Cirer les pompes avec Marcel

Cirer les pompes avec Marcel

 

Briller grâce à Proust n’est point sot…

Un article du quotidien Les Échos de ce matin nous apprend que les chaussures Berluti se portent depuis cent vingt ans et que l’écrivain a été un de ses premiers clients. L’histoire commence avec un jeune Italien, Alessandro Berluti, débarqué à Paris de la côte adriatique pour exercer son activité de bottier. Elle ne dit pas si Proust a acheté le premier modèle, toujours disponible, un mocassin à lacets.

Extrait du site de la maison

 

En revanche, ce que nous révèle le quotidien économique, c’est la naissance en 1992 du « Club Swann ». Une à deux fois par an, quelques dizaines de clients du chausseur se réunissent pour un dîner concocté par un chef de renom, suivi d’une séance de cirage dans les règles de l’art.

J’imagine ces messieurs qui ne font sûrement pas la vaisselle, ne sortent pas davantage les poubelles et ignorent le repassage de leurs chemises se plier à cet exercice en gants blancs.

 

Je suis allé sur le site de la maison de la rue Marbeuf et y ai trouvé ces précisions : « Au Club Swann, la séance de cirage est un rituel, extrêmement codifié et empreint de gestes immuables : la nappe est préparée, les cirages sont sortis, puis les membres du club se munissent de petits carrés d’un noble lin vénitien. Alors seulement, les souliers peuvent monter sur la table, laissant les hommes en chaussettes… »

(Photos Berluti)

(Photos Berluti)

 

« Tous ensemble, portés par la voix de la maîtresse de cérémonie, ils se lancent dans cette leçon de cirage si particulière. Mettre à nu le cuir, le masser, le nourrir, sans oublier de le glacer. Certains, timides, préfèrent lustrer à l’eau glacée. D’autres, plus intrépides, osent l’exercice avec du  champagne… On murmure que ce rituel est un clin d’œil aux officiers russes, qui, au moment de cirer leurs bottes, retiraient l’excédent de cire grâce à de la vodka. Ainsi, l’espace d’une soirée, les membres du Club Swann, tous aussi élégants et romantiques que le héros de Marcel Proust, s’appliquent à défendre le luxe d’être, un style, et d’abord un style de vie. » 

 

Le seul passage de la Recherche qui fait penser à ce rituel ne le fait que de loin : « Je venais en effet de voir Brichot descendre de tramway au coin de la rue Bonaparte, essuyer ses souliers avec un vieux journal, et passer des gants gris perle. » (V).

 

Je ne résiste pas au plaisir facile de souligner que parmi les fondateurs du Club Swann se trouve le directeur de l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied. Mes orteils en frétillent d’amusement.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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