Le Larousse propose une vieille expression pour l’adverbe « lanlaire » tiré de refrains populaires : « Envoyer quelqu’un se faire lanlaire, envoyer promener celui qui importune. »

Au 10 de la rue Saint-Hilaire, au Saint-Hilaire, lanlaire, celui qui importune, c’est le client.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Le Saint-Hilaire, lanlaire”

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  1. Peut-être faut-il être accompagné d’un Saint-Loup pou avoir les faveurs de cette patronne.

  2. Alors là, bien d’accord avec vous. J’y avais, il y a une dizaine d’années, traîné des amis, après leur avoir indiqué la Maison de Tante Léonie, à un pas et demi : il faut qu’ils aient eu de l’affection pour moi pour ne pas m’en vouloir. Au fond d’une cour sinistre qui rendrait n’importe quel préau aussi gai que les Folies Bergère, nous avons avalé une nourriture particulièrement insipide, façon cantine (une rondelle de tomate garnie d’une mayonnaise industrielle) avec en plus des doutes sur la qualité des produits…

    Patron dépressif ? Apreté au gain qui empêche d’être content quand des clients viennent s’y restaurer ?

    Allez savoir…

  3. Pourtant la façade est pittoresque, pourtant la lumière est belle, pourtant le lieu est privilégié, ce n’est pas pour autant que j’y retournerai peindre, il est vrai que sœur tristesse hante les lieux.

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