Lettres esseulées

Lettres esseulées

 

Avec plus d’un million d’occurrences, la lettre « e » est la plus fréquente dans À la recherche du temps perdu. Ses quatre cent vingt-neuf occurrences font du « k » la lettre la moins présente. Entre les deux avancent, par ordre décroissant : a, s, i, t, n, u, r, l, o, d, m, c, p, v, q, f, b, g, h, j, x, y, z, w.

 

Le détail (par ordre alphabétique) : a/à/â : 499 691 ; b : 48 974 ; c/ç : 176 805 ; d : 207 152 ; e/é/è/ê : 1 003 716 ; f : 56 994 ; g : 45 561 ; h : 41 850 ; i /î/ï : 419 329 ; j : 37 547 ; k : 429 ; l : 303 979 ; m : 184 977 ; n : 388 917 ; o/ô : 276 907 ; p : 157 606 ; q : 85 597 ; r : 353 719 ; s : 434 100 ; t : 390 743 ; u : 370 074 ; v : 97 313 ; w : 1 850 ; x :19 049 ; y : 13 552 ; z : 7 787.

 

Sur plus de six millions de lettres, quelques dizaines jouent une carte personnelle : elles sont isolées.

Ça, c’est du décorticage.

 

Vous retrouverez des personnages : B. (VII) ; le professeur E… (III, IV), M. E… (VII) ; l’excellent écrivain G… (III) ; la charmante comtesse G… (III) ; Mme H… (V), le grand-duc N… (VI), la princesse de T… (IV), W… (tailleur, VI), le duc de X… (I), xxx, Mme Y (IV), la musique de Z (VII).

 

Mais pas que… (la série S, le G historié, l’escalier D, le r roulé, la H inutile, les rayons X, etc. Bonne découverte !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

Les extraits :

A (5)

*[Mon père] était si puissant, si en faveur auprès des gens en place qu’il arrivait à nous faire transgresser les lois que Françoise m’avait appris à considérer comme plus inéluctables que celles de la vie et de la mort, à faire retarder d’un an pour notre maison, seule de tout le quartier, les travaux de « ravalement », à obtenir du ministre pour le fils de Mme Sazerat qui voulait aller aux eaux, l’autorisation qu’il passât le baccalauréat deux mois d’avance, dans la série des candidats dont le nom commençait par un A au lieu d’attendre le tour des S. I

*En ce qui concerne cette lettre au bas de laquelle Françoise se refusa à reconnaître le nom de Gilberte parce que le G historié, appuyé sur un i sans point avait l’air d’un A, II

*[Brichot :] Mais vraiment, nous en avons trop vu de ces intellectuels adorant l’Art, avec un grand A, et qui, quand il ne leur suffit plus de s’alcooliser avec du Zola, se font des piqûres de Verlaine. IV

*Or, il peut y avoir dans la vie des hommes et dans celle des peuples (et il devait y avoir dans la mienne) un jour où on a besoin d’avoir en soi un préfet de police, un diplomate à claires vues, un chef de la sûreté, qui, au lieu de rêver aux possibles que recèle l’étendue jusqu’aux quatre points cardinaux, raisonne juste, se dit : « Si l’Allemagne déclare ceci, c’est qu’elle veut faire telle autre chose ; non pas une autre chose dans le vague, mais très précisément ceci ou cela, qui est même peut-être déjà commencé. » « Si telle personne s’est enfuie, ce n’est pas vers les buts a, b, d, mais vers le but c, et l’endroit où il faut opérer nos recherches est c. » Hélas, cette faculté, qui n’était pas très développée chez moi, je la laissais s’engourdir, perdre ses forces, disparaître, en m’habituant à être calme du moment que d’autres s’occupaient de surveiller pour moi. V

*Comme l’originalité assez factice de l’écriture de Gilberte consistait principalement, quand elle écrivait une ligne, à faire figurer dans la ligne supérieure les barres de t qui avaient l’air de souligner les mots, ou les points sur les i qui avaient l’air d’interrompre les phrases de la ligne d’au-dessus, et en revanche à intercaler dans la ligne d’au-dessous les queues et arabesques des mots qui leur étaient superposés, il était tout naturel que l’employé du télégraphe eût lu les boucles d’s ou de z de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte. Le point sur l’i de Gilberte était monté au-dessus faire point de suspension. Quand à son G, il avait l’air d’un A gothique. VI

 

B (5)

*Or, il peut y avoir dans la vie des hommes et dans celle des peuples (et il devait y avoir dans la mienne) un jour où on a besoin d’avoir en soi un préfet de police, un diplomate à claires vues, un chef de la sûreté, qui, au lieu de rêver aux possibles que recèle l’étendue jusqu’aux quatre points cardinaux, raisonne juste, se dit : « Si l’Allemagne déclare ceci, c’est qu’elle veut faire telle autre chose ; non pas une autre chose dans le vague, mais très précisément ceci ou cela, qui est même peut-être déjà commencé. » « Si telle personne s’est enfuie, ce n’est pas vers les buts a, b, d, mais vers le but c, et l’endroit où il faut opérer nos recherches est c. » Hélas, cette faculté, qui n’était pas très développée chez moi, je la laissais s’engourdir, perdre ses forces, disparaître, en m’habituant à être calme du moment que d’autres s’occupaient de surveiller pour moi. V

*Une fois que je demandais à Mme de Guermantes qui était un jeune homme exquis qu’elle m’avait présenté comme son neveu et dont j’avais mal entendu le nom, ce nom, je ne le distinguai pas davantage quand, du fond de sa gorge, la duchesse émit très fort, mais sans articuler : « C’est l’… i Eon l… b… frère à Robert. Il prétend qu’il a la forme du crâne des anciens Gallois. » Alors je compris qu’elle avait dit : C’est le petit Léon, le prince de Léon, beau-frère, en effet, de Robert de Saint-Loup. V

*[Charlus :] C’est autre chose, que vous connaissez probablement mieux que moi, ce sont de jeunes bourgeois », dit-il en détachant le mot qu’il fit précéder de plusieurs b, et en le soulignant par une sorte d’habitude d’élocution, correspondant elle-même à un goût des nuances dans la pensée qui lui était propre, mais peut-être aussi pour ne pas résister au plaisir de me témoigner quelque insolence. V

*«B. me dit : Vous n’oublierez pas qu’il y a demain revue du général ; tâchez que vos hommes soient propres. » Lui qui était d’habitude si doux avait un ton plus sec que d’habitude, je remarquais qu’il évitait de me regarder, moi-même je me sentais nerveux aussi. » Et le lecteur comprend que ce ton sec, c’est le chagrin chez les êtres qui ne veulent pas avoir l’air d’avoir du chagrin, ce qui serait simplement ridicule, mais ce qui est assez désespérant et hideux, parce que c’est la manière d’avoir du chagrin d’êtres qui croient que le chagrin ne compte pas, que la vie est plus sérieuse que les séparations, etc., de sorte qu’ils donnent dans les morts cette impression de mensonge, de néant, que donne au jour de l’an le monsieur qui, en vous apportant des marrons glacés dit : « Je vous la souhaite bonne et heureuse » en ricanant, mais le dit tout de même.

Pour finir le récit de l’officier ou du diplomate veillant, la tête couverte parce qu’on a transporté le blessé en plein air, le moribond, à un moment donné tout est fini : « Je pensais : il faut retourner préparer les choses pour l’astiquage ; mais je ne sais vraiment pas pourquoi, au moment où le docteur lâcha le pouls, B. et moi, il se trouva que sans nous être entendus, le soleil tombait d’aplomb, peut-être avions-nous chaud, debout devant le lit, nous enlevâmes nos képis. » VII

*[Françoise :] « Au commencement de la guerre on nous disait que ces Allemands c’était des assassins, des brigands, de vrais bandits, des bbboches… (si elle mettait plusieurs b à boches, c’est que l’accusation que les Allemands fussent des assassins lui semblait après tout plausible mais celle qu’ils fussent des Boches, presque invraisemblable à cause de son énormité). VII

 

C (5)

*Françoise espéra un instant qu’on mettrait des ventouses « clarifiées ». Elle en chercha les effets dans mon dictionnaire mais ne put les trouver. Eût-elle bien dit scarifiées au lieu de clarifiées qu’elle n’eût pas trouvé davantage cet adjectif, car elle ne le cherchait pas plus à la lettre c qu’à la lettre s ; III

*[Le mot de Cambronne] — Il l’écrit avec un grand C, s’écria Mme d’Arpajon.

— Plutôt avec un grand M, je pense, ma petite, répondit Mme de Guermantes, non sans avoir échangé avec son mari un regard gai qui voulait dire : « Est-elle assez idiote ! » IV

*Or, il peut y avoir dans la vie des hommes et dans celle des peuples (et il devait y avoir dans la mienne) un jour où on a besoin d’avoir en soi un préfet de police, un diplomate à claires vues, un chef de la sûreté, qui, au lieu de rêver aux possibles que recèle l’étendue jusqu’aux quatre points cardinaux, raisonne juste, se dit : « Si l’Allemagne déclare ceci, c’est qu’elle veut faire telle autre chose ; non pas une autre chose dans le vague, mais très précisément ceci ou cela, qui est même peut-être déjà commencé. » « Si telle personne s’est enfuie, ce n’est pas vers les buts a, b, d, mais vers le but c, et l’endroit où il faut opérer nos recherches est c. » Hélas, cette faculté, qui n’était pas très développée chez moi, je la laissais s’engourdir, perdre ses forces, disparaître, en m’habituant à être calme du moment que d’autres s’occupaient de surveiller pour moi. V

*— Ma ière duiesse, répondit Bréauté qui prononçait difficilement les c, je vous trouve bien sévère pour Cartier. V

*La jeune femme, qui avait été Mlle Bloch depuis sa naissance, répondit en prononçant Bloch à l’allemande comme eût fait le duc de Guermantes, c’est-à-dire en prononçant le ch non pas comme un c ou un k mais avec le ch germanique. VII

 

D (2)

*des petits bourgeois qui faisaient danser au cinquième étage d’un escalier D, palier à gauche I

*Or, il peut y avoir dans la vie des hommes et dans celle des peuples (et il devait y avoir dans la mienne) un jour où on a besoin d’avoir en soi un préfet de police, un diplomate à claires vues, un chef de la sûreté, qui, au lieu de rêver aux possibles que recèle l’étendue jusqu’aux quatre points cardinaux, raisonne juste, se dit : « Si l’Allemagne déclare ceci, c’est qu’elle veut faire telle autre chose ; non pas une autre chose dans le vague, mais très précisément ceci ou cela, qui est même peut-être déjà commencé. » « Si telle personne s’est enfuie, ce n’est pas vers les buts a, b, d, mais vers le but c, et l’endroit où il faut opérer nos recherches est c. » Hélas, cette faculté, qui n’était pas très développée chez moi, je la laissais s’engourdir, perdre ses forces, disparaître, en m’habituant à être calme du moment que d’autres s’occupaient de surveiller pour moi. V

 

E (4)

*j’avais rencontré le fameux professeur E… [III] J’étais reparti aussitôt, n’étant même pas sorti de l’ascenseur que le professeur E… avait mis lui-même en marche pour me faire descendre, non sans me regarder avec méfiance. […] Je mis ma grand’mère dans l’ascenseur du professeur E… […] je fus tiré de la pensée de ce rapprochement par un franc éclat de rire qui termina une plaisanterie du professeur E…. III

*l’auteur exquis qui signe E. de Clermont-Tonnerre III

*Je fus à ce moment arrêté par un homme assez vulgaire, le professeur E… Il avait été surpris de m’apercevoir chez les Guermantes. Je ne l’étais pas moins de l’y trouver, car jamais on n’avait vu, et on ne vit dans la suite, chez la princesse, un personnage de sa sorte. […] C’est ainsi que le professeur E… apprit ou rapprit la mort de ma grand’mère, et, je dois le dire à sa louange, qui est celle du corps médical tout entier, sans manifester, sans éprouver peut-être de satisfaction. […] C’est ce qui explique que le professeur E…, quelque satisfaction intellectuelle qu’il ressentît sans doute à voir qu’il ne s’était pas trompé, sut ne me parler que tristement du malheur qui nous avait frappés. […] Je n’en parlai pas au docteur E…, mais de lui-même il me dit : « L’avantage de ces temps très chauds, où la transpiration est très abondante, c’est que le rein en est soulagé d’autant. » La médecine n’est pas une science exacte.

Accroché à moi, le professeur E… ne demandait qu’à ne pas me quitter. IV

*Nous avions ainsi distraitement pensé autrefois que peut-être bien la belle fille avait été courtisée par M. E…, qu’elle ne voyait plus jamais, car plus jamais elle n’allait dans ce bar où elle le voyait jadis. Que pouvait être sa sœur ? femme de chambre peut-être ? Par discrétion nous ne l’avions pas demandé. Et puis voici qu’en ouvrant au hasard l’Annuaire des Châteaux, nous trouvons que M. E… a son château dans le Pas-de-Calais, près de Dunkerque. Plus de doute, pour faire plaisir à la belle fille, il a pris sa sœur comme femme de chambre, et si la belle fille ne le voit plus dans le bar, c’est qu’il la fait venir chez lui, habitant Paris presque toute l’année, mais ne pouvant se passer d’elle même pendant qu’il est dans le Pas-de-Calais. Les pinceaux ivres de fureur et d’amour peignent, peignent. Et pourtant, si ce n’était pas cela ? Si vraiment M. E… ne voyait plus jamais la belle fille mais par serviabilité avait recommandé la sœur de celle-ci à un frère qu’il a, habitant lui toute l’année le Pas-de-Calais. De sorte qu’elle va même peut-être par hasard voir sa sœur au moment où M. E… n’est pas là, car ils ne se soucient plus l’un de l’autre. VII

 

G (13)

*En ce qui concerne cette lettre au bas de laquelle Françoise se refusa à reconnaître le nom de Gilberte parce que le G historié, appuyé sur un i sans point avait l’air d’un A, II

*[Un mot de Gilberte Swann] Une fois il était orné d’un caniche bleu en relief surmontant une légende humoristique écrite en anglais et suivie d’un point d’exclamation, une autre fois timbré d’une ancre marine, ou du chiffre G. S., démesurément allongé en un rectangle qui tenait toute la hauteur de la feuille, ou encore du nom « Gilberte » tantôt tracé en travers dans un coin en caractères dorés qui imitaient la signature de mon amie et finissaient par un paraphe, au-dessous d’un parapluie ouvert imprimé en noir, tantôt enfermé dans un monogramme en forme de chapeau chinois qui en contenait toutes les lettres en majuscules sans qu’il fût possible d’en distinguer une seule. II

*À un point de vue plus accessoire, la façon spéciale, un peu trop minutieuse et intense, qu’il [Bergotte] avait de prononcer certains mots, certains adjectifs qui revenaient souvent dans sa conversation et qu’il ne disait pas sans une certaine emphase, faisant ressortir toutes leurs syllabes et chanter la dernière (comme pour le mot visage qu’il substituait toujours au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments) correspondait exactement à la belle place où dans sa prose il mettait ces mots aimés en lumière, précédés d’une sorte de marge et composés de telle façon dans le nombre total de la phrase, qu’on était obligé, sous peine de faire une faute de mesure, d’y faire compter toute leur « quantité ». II

*L’excellent écrivain G… entra ; III

*— Elle est vraiment étonnante la petite duchesse, dit M. d’Argencourt en montrant Mme de Guermantes qui causait avec G… Dès qu’il y a un homme en vue dans un salon, il est toujours à côté d’elle. III

*Je ne perdais pas de vue mon chapeau parmi tous ceux qui se trouvaient sur le tapis, mais me demandais curieusement à qui pouvait en appartenir un qui n’était pas celui du duc de Guermantes et dans la coiffe duquel un G était surmonté de la couronne ducale. Je savais qui étaient tous les visiteurs et n’en trouvais pas un seul dont ce pût être le chapeau. III

*Je m’y dirigeais assez vivement quand M. de Charlus, qui avait pu croire que j’allais vers la sortie, quitta brusquement M. de Faffenheim avec qui il causait, fit un tour rapide qui l’amena en face de moi. Je vis avec inquiétude qu’il avait pris le chapeau au fond duquel il y avait un G et une couronne ducale. III

*Dès le moment, par exemple, où la charmante comtesse G… entrait chez les Guermantes, le visage de Mme de Villebon prenait exactement l’expression qu’il eût dû prendre si elle avait eu à réciter le vers :

Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là.

vers qui lui était du reste inconnu. Cette Courvoisier avait avalé presque tous les lundis un éclair chargé de crème à quelques pas de la comtesse G…, mais sans résultat. Et Mme de Villebon confessait en cachette qu’elle ne pouvait concevoir comment sa cousine Guermantes recevait une femme qui n’était même pas de la deuxième société, à Châteaudun. « Ce n’est vraiment pas la peine que ma cousine soit si difficile sur ses relations, c’est à se moquer du monde », concluait Mme de Villebon avec une autre expression de visage, celle-là souriante et narquoise dans le désespoir, sur laquelle un petit jeu de devinettes eût plutôt mis un autre vers que la comtesse ne connaissait naturellement pas davantage :

Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance.

Au reste, anticipons sur les événements en disant que la « persévérance », rime d’espérance dans le vers suivant, de Mme de Villebon à snober Mme G… ne fut pas tout à fait inutile. Aux yeux de Mme G… elle doua Mme de Villebon d’un prestige tel, d’ailleurs purement imaginaire, que, quand la fille de Mme G…, qui était la plus jolie et la plus riche des bals de l’époque, fut à marier, on s’étonna de lui voir refuser tous les ducs. C’est que sa mère, se souvenant des avanies hebdomadaires qu’elle avait essuyées rue de Grenelle en souvenir de Châteaudun, ne souhaitait véritablement qu’un mari pour sa fille : un fils Villebon. III

*chaque membre de la famille n’était plus qu’un Guermantes, avec une privation d’individualité et de prénoms qu’attestait sur les grandes tentures noires le seul G… de pourpre, surmonté de la couronne ducale, c’était sur l’homme le plus riche et le mieux né, sur le plus grand parti du faubourg Saint-Germain, sur le fils aîné du duc de Guermantes, le prince des Laumes, que le Génie de la famille avait porté le choix de l’intellectuelle, de la frondeuse, de l’évangélique Mme de Villeparisis. III

*Et comme on est près des personnes qu’on se représente, comme on peut se représenter les gens lisant leur journal, Gilberte préférait que les journaux l’appelassent Mlle de Forcheville. Il est vrai que pour les écrits dont elle avait elle-même la responsabilité, ses lettres, elle ménagea quelque temps la transition en signant G. S. Forcheville. La véritable hypocrisie dans cette signature était manifestée par la suppression bien moins des autres lettres du nom de Swann que de celles du nom de Gilberte. En effet, en réduisant le prénom innocent à un simple G, Mlle de Forcheville semblait insinuer à ses amis que la même amputation appliquée au nom de Swann n’était due aussi qu’à des motifs d’abréviation. Même elle donnait une importance particulière à l’S, et en faisait une sorte de longue queue qui venait barrer le G, mais qu’on sentait transitoire et destinée à disparaître comme celle qui, encore longue chez le singe, n’existe plus chez l’homme. VI

*Comme l’originalité assez factice de l’écriture de Gilberte consistait principalement, quand elle écrivait une ligne, à faire figurer dans la ligne supérieure les barres de t qui avaient l’air de souligner les mots, ou les points sur les i qui avaient l’air d’interrompre les phrases de la ligne d’au-dessus, et en revanche à intercaler dans la ligne d’au-dessous les queues et arabesques des mots qui leur étaient superposés, il était tout naturel que l’employé du télégraphe eût lu les boucles d’s ou de z de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte. Le point sur l’i de Gilberte était monté au-dessus faire point de suspension. Quand à son G, il avait l’air d’un A gothique. VI

*Votre fidèlement dévoué, Semper idem,

P. G. Charlus ». VII

*Et ce Guermantes [Robert] était mort plus lui-même, ou plutôt plus de sa race, en laquelle il se fondait, en laquelle il n’était plus qu’un Guermantes, comme ce fut symboliquement visible à son enterrement dans l’église Saint-Hilaire de Combray, toute tendue de tentures noires où se détachait en rouge sous la couronne fermée, sans initiales de prénoms ni titres, le G du Guermantes que par la mort il était redevenu. VII

 

H (2)

*Du marquis du Lau (dont on sait la triste fin, quand, sourd, il se faisait porter chez Mme H…, aveugle) V

*Je l’appris en recevant une lettre du neveu de Mme de Villeparisis, qui signe — comme il a été baptisé, comme il figure dans le Gotha — Jehan de Villeparisis, avec la même belle H inutile, héraldique, telle qu’on l’admire, enluminée de vermillon ou d’outremer, dans un livre d’heures ou dans un vitrail. V

 

I (5)

*En ce qui concerne cette lettre au bas de laquelle Françoise se refusa à reconnaître le nom de Gilberte parce que le G historié, appuyé sur un i sans point avait l’air d’un A, II

*Bloch croyait donc évidemment qu’en Angleterre, non seulement tous les individus du sexe mâle sont lords, mais encore que la lettre i s’y prononce toujours . II

*C’pauvre vieux, i m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé », dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. II

*Une fois que je demandais à Mme de Guermantes qui était un jeune homme exquis qu’elle m’avait présenté comme son neveu et dont j’avais mal entendu le nom, ce nom, je ne le distinguai pas davantage quand, du fond de sa gorge, la duchesse émit très fort, mais sans articuler : « C’est l’… i Eon l… b… frère à Robert. Il prétend qu’il a la forme du crâne des anciens Gallois. » Alors je compris qu’elle avait dit : C’est le petit Léon, le prince de Léon, beau-frère, en effet, de Robert de Saint-Loup. V

*Comme l’originalité assez factice de l’écriture de Gilberte consistait principalement, quand elle écrivait une ligne, à faire figurer dans la ligne supérieure les barres de t qui avaient l’air de souligner les mots, ou les points sur les i qui avaient l’air d’interrompre les phrases de la ligne d’au-dessus, et en revanche à intercaler dans la ligne d’au-dessous les queues et arabesques des mots qui leur étaient superposés, il était tout naturel que l’employé du télégraphe eût lu les boucles d’s ou de z de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte. Le point sur l’i de Gilberte était monté au-dessus faire point de suspension. Quand à son G, il avait l’air d’un A gothique. VI

 

K (4)

*— Je crois vous avoir vu à dîner chez elle le jour où elle a fait cette sortie à ce M. Bloch (M. de Guermantes, peut-être pour donner à un nom israélite l’air plus étranger, ne prononça pas le ch de Bloch comme un k, mais comme dans hoch en allemand) qui avait dit de je ne sais plus quel poite (poète) qu’il était sublime. III

*[Bloch] Ayant, par exemple, à dire dans une lettre que le vin qu’on buvait chez lui était un vrai nectar, il écrivait un vrai nektar, avec un k, ce qui lui permettait de ricaner au nom de Lamartine. IV

*[Charlus :] On n’écrit plus kolossal qu’avec un k, mais au fond, ce devant quoi on s’agenouille c’est bien du colossal. VII

*La jeune femme, qui avait été Mlle Bloch depuis sa naissance, répondit en prononçant Bloch à l’allemande comme eût fait le duc de Guermantes, c’est-à-dire en prononçant le ch non pas comme un c ou un k mais avec le ch germanique. VII

 

L (4)

*[Bloch] se consolait de ne pas savoir peindre M. Legrandin en lui donnant plusieurs L et en savourant ce nom comme un vin de derrière les fagots. II

*Sans doute il arrive que des femmes peu cultivées, épousant un homme fort lettré, reçoivent dans leur apport dotal de telles expressions. Et peu après la métamorphose qui suit la nuit de noces, quand elles font leurs visites et sont réservées avec leurs anciennes amies, on remarque avec étonnement qu’elles sont devenues femmes si, en décrétant qu’une personne est intelligente, elles mettent deux l au mot intelligente ; III

*[La princesse Sherbatoff] l’avait su par Mme Verdurin avec qui elle avait déjeuné le matin, nous dit-elle d’une voix rapide où le roulement des r, de l’accent russe, était doucement marmonné au fond de la gorge, comme si c’étaient non des r mais des l. IV

*Une fois que je demandais à Mme de Guermantes qui était un jeune homme exquis qu’elle m’avait présenté comme son neveu et dont j’avais mal entendu le nom, ce nom, je ne le distinguai pas davantage quand, du fond de sa gorge, la duchesse émit très fort, mais sans articuler : « C’est l’… i Eon l… b… frère à Robert. Il prétend qu’il a la forme du crâne des anciens Gallois. » Alors je compris qu’elle avait dit : C’est le petit Léon, le prince de Léon, beau-frère, en effet, de Robert de Saint-Loup. V

 

M (2)

*[Le mot de Cambronne] — Il l’écrit avec un grand C, s’écria Mme d’Arpajon.

— Plutôt avec un grand M, je pense, ma petite, répondit Mme de Guermantes, non sans avoir échangé avec son mari un regard gai qui voulait dire : « Est-elle assez idiote ! » III

*D’autre part, la supposition que l’n a été changée en m ne me choque pas IV

 

N (6)

*Toujours est-il que les Simonet s’étaient, paraît-il, toujours irrités comme d’une calomnie quand on doublait leur n. Ils avaient l’air d’être les seuls Simonet avec un n au lieu de deux, autant de fierté peut-être que les Montmorency d’être les premiers barons de France. II

*Ce qui n’empêchait pas, d’ailleurs, la mère d’Andrée, par amour de la vérité, de foudroyer de son dédain les gens qui avaient l’air de croire qu’Albertine était d’une basse extraction. « Comment, c’est tout ce qu’il y a de mieux, ce sont des Simonet, avec un seul n. » II

*Du reste, les notions sociales d’Albertine étaient d’une sottise extrême. Elle croyait les Simonnet avec deux n inférieurs non seulement aux Simonet avec un seul n, mais à toutes les autres personnes possibles. III

*Mon époux va me trouver bien mauvaise royaliste, mais je suis très mal pensante, vous savez, je vous assure que chez ces gens-là on en arrive à aimer tous ces N, toutes ces abeilles. III

*D’autre part, la supposition que l’n a été changée en m ne me choque pas IV

*[Mme de Villeparisis à Norpois :]— Ah ! Odon, c’est celui qui faisait de la peinture ?

— Mais pas du tout, c’est celui qui a épousé la sœur du grand-duc N… VI

 

O (12)

*ô merveilleuse indépendance des regards humains, I

*[Brichot :] — Mon Dieu, Madame, je ne voudrais pas alarmer les âmes respectueuses s’il y en a autour de cette table, sub rosa… Je reconnais d’ailleurs que notre ineffable république athénienne — ô combien ! — pourrait honorer en cette capétienne obscurantiste le premier des préfets de police à poigne. I

*Mme Swann avait quitté la salle à manger, mais son mari qui venait de rentrer faisait à son tour une apparition auprès de nous. — Sais-tu si ta mère est seule, Gilberte ? — Non, elle a encore du monde, papa. — Comment, encore ? à sept heures! C’est effrayant. La pauvre femme doit être brisée. C’est odieux. (À la maison j’avais toujours entendu, dans odieux, prononcer l’o long — audieux, — mais M. et Mme Swann disaient odieux, en faisant l’o bref.) II

*ô miracle, III

*Céleste me disait : « Oh ! petit diable noir aux cheveux de geai, ô profonde malice ! IV

*[Céleste :] « Regarde, Marie, ses traits si fins. O miniature parfaite, plus belle que la plus précieuse qu’on verrait sous une vitrine, car il a les mouvements, et des paroles à l’écouter des jours et des nuits. » IV

*[Brichot :] Soyez sans crainte, ô Cottard, IV

*ô jeunes filles, ô rayon successif dans le tourbillon où nous palpitons de vous voir reparaître en ne vous reconnaissant qu’à peine, dans la vitesse vertigineuse de la lumière. V

*ô beauté des yeux sévères V

*[Charlus :] Ô ma jeunesse ! V

*[Le maître d’hôtel] croyait que ce que M. de Rambuteau avait été si froissé un jour d’entendre appeler par le duc de Guermantes « les édicules Rambuteau » s’appelait des pistières. Sans doute dans son enfance n’avait-il pas entendu l’o et cela lui était resté. VII

*Ma grand’mère que j’avais, avec tant d’indifférence, vu agoniser et mourir près de moi ! O puissé-je, en expiation, quand mon œuvre serait terminée, blessé sans remède, souffrir de longues heures abandonné de tous, avant de mourir. VII

 

P (3)

*dans les héliogravures des livres d’étrennes de P.-J. Stahl II

*— C’est la princesse de Guermantes, dit ma voisine au monsieur qui était avec elle, en ayant soin de mettre devant le mot princesse plusieurs p indiquant que cette appellation était risible. III

*Votre fidèlement dévoué, Semper idem,

P. G. Charlus ». VII

 

R (7)

*M. de Bréauté demandait : « Comment, vous, mon cher, qu’est-ce que vous pouvez bien faire ici ? » à un romancier mondain qui venait d’installer au coin de son œil un monocle, son seul organe d’investigation psychologique et d’impitoyable analyse, et répondit d’un air important et mystérieux, en roulant l’r :

— J’observe. I

*— Comment, privilégiés ? Vous qui habitez la capitale, Paris, la grand ville, tandis que j’habite un pauvre chef-lieu de cent mille âmes, il est vrai cent deux mille au dernier recensement ; mais qu’est-ce à côté de vous qui en comptez deux millions cinq cent mille ? et qui allez retrouver l’asphalte et tout l’éclat du monde parisien.

Ils le disaient avec un roulement d’r paysan, sans y mettre d’aigreur, car c’étaient des lumières de leur province qui auraient pu comme d’autres venir à Paris — on avait plusieurs fois offert au premier président de Caen un siège à la Cour de cassation — mais avaient préféré rester sur place, par amour de leur ville, ou de l’obscurité, ou de la gloire, ou parce qu’ils étaient réactionnaires, et pour l’agrément des relations de voisinage avec les châteaux.  II

*Mme de Guermantes mettait, comme Mme de Villeparisis, de l’affectation à prononcer certains mots d’une façon très paysanne, quoiqu’elle ne roulât nullement les r comme faisait sa tante.) III

*[Le liftier :] Et j’ai pas pu rester plus longtemps ; j’avais peur d’être comme mon collègue qui a été envoyé de l’hôtel (car le lift qui disait rentrer pour une profession où on entre pour la première fois, « je voudrais bien rentrer dans les postes », pour compensation, ou pour adoucir la chose s’il s’était agi de lui, ou l’insinuer plus doucereusement et perfidement s’il s’agissait d’un autre supprimait l’r et disait : « Je sais qu’il a été envoyé »). IV

*[La princesse Sherbatoff] l’avait su par Mme Verdurin avec qui elle avait déjeuné le matin, nous dit-elle d’une voix rapide où le roulement des r, de l’accent russe, était doucement marmonné au fond de la gorge, comme si c’étaient non des r mais des l. IV

*[Ski :] « Comment, vous n’aimez pas cela, ce côté gosse de la musique de Bizet ? Mais, mon cher, dit-il, avec ce roulement d’r qui lui était particulier, c’est ravissant. » V

*[Charlus :] Et nos poilus ! Je ne peux pas vous dire quelle saveur je trouve en nos poilus, aux petits Parigots, tenez, comme celui qui passa là, avec son air dessalé, sa mine éveillée et drôle. Il m’arrive souvent de les arrêter, de faire un brin de causette avec eux, quelle finesse, quel bon sens! et les gars de province comme ils sont amusants et gentils avec leur roulement d’r et leur jargon patoiseur ! VII

 

 

S (7)

*[Mon père] était si puissant, si en faveur auprès des gens en place qu’il arrivait à nous faire transgresser les lois que Françoise m’avait appris à considérer comme plus inéluctables que celles de la vie et de la mort, à faire retarder d’un an pour notre maison, seule de tout le quartier, les travaux de «ravalement», à obtenir du ministre pour le fils de Mme Sazerat qui voulait aller aux eaux, l’autorisation qu’il passât le baccalauréat deux mois d’avance, dans la série des candidats dont le nom commençait par un A au lieu d’attendre le tour des S. I

*[Un mot de Gilberte Swann] Une fois il était orné d’un caniche bleu en relief surmontant une légende humoristique écrite en anglais et suivie d’un point d’exclamation, une autre fois timbré d’une ancre marine, ou du chiffre G. S., démesurément allongé en un rectangle qui tenait toute la hauteur de la feuille, ou encore du nom « Gilberte » tantôt tracé en travers dans un coin en caractères dorés qui imitaient la signature de mon amie et finissaient par un paraphe, au-dessous d’un parapluie ouvert imprimé en noir, tantôt enfermé dans un monogramme en forme de chapeau chinois qui en contenait toutes les lettres en majuscules sans qu’il fût possible d’en distinguer une seule. II

*À un point de vue plus accessoire, la façon spéciale, un peu trop minutieuse et intense, qu’il [Bergotte] avait de prononcer certains mots, certains adjectifs qui revenaient souvent dans sa conversation et qu’il ne disait pas sans une certaine emphase, faisant ressortir toutes leurs syllabes et chanter la dernière (comme pour le mot visage qu’il substituait toujours au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments) correspondait exactement à la belle place où dans sa prose il mettait ces mots aimés en lumière, précédés d’une sorte de marge et composés de telle façon dans le nombre total de la phrase, qu’on était obligé, sous peine de faire une faute de mesure, d’y faire compter toute leur « quantité ». II

*Françoise espéra un instant qu’on mettrait des ventouses « clarifiées ». Elle en chercha les effets dans mon dictionnaire mais ne put les trouver. Eût-elle bien dit scarifiées au lieu de clarifiées qu’elle n’eût pas trouvé davantage cet adjectif, car elle ne le cherchait pas plus à la lettre c qu’à la lettre s ; III

*Un jour, en visite, entendant une jeune fille dire : « ma tante d’Uzai », « mon onk de Rouan », elle [Mlle Legrandin-Cambremer] n’avait pas reconnu immédiatement les noms illustres qu’elle avait l’habitude de prononcer : Uzès et Rohan ; elle avait eu l’étonnement, l’embarras et la honte de quelqu’un qui a devant lui à table un instrument nouvellement inventé dont il ne sait pas l’usage et dont il n’ose pas commencer à manger. Mais, la nuit suivante et le lendemain, elle avait répété avec ravissement : « ma tante d’Uzai » avec cette suppression de l’s finale, suppression qui l’avait stupéfaite la veille, mais qu’il lui semblait maintenant si vulgaire de ne pas connaître qu’une de ses amies lui ayant parlé d’un buste de la duchesse d’Uzès, Mlle Legrandin lui avait répondu avec mauvaise humeur, et d’un ton hautain : « Vous pourriez au moins prononcer comme il faut : Mame d’Uzai. ». IV

*Et comme on est près des personnes qu’on se représente, comme on peut se représenter les gens lisant leur journal, Gilberte préférait que les journaux l’appelassent Mlle de Forcheville. Il est vrai que pour les écrits dont elle avait elle-même la responsabilité, ses lettres, elle ménagea quelque temps la transition en signant G. S. Forcheville. La véritable hypocrisie dans cette signature était manifestée par la suppression bien moins des autres lettres du nom de Swann que de celles du nom de Gilberte. En effet, en réduisant le prénom innocent à un simple G, Mlle de Forcheville semblait insinuer à ses amis que la même amputation appliquée au nom de Swann n’était due aussi qu’à des motifs d’abréviation. Même elle donnait une importance particulière à l’S, et en faisait une sorte de longue queue qui venait barrer le G, mais qu’on sentait transitoire et destinée à disparaître comme celle qui, encore longue chez le singe, n’existe plus chez l’homme. VI

*Comme l’originalité assez factice de l’écriture de Gilberte consistait principalement, quand elle écrivait une ligne, à faire figurer dans la ligne supérieure les barres de t qui avaient l’air de souligner les mots, ou les points sur les i qui avaient l’air d’interrompre les phrases de la ligne d’au-dessus, et en revanche à intercaler dans la ligne d’au-dessous les queues et arabesques des mots qui leur étaient superposés, il était tout naturel que l’employé du télégraphe eût lu les boucles d’s ou de z de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte. Le point sur l’i de Gilberte était monté au-dessus faire point de suspension. Quand à son G, il avait l’air d’un A gothique. VI

 

T (5)

*Or, au bas du papier, timbré d’un sceau d’argent représentant un chevalier casqué sous lequel se contournait cette devise : Per viam rectam, au-dessous d’une lettre, d’une grande écriture, et où presque toutes les phrases semblaient soulignées, simplement parce que la barre des t étant tracée non au travers d’eux, mais au-dessus, mettait un trait sous le mot correspondant de la ligne supérieure, ce fut justement la signature de Gilberte que je vis. II

*— Comment allez-vous (qu’ils prononçaient tous deux « commen allez-vous », sans faire la liaison du t, liaison, qu’on pense bien qu’une fois rentré à la maison je me faisais un incessant et voluptueux exercice de supprimer). Gilberte sait-elle que vous êtes là ? alors je vous quitte. II

*C’est quelqu’un de très mal, me dit Mme de Villeparisis, avec l’accent vertueux des Guermantes même les plus dépravés. De très, très mal, reprit-elle en mettant trois t à très. III

*je n’avais encore fait que quelques pas dans les salons avec la duchesse de Guermantes quand une petite dame brune, extrêmement jolie, l’arrêta :

« Je voudrais bien vous voir. D’Annunzio vous a aperçue d’une loge, il a écrit à la princesse de T… une lettre où il dit qu’il n’a jamais rien vu de si beau. Il donnerait toute sa vie pour dix minutes d’entretien avec vous. IV

*Comme l’originalité assez factice de l’écriture de Gilberte consistait principalement, quand elle écrivait une ligne, à faire figurer dans la ligne supérieure les barres de t qui avaient l’air de souligner les mots, ou les points sur les i qui avaient l’air d’interrompre les phrases de la ligne d’au-dessus, et en revanche à intercaler dans la ligne d’au-dessous les queues et arabesques des mots qui leur étaient superposés, il était tout naturel que l’employé du télégraphe eût lu les boucles d’s ou de z de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte. Le point sur l’i de Gilberte était monté au-dessus faire point de suspension. Quand à son G, il avait l’air d’un A gothique. VI

 

V (4)

*À un point de vue plus accessoire, la façon spéciale, un peu trop minutieuse et intense, qu’il [Bergotte] avait de prononcer certains mots, certains adjectifs qui revenaient souvent dans sa conversation et qu’il ne disait pas sans une certaine emphase, faisant ressortir toutes leurs syllabes et chanter la dernière (comme pour le mot visage qu’il substituait toujours au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments) correspondait exactement à la belle place où dans sa prose il mettait ces mots aimés en lumière, précédés d’une sorte de marge et composés de telle façon dans le nombre total de la phrase, qu’on était obligé, sous peine de faire une faute de mesure, d’y faire compter toute leur « quantité ». II

*Charles V  III

*Je suis d’autant plus certain de l’erreur du curé, que Saint-Martin-le-Vieux s’est appelé autrefois Saint-Martin-du-Gast et même Saint-Martin-de-Terregate. Or le v et le g dans ces mots sont la même lettre. On dit : dévaster mais aussi : gâcher. IV

*Henri V IV

 

W (1)

Je n’eus pas de peine, malgré l’air de tristesse et de fatigue que donne l’appesantissement des années et malgré une sorte d’eczéma, de lèpre rouge qui couvrait sa figure, à reconnaître sous son bonnet, dans sa cotte noire faite chez W…, mais, pour les profanes, pareille à celle d’une vieille concierge, la marquise de Villeparisis. VI

 

X (36)

*Mais une fois, mon grand-père lut dans un journal que M. Swann était un des plus fidèles habitués des déjeuners du dimanche chez le duc de X…, dont le père et l’oncle avaient été les hommes d’État les plus en vue du règne de Louis-Philippe. I

*Françoise disait en riant : « Madame sait tout ; madame est pire que les rayons X (elle disait x avec une difficulté affectée et un sourire pour se railler elle-même, ignorante, d’employer ce terme savant), I

*[Gilberte] grignotait, assise de côté sur un siège en forme d’x et placé de travers. II

*Quand il n’y aurait plus de Charles Swann, il y aurait encore une Mlle Swann, ou une Mme X., née Swann, qui continuerait à aimer le père disparu. II

*il arrivait souvent qu’au moment du passage, tel dîner en marche abandonnait l’un ou plusieurs de ses corpuscules, qui, ayant subi trop fortement l’attraction du dîner rival, se détachaient un instant du leur, où ils étaient remplacés par des messieurs ou des dames qui étaient venus saluer des amis, avant de rejoindre, en disant : « Il faut que je me sauve retrouver M. X… dont je suis ce soir l’invité. » II

*Aussi, alors que tous les officiers du régiment faisaient fête à Saint-Loup, le prince de Borodino à qui il avait été recommandé par le maréchal de X… se borna à être obligeant pour lui dans le service, où Saint-Loup était d’ailleurs exemplaire, mais il ne le reçut jamais chez lui, sauf en une circonstance particulière où il fut en quelque sorte forcé de l’inviter, et, comme elle se présentait pendant mon séjour, lui demanda de m’amener. III

*Même les neveux « gratins » à qui un camarade demandait de les mener dans le monde (Saint-Loup tout le premier) disaient : « Je vous conduirai chez ma tante Villeparisis, ou chez ma tante X…, c’est un salon intéressant. » III

*De sorte que cette étrange épreuve qui nous semble si peu ressemblante a quelquefois le genre de vérité, peu flatteur certes, mais profond et utile, d’une photographie par les rayons X. III

*Dans un de ces moments où, selon l’expression populaire, on ne sait plus à quel saint se vouer, comme ma grand’mère toussait et éternuait beaucoup, on suivit le conseil d’un parent qui affirmait qu’avec le spécialiste X… on était hors d’affaire en trois jours. III

*La dernière d’Oriane, c’était, par exemple, qu’ayant à répondre au nom d’une société patriotique au cardinal X…, évêque de Mâcon (que d’habitude M. de Guermantes, quand il parlait de lui, appelait « Monsieur de Mascon », parce que le duc trouvait cela vieille France), comme chacun cherchait à imaginer comment la lettre serait tournée, et trouvait bien les premiers mots : « Éminence » ou « Monseigneur », mais était embarrassé devant le reste, la lettre d’Oriane, à l’étonnement de tous, débutait par « Monsieur le cardinal » à cause d’un vieil usage académique, ou par « Mon cousin », ce terme étant usité entre les princes de l’Église, les Guermantes et les souverains qui demandaient à Dieu d’avoir les uns et les autres « dans sa sainte et digne garde ». III

*Le prince d’Agrigente ayant demandé pourquoi le prince X… avait dit, en parlant du duc d’Aumale, « mon oncle », M. de Guermantes répondit : « Parce que le frère de sa mère, le duc de Wurtemberg, avait épousé une fille de Louis-Philippe. » Alors je contemplai toute une châsse, pareille à celles que peignaient Carpaccio ou Memling, depuis le premier compartiment où la princesse, aux fêtes des noces de son frère le duc d’Orléans, apparaissait habillée d’une simple robe de jardin pour témoigner de sa mauvaise humeur d’avoir vu repousser ses ambassadeurs qui étaient allés demander pour elle la main du prince de Syracuse, jusqu’au dernier où elle vient d’accoucher d’un garçon, le duc de Wurtemberg (le propre oncle du prince avec lequel je venais de dîner), dans ce château de Fantaisie, un de ces lieux aussi aristocratiques que certaines familles. Eux aussi, durant au delà d’une génération, voient se rattacher à eux plus d’une personnalité historique. Dans celui-là notamment vivent côte à côte les souvenirs de la margrave de Bayreuth, de cette autre princesse un peu fantasque (la sœur du duc d’Orléans) à qui on disait que le nom du château de son époux plaisait, du roi de Bavière, et enfin du prince X…, dont il était précisément l’adresse à laquelle il venait de demander au duc de Guermantes de lui écrire, car il en avait hérité et ne le louait que pendant les représentations de Wagner, au prince de Polignac, autre «fantaisiste» délicieux. III

*Malgré tout, bien différentes en cela de ce que j’avais pu ressentir devant des aubépines ou en goûtant à une madeleine, les histoires que j’avais entendues chez Mme de Guermantes m’étaient étrangères. Entrées un instant en moi, qui n’en étais que physiquement possédé, on aurait dit que (de nature sociale, et non individuelle) elles étaient impatientes d’en sortir. Je m’agitais dans la voiture, comme une pythonisse. J’attendais un nouveau dîner où je pusse devenir moi même une sorte de prince de X…, de Mme de Guermantes, et les raconter. III

*Mais ces révélations rapides, pareilles à celles qui dans les tragédies de Racine apprennent à Athalie et à Abner que Joas est de la race de David, qu’Esther « dans la pourpre assise » a des parents « youpins », changeant l’aspect de la légation de X… ou tel service du Ministère des Affaires étrangères, rendaient rétrospectivement ces palais aussi mystérieux que le temple de Jérusalem ou la salle du trône de Suse. IV

*Aussitôt M. de Vaugoubert (ce qui agaça beaucoup M. de Charlus) ne détacha plus ses yeux de ces jeunes secrétaires, que l’ambassadeur de X… en France, vieux cheval de retour, n’avait pas choisis au hasard. IV

*[L’avocat] montra de l’intérêt au sujet de mon séjour à Balbec. « Vous devez vous trouver un peu dépaysé, car il y a ici, en majeure partie, des étrangers. » Et il me regardait tout en me parlant, car n’aimant pas les étrangers, bien que beaucoup fussent de ses clients, il voulait s’assurer que je n’étais pas hostile à sa xénophobie, auquel cas il eût battu en retraite en disant : « Naturellement, Mme X… peut être une femme charmante. C’est une question de principes. » IV

*Charles X. IV, V

*Car celui qui sait que Mme X… le méprise, sentant qu’on l’estime chez Mme Y…, la déclare bien supérieure et émigre dans son salon. IV

*je n’avais jamais fait de distinction entre les classes. Et si j’avais, à entendre appeler un chauffeur un monsieur, le même étonnement que le comte X… qui ne l’était que depuis huit jours et à qui, ayant dit : « la Comtesse a l’air fatigué », je fis tourner la tête derrière lui pour voir de qui je voulais parler, c’était simplement par manque d’habitude du vocabulaire; je n’avais jamais fait de différence entre les ouvriers, les bourgeois et les grands seigneurs, et j’aurais pris indifféremment les uns et les autres pour amis. IV

*la pudeur de l’académicien qui ne vote pas pour vous, afin de vous épargner la honte d’être le collègue de X… qui n’a pas de talent ; IV

*Bergotte revenait à un des premiers médecins, homme qui se piquait d’esprit, surtout devant un des maîtres de la plume, et qui, si Bergotte insinuait : « Il me semble pourtant que le Dr X. m’avait dit — autrefois bien entendu — que cela pouvait me congestionner le rein et le cerveau… » souriait malicieusement, levait le doigt et prononçait : « J’ai dit user, je n’ai pas dit abuser. Bien entendu, tout remède, si on exagère, devient une arme à double tranchant. » V

*Léon X. V

*Mon cousin le prince de Guermantes, qui a justement l’intelligence agaçante des gens qui croient tout trop facilement, me dit un jour : « Mais pourquoi est-ce que X… ne couche pas avec son cocher ? Qui sait si ça ne lui ferait pas plaisir à Théodore (c’est le nom du cocher) et s’il n’est même pas très piqué de voir que son patron ne lui fait pas d’avances ? » Je ne pus m’empêcher d’imposer silence à Gilbert ; j’étais énervé à la fois de cette prétendue perspicacité qui, quand elle s’exerce indistinctement, est un manque de perspicacité, et aussi de la malice cousue de fil blanc de mon cousin qui aurait voulu que notre ami X… essayât de se risquer sur la planche pour, si elle était viable, s’y avancer à son tour. — Le prince de Guermantes a donc ces goûts ? demanda Brichot avec un mélange d’étonnement et de malaise. — Mon Dieu, répondit M. de Charlus ravi, c’est tellement connu que je ne crois pas commettre une indiscrétion en vous disant que oui. V

*« Et quelle potinière, reprit Brichot, à nourrir tous les appendices des Causeries du Lundi, que la conversation de cet apôtre ! Songez que j’ai appris par lui que le traité d’éthique où j’ai toujours révéré la plus fastueuse construction morale de notre époque avait été inspiré à notre vénérable collègue X… par un jeune porteur de dépêches. N’hésitons pas à reconnaître que mon éminent ami a négligé de nous livrer le nom de cet éphèbe au cours de ses démonstrations. V

*Je voulais aller à Venise, je voulais, en attendant, aller au Louvre voir des tableaux vénitiens, et, au Luxembourg, les deux Elstir qu’à ce qu’on venait de m’apprendre, la princesse de Guermantes venait de vendre à ce musée, ceux que j’avais tant admirés, les « Plaisirs de la Danse » et le « Portrait de la famille X… » V

*[Une femme] devait depuis quelque temps entretenir des relations écrites, ou verbales, ou par messagers, avec tel homme, ou telle femme, attendre tel signe que nous avons peut-être donné nous-même sans le savoir en disant : «M. X… est venu hier pour me voir», si elle avait convenu avec M. X… que la veille du jour où elle devrait rejoindre M. X…, celui-ci viendrait me voir. Que d’hypothèses possibles ! VI

*Aussi, à ces moments-là, si j’avais pu réussir à l’évoquer en faisant tourner une table comme autrefois Bergotte croyait que c’était possible, ou à la rencontrer dans l’autre vie comme le pensait l’abbé X…, je ne l’aurais souhaité que pour lui répéter : « Je sais pour la blanchisseuse. Tu lui disais : tu me mets aux anges ; j’ai vu la morsure. » VI

*Je voyais Bloch, les Guermantes, Legrandin, Andrée, monsieur X…, tirer chacun à son tour de chaque phrase les images qu’il y enferme; au moment même où j’essaie d’être un lecteur quelconque, je lis en auteur, mais pas en auteur seulement. VI

*[Mme Sazerat] Ma mère, du reste, l’aimait bien, la plaignait de son infortune — suite des fredaines de son père ruiné par la duchesse de X… — infortune qui la forçait à vivre presque toute l’année à Combray, avec quelques semaines chez sa cousine à Paris et un grand « voyage d’agrément » tous les dix ans. VI

*Un jour que la princesse des Laumes était allée par devoir passer un instant chez cette Altesse, où elle n’avait trouvé que des gens de rien, en entrant ensuite chez Mme Leroi elle avait dit à Swann et au marquis de Modène : « Enfin je me retrouve en pays ami. Je viens de chez Mme la duchesse de X…, il n’y avait pas trois figures de connaissance. » VI

*Quel que soit le genre d’amours d’un homme, on se trompe toujours sur le nombre des personnes avec qui il a des liaisons, parce qu’on interprète faussement des amitiés comme des liaisons, ce qui est une erreur par addition, mais aussi parce qu’on croit qu’une liaison prouvée en exclut une autre, ce qui est un autre genre d’erreur. Deux personnes peuvent dire : « La maîtresse de X…, je la connais », prononcer deux noms différents et ne se tromper ni l’un ni l’autre. Une femme qu’on aime suffit rarement à tous nos besoins et on la trompe avec une femme qu’on n’aime pas. VII

*[Charlus :] « Que Lord X ou le prince de ** ne viennent pas redire ce qu’ils disaient hier car je me suis tenu à quatre pour ne pas leur répondre : « Vous savez bien que vous en êtes au moins autant que moi » VII

*Le prince d’Agrigente avait-il fini par épouser Mlle X… ? Ou plutôt n’était-ce pas le frère de Mlle X… qui avait dû épouser la sœur du prince d’Agrigente, ou bien faisais-je une confusion avec une ancienne lecture, ou un rêve récent ? VII

*Je n’avais jamais trouvé aucune ressemblance entre Mme X… et sa mère que je n’avais connue que vieille, ayant l’air d’un petit Turc tout tassé. Et en effet, j’avais toujours connu Mme X… charmante et droite et pendant très longtemps elle l’était restée, pendant trop longtemps, car, comme une personne qui, avant que la nuit n’arrive, a à ne pas oublier de revêtir son déguisement de Turque, elle s’était mise en retard, et aussi était-ce précipitamment, presque tout d’un coup, qu’elle s’était tassée et avait reproduit avec fidélité l’aspect de vieille Turque revêtu jadis par sa mère. VII

*Des mélomanes trouvent qu’orchestrée par X… la musique de Z… devient absolument différente. VII

*[Le gendre et la fille de la Berma] Selon les variations de la mode, et pour se conformer au goût de M. de X… ou de Y…, qu’ils espéraient recevoir, ils modifiaient chaque pièce. VII

*[Mme de Guermantes] me vanta surtout ses après-déjeuners où il y avait tous les jours X… et Y… Car elle en était arrivée à cette conception des femmes à « salons » qu’elle méprisait autrefois (bien qu’elle le niât aujourd’hui) et dont la grande supériorité, le signe d’élection selon elle, étaient d’avoir chez elle « tous les hommes ». VII

 

Y (3)

*Car celui qui sait que Mme X… le méprise, sentant qu’on l’estime chez Mme Y…, la déclare bien supérieure et émigre dans son salon. IV

*[Le gendre et la fille de la Berma] Selon les variations de la mode, et pour se conformer au goût de M. de X… ou de Y…, qu’ils espéraient recevoir, ils modifiaient chaque pièce. VII

*[Mme de Guermantes] me vanta surtout ses après-déjeuners où il y avait tous les jours X… et Y… Car elle en était arrivée à cette conception des femmes à « salons » qu’elle méprisait autrefois (bien qu’elle le niât aujourd’hui) et dont la grande supériorité, le signe d’élection selon elle, étaient d’avoir chez elle « tous les hommes ». VII

 

Z (2)

*Comme l’originalité assez factice de l’écriture de Gilberte consistait principalement, quand elle écrivait une ligne, à faire figurer dans la ligne supérieure les barres de t qui avaient l’air de souligner les mots, ou les points sur les i qui avaient l’air d’interrompre les phrases de la ligne d’au-dessus, et en revanche à intercaler dans la ligne d’au-dessous les queues et arabesques des mots qui leur étaient superposés, il était tout naturel que l’employé du télégraphe eût lu les boucles d’s ou de z de la ligne supérieure comme un « ine » finissant le mot de Gilberte. Le point sur l’i de Gilberte était monté au-dessus faire point de suspension. Quand à son G, il avait l’air d’un A gothique. VI

*Des mélomanes trouvent qu’orchestrée par X… la musique de Z… devient absolument différente. VII

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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