Rire avec Proust

Rire avec Proust

 

Faites-moi penser à créer une amicale, qui regroupera celles et ceux particulièrement sensibles à l’humour dans À la recherche du temps perdu.

 

L’indispensable Olivier de Rincquesen qui à l’œil partout me signale ce dimanche un entretien de Vosges Matin avec l’immortel Jean-Marie Rouart. L’écrivain y confie notamment : « Je ris très souvent avec Proust, mon meilleur copain ». J’avoue que l’article m’avait échappé. J’ajoute que, n’étant pas membre de l’Académie française, je ne traiterai pas le cher Marcel de copain. Pour le reste, je suis en totale communion.

Vosges Matin

Jean-Marie Rouart

 

J’ai déjà raconté ici qu’après avoir refermé le septième et dernier tome de la Recherche, mon premier commentaire de lecteur convaincu, converti, conquis, comblé (et non plus conditionné, conventionnel, contrarié, constipé) a été : « Quel humour chez Proust ! » Depuis, j’ai maintes fois relu l’œuvre et il m’arrive encore de rire à gorge déployée devant quelque bon mot d’Oriane, une vacherie de Charlus, un ridicule dépeint…

 

Je reprendrais volontiers ce que le Héros dit de l’écrivain qui surpasse « le doux Chantre aux cheveux blancs », dans Le Côté de Guermantes : « Du reste, quand une fois sur mille je pouvais suivre l’écrivain jusqu’au bout de sa phrase, ce que je voyais était toujours d’une drôlerie, d’une vérité, d’un charme, pareils à ceux que j’avais trouvés jadis dans la lecture de Bergotte, mais plus délicieux. »

 

Bref, le très respectable M. Rouart m’invite muettement à fonder ce club fondé sur la jubilation qu’offre ce rigolo de Marcel (s’il ose « copain », je peux tenter « rigolo » !).

 

Qui veut adhérer ? La seule condition pour être admis est de signaler au moins un passage qui déclenche le rire.

Quel nom porter ? RAP (Rire avec Proust) ? CHER (Club de l’Humour Épastrouillant de la Recherche) ? AFP (Amicale des Facéties Proustiennes) ? Ou un autre — à vous de jouer ?

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Que Jean-Marie Rouart sache que, s’il le souhaite, il gagne d’office une carte d’adhérent fondateur.

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Rire avec Proust”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. Je propose la RTP (la Rigolade Totalement Proustienne), et hop ! Deux passages qui m’ont fait rire chez Proust : la superbe insolence de Charlus qui fait mine de craindre qu’on prenne les genoux de Madame de Villeparisis pour un lavabo, « sans trop savoir ce que l’on y fera », et les miettes de croissant que Madame Verdurin tapote, en lisant des nouvelles du front… Mais il y en a tant d’autres ! L’indignation de Tante Léonie, rien qu’à la pensée qu’on puisse imaginer qu’elle monte l’escalier du clocher, tenez…

    • Reçu par Twitter de LegendusEst :
      Ex: « depuis l’accident qui était arrivé à sa mâchoire, elle avait renoncé à prendre la peine de pouffer » I

  2. Je pense aux commentaires du Damoiseau de Montargis à propos des formules de Norpois et Brichot dans leurs articles de guerre, ainsi qu’aux déclarations péremptoires de madame Verdurin sur le déroulement de la guerre. VII
    A le lire, on pourrait dire que le rire est le propre de Proust. Or , comme Proust est un homme, le rire est donc le propre de l’homme. Comment Rabelais a-t-il pu faire cette déduction? De Bergson, on comprend mieux.

  3. J’ai bien ri aux « cuirs » du directeur de l’hôtel de Balbec: par exemple: « une grande postiche en vieux Chine »… « Vous n’aurez personne au-dessus de vous pour vous fatiguer le trépan(pour tympan). Soyez tranquille, je ferai fermer les fenêtres pour qu’elles ne battent pas. Là-dessus, je suis intolérable. »…  » Déjà depuis quelque temps je remarquais qu »après le dîner il s’accroupissait dans le salon (sans doute pour s’assoupissait). »
    Et ainsi de suite… dans cette page de Sodome et Gomorrhe, Les Intermittences du coeur.

  4. FYI: RTP (in English = Remembrance of Things Past)

    I always smile at this passage:

     » Mais elle s’était liée aussi avec un sommelier, avec un homme de la cuisine, avec une gouvernante d’étage. Et il en résultait en ce qui concernait notre vie de tous les jours que Françoise, qui le jour de son arrivée, quand elle ne connaissait encore personne, sonnait à tort et à travers pour la moindre chose, à des heures où ma grand’mère et moi nous n’aurions pas osé le faire, et, si nous lui en faisions une légère observation répondait : « Mais on paye assez cher pour ça », comme si elle avait payé elle-même ; maintenant depuis qu’elle était amie d’une personnalité de la cuisine, ce qui nous avait paru de bon augure pour notre commodité, si ma grand’mère ou moi nous avions froid aux pieds, Françoise, fût-il une heure tout à fait normale, n’osait pas sonner ; elle assurait que ce serait mal vu parce que cela obligerait à rallumer les fourneaux, ou gênerait le dîner des domestiques qui seraient mécontents. Et elle finissait par une locution qui, malgré la façon incertaine dont elle la prononçait, n’en était pas moins claire et nous donnait nettement tort : « Le fait est… » Nous n’insistions pas, de peur de nous en faire infliger une, bien plus grave : « C’est quelque chose !… » De sorte qu’en somme nous ne pouvions plus avoir d’eau chaude parce que Françoise était devenue l’amie de celui qui la faisait chauffer. « .
    Marcel Proust

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et