Proust et les Pink Floyd

Proust et les Pink Floyd

 

« Dis donc, le fou de Proust, il faudrait arrêter de fumer des substances illicites ! Établir un lien (je ne dis pas « un joint ») entre l’écrivain psychologique et le groupe psychédélique relève de la fumisterie (je ne dit pas « de la fumette »). »

— Mais non, je vous jure, je n’ai rien pris. J’ai juste retrouvé un article du premier numéro de Proust Said That, « unofficial organ of the equally unofficial Marcel Proust Support Group of San Francisco » créé par une vieille connaissance, P Segal (voir la chronique Un fou + one nut = ?)

915 Proust et les Pink Floyd, Proust Said That

 

Qu’y est-il écrit ?

À la fin de 1972, Roland Petit rencontre les membres de Pink Floyd pour discuter d’un ballet basé sur À la recherche du temps perdu et dont Noureev serait le danseur étoile.

Trois mois plus tard, le batteur du groupe, Nick Mason, déclare : « En fait, un ballet, c’est un peu comme un film [ils avaient collaboré avec Michelangelo Antonioni et Barbet Schroeder]. Plus on a d’information au début, plus ça devient facile à écrire. »

Les musiciens achètent donc la Recherche pour se faire une opinion et ils s’empressent de … ne pas la lire.

Pour être précis, le chanteur et guitariste, David Gilmour, ne dépasse pas la page 18.

Bassiste et chanteur, Roger Waters se lance dans le second volume de Du côté de chez Swann. Arrivé à la fin, il s’exclame : « Merde ! Je ne peux continuer, ça me tombe des mains, ça va trop lentement pour moi. »

Par chance, le chorégraphe français change ses plans et décide de monter Les Mille et une nuits. Éjecté, Marcel.

 

J’aurais pourtant bien admiré une sorte de Dark Side of Proust.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

L’article original de Proust Said That :

Floyd Does Proust

In November of 1972, the French choreographer Roland Petit met with the members of Pink Floyd to discuss collaborating on a new ballet based on Remembrance of Things Past. Rudolph Nureyev was to star in the production.

« Ballet is a little like a film, actually, » Nick Mason said in an interview the following February. « The more information you have to start with, the easier it becomes to write. » With this in mind, Pink Floyd went out and bought Remembrance, from which to gather their impressions.

Unfortunately, as Mason continued, « nobody read anything. David (Gilmour) did the worst, he only read the first 18 pages. »

« I read the second volume of « Swann’s Way, » Roger Waters said, « and when I got to the end of it I thought, Ôfuck this, I’m not reading any more. I can’t handle it.’ It just went too slowly for me. »

The band got lucky ; there was a change in plans. In their next interview, Mason announced « Proust has been kicked in the head. » Roland Petit has decided instead to choreograph A Thousand and One Nights.’

(From Pink Floyd. A Visual Documentary by Miles. Omnibus Press, London, 1980)

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Proust et les Pink Floyd”

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  1. Dites, Patrice, avez-vous lu les commentaires qui suivent l’hommage à Edmonde Charles-Roux, sur « la république des Livres » de Pierre Assouline ?

    Une internaute a mis en ligne le portrait d’Edmonde Charles-Roux par François Nourrissier, qui m’a instantanément fait penser à votre Oriane de Guermantes…

    Tenez :

     » Il arrive à Edmonde d’être noire, inquiète, inquiétante. Tout son visage se plisse alors en étoile autour de l’entre-deux-yeux. Son regard devient absent et froid. J’ai peur d’elle dans ces instants-là, et des coups qu’elle peut porter. Peut-être l’amitié ne doit-elle pas éliminer tout danger de la relation qu’elle nourrit : elle s’affadirait, à devenir tout à fait inoffensive. Ce masque de toutes les méfiances et menaces, c’est souvent l’âge qui nous le sculpte. Aux femmes surtout. Tout se passe comme si, voyant ses traits s’installer dans cette expression nouvelle, chacun s’employait à la justifier de l’intérieur. Edmonde a échappé à cette fatalité parce que sa vraie nature la pousse à rire et à séduire. À rire pour séduire. Il faut l’avoir vue arriver, en Provence où elle est le mieux elle-même, à un dîner. Son œil brille du plaisir qu’elle se promet de la soirée, mais dans le même temps il voit tout, il a tout vu. Le cyprès crépu, le gravier tueur de chaussures. Edmonde est la grâce même, et la curiosité, et la mémoire : épisodes familiaux et professionnels n’ont pas de secret pour elle. Elle boit un doigt d’alcool. Mais déjà elle prépare son terrain, savoure l’histoire qu’elle va conter. Un écho d’accent nuance sa voix, pimente le récit qui commence. Commence-t-il ? Non, Edmonde attend encore, guette l’attention et ne se décide qu’à coup sûr à débobiner le fil de la conversation. Elle se sait le charme même et en use. Elle pourrait avoir appris autrefois dans le salon bleu de Verrières ce savoir-faire, ce savoir-dire. Elle y a ajouté de la candeur. Elle n’a pas l’air de vouloir briller, elle est naturelle. J’ai observé Louise de Vilmorin dans ses entreprises ; il y avait dans son art un peu trop de tout : originalité, accent, trouvailles, tournures presque paysannes, c’est-à-dire très château, les doses étaient toujours forcées. En elle, l’âpreté tournait au pathétique. Edmonde, au contraire, desserre les doigts, garde la main légère. Quand elle s’installe dans la royauté éphémère d’un soir d’été, elle est irrésistible… »
    François Nourissier – À défaut de génie – Gallimard

    Ne pourrait-on pas parler d’Oriane avec à peu près les mêmes termes, (si l’on n’était pas aussi caustique que le Narrateur, évidemment !)

    Bon, du coup je cite Oriane sur la Rdl, et voilà ce qu’une autre internaute, DHH, indique au sujet du « modèle » d’Oriane, la comtesse Grefhulle :

    « Vous avez jusqu’au 20 mars pour aller voir à Galliera l’exposition de la garde-robe de cette Oriane .
    Les robes, manteaux ,chaussures et chapeaux sont presentés avec des textes tirés des journaux mondains de l’époque ou ,pour certains de la Recherche, notamment pour une certaine paire de souliers rouges
    On retrouve toute Oriane dans ces vêtements somptueusement élégants ,flirtant avec la modernité ,qui reflètent sa posture mondaine et sociale, marquée par le souci d’une certaine singularité dans la perfection ;
    Ces vêtements conçus pour mettre en valeur sa beauté et sa sveltesse , parfaitement exempts de toute faute de gôut, qu’il s’agisse de leur forme ,du choix et de la combinaison des matières et des couleurs ,devaient moins aux diktats d’un Worth ou d’un Vionnet qu’aux orientations personnelles qu’elle tenait à leur donner »

    je pense que tout ceci devrait vous intéresser, non ?

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