Censure sur Sodome

Censure sur Sodome

 

Il n’est pire bâillon que celui qu’on s’inflige à soi-même…

Ce qui vient de se passer à Orléans est désolant. La ville n’y est pour rien. Un metteur en scène de théâtre a cru bon d’anticiper une bien-pensance qui ne s’est pas exprimée. Ce monsieur (laissons-le dans l’ombre) doit présenter samedi prochain dans une salle municipale une pièce intitulée Sodome, ma douce, qui a déjà été représentée sans faire de vagues.

Or, il a décidé de l’émasculer en ne la nommant plus que … ma douce. Dans ses explications, sa compagnie, une troupe orléanaise, incrimine une « période où les amalgames sont faciles » et les « vents d’interdits et d’incertitude » et évoque une résistance à des « charges durant un an », sans plus de précision. Pressée d’en dire plus, elle parle des « craintes » d’« amalgames sexuels » (sic).

Les pressions seraient-elles venues de la ville ? L’adjointe au maire chargée de la Culture assure avoir appris « l’amputation » du titre en lisant le Journal du Centre qui a révélé l’histoire journal local : « Je ne comprends pas », assure l’élue qui a projeté d’assister au spectacle. « On n’intervient jamais dans l’artistique ! », insiste-t-elle.

Quant à l’auteur, Laurent Gaudé, il s’interroge : « soit la compagnie a subi des pressions extérieures, et c’est scandaleux. Soit c’est une forme d’autocensure, et cela mérite alors débat et [s]a consultation, au moins ».

Dans un euphémisme pédagogique, le quotidien local raconte que Dieu a détruit Sodome par le feu « à cause des mauvaises pratiques de ses habitants » !

 

Tout cela se passe non dans quelqu’émirat obscurantiste — au Qatar, la version Disney de Blanche-Neige et les Sept Nains vient d’être retirée d’une école à cause d’illustrations « indécentes » et d’« insinuations sexuelles » — mais en République française en 2016.

 

Si ces faits sont ici rapportés, c’est en liaison avec le tome IV d’À la recherche du temps perdu, un cas aggravé puisqu’outre Sodome, son titre cite Gomorrhe. Allons y de notre suggestion inspirée par le pétochard metteur en scène. Rebaptisons le … et…

C’est plus sûr (qui rime avec censure). Plus sérieusement, le bien-pensant n’est pas bienfaisant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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