Honolulu-sur-Vivonne

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Et une Proustienne des Antipodes…

J’étais à Chartres, attendant mon train pour rentrer at home quand je reçois un coup de téléphone : « C’est Claude [le patron du restaurant La Madeleine d’Illiers], j’ai une cliente professeure d’anglais qui voudrait voir quelqu’un du cru qui lui parle de Proust. — Si elle peut un peu patienter, j’arrive. »

Moi, plus tard, devant une jeune fille attablée : « SOS Proust, à votre service ! »

Elle se prénomme Jasmine et vient d’Hawaii.

Je ne vous apprends pas que cet archipel de cent trente-sept îles est un État américain en plein Pacifique. C’est peut-être dans la région que se situait « un petit îlot de l’Océanie peuplé par quelques sauvages » gouverné par « un Français qu’on appelait Majesté et qui s’était […] proclamé lui-même roi » que l’écrivain évoque dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Si Jasmine se trouve en France, c’est qu’elle y enseigne effectivement la langue de Shakespeare à des enfants d’Eure-et-Loir le temps d’une année scolaire.

Nous avons donc pèleriné proustiennement. Avant de regagner ses pénates, lors d’une halte dans le petit raidillon, la belle m’a raconté son parcours.

Jasmine Kaukasi (Photo PL)

Jasmine Kaukasi (Photo PL)

 

Adolescente, elle pratique le soccer, notre football, — arrière centre — à un niveau professionnel tel qu’elle séduit une université en Alabama qui l’a faite venir. Un peu initiée au français (aujourd’hui, elle le parle comme je ne pratiquerai jamais l’Ōlelo Hawai’i), elle y suit des cours dont celui d’un certain… William C. Carter, l’américain biographe de Proust. Et voilà comment, grâce au sport, elle s’entiche de l’auteur d’À la recherche du temps perdu au point de vouloir l’aller voir à Illiers-Combray !

 

Feu mon père disait : « Paris est un village — Le monde aussi, ai-je envie d’ajouter. Et la petite cité de tante Léonie en est le cœur. Ce n’est certes ni une coïncidence ni un hasard, mais statistiquement, quelles chances avais-je de rencontrer en Beauce française trois Américains, du Deep South, de Polynésie (le premier prof de l’autre) et le dernier du Midwest, partageant avec la seconde la passion du soccer puisqu’il l’enseigne dans un collège (voir la chronique Du Minnesota à la Meurthe-et-Moselle, cap sur Illiers-Combray) ?

 

Et pour qui veut enfermer l’écrivain dans un cénacle de panégyristes âgés et de thuriféraires compassés, Jasmine, 24 ans, et Skylar, 23, offrent un juvénile démenti.

 

Moralités : non seulement la planète est toute petite, mais il n’y a pas de Proustien type et le football mène au cher Marcel.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Honolulu-sur-Vivonne”

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  1. Ce qu’il y a de bien, avec un « gardien du Temple » comme vous, Patrice, c’est que vous en laissez les portes plus que grandes ouvertes ! Soyez-en remercié !

  2. Merci beaucoup pour tous!!! Je vais envoyer les photos tout de suite!

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