Boire des cocktails au bar

Boire des cocktails au bar

 

Les cocktails, il y a ceux qui les préparent et ceux qui les dégustent.

Octave « dans les choux », jeune gommeux de Balbec entre dans la première catégorie et les seconds sont moqués par le baron de Charlus.

 

J’en suis venu à les repérer dans À la recherche du temps perdu parce que le Swann, hôtel parisien que nous avons déjà salué, vient de lancer une série de breuvages portant des noms de personnages de Proust.

Ainsi, sont proposés le Swann (champagne, Cointreau, liqueur de Chambord Royal, jus de cranberry) ; l’Albertine (Cointreau, Kirsch, Chartreuse jaune, cerise au marasquin) ; le Madeleine (Pasoa, Gin, Malibu, jus de pomme) ; le Céleste (whisky, Manzana, jus de cranberry) ; le Charlus (vodka, citron vert, Schweppes, sirop de gingembre, angostura bitter) ; l’Oriane (champagne, mandarine Napoléon, Jack Daniel’s Honey)… Pour celles et ceux qui ne boivent pas d’alcool, existent le Mademoiselle de Saint-Loup (jus de pomme, jus de cranberry, sirop de Rose, purée de fraises fraiches) et le Léonie (jus de citron, jus de pamplemousse rose, sirop de gingembre).

Cocktails du bar du Swann

 

Rien au nom du neveu oisif des Verdurin ! Amis du Swann, vous ne pouvez omettre le seul personnage nommément associé à des cocktails. Faites quelque chose.

 

En attendant, ces mixtures proustiennes sont à déguster du lundi au vendredi au bar lounge de l’établissement de la rue de Constantinople, dans le VIIIe arrondissement.

 

Pendant que j’y étais, j’ai donc cherché les occurrences du mot bar. Il y en a sept.

 

Les extraits

*[Le Héros sur Octave :] ses préoccupations me parurent s’attacher uniquement à la correction des attelages et à la préparation des cocktails. VI

*« C’est du reste une étrange chose ajouta M. de Charlus de la petite voix pointue qu’il prenait par moments. J’entends des gens qui ont l’air très heureux toute la journée, qui prennent d’excellents cocktails, déclarer qu’ils ne pourront aller jusqu’au bout de la guerre, que leur cœur n’aura pas la force, qu’ils ne peuvent pas penser à autre chose, qu’ils mourront tout d’un coup et le plus extraordinaire, c’est que cela arrive en effet, Comme c’est curieux ! Est-ce une question d’alimentation, parce qu’ils n’ingèreront plus que des choses mal préparées, ou parce que pour prouver leur zèle, ils s’attellent à des besognes vaines mais qui détruisent le régime qui les conservait. Mais enfin j’enregistre un nombre étonnant de ces étranges morts prématurées, prématurées au moins au gré du défunt. VII

 

*Quand j’eus expliqué mon malaise à ma grand’mère, elle eut un air si désolé, si bon, en répondant : « Mais alors, va vite chercher de la bière ou une liqueur, si cela doit te faire du bien » que je me jetai sur elle et la couvris de baisers. Et si j’allai cependant boire beaucoup trop dans le bar du train, ce fut parce que je sentais que sans cela j’aurais un accès trop violent et que c’est encore ce qui la peinerait le plus. Quand, à la première station je remontai dans notre wagon, je dis à ma grand’mère combien j’étais heureux d’aller à Balbec, que je sentais que tout s’arrangerait bien, qu’au fond je m’habituerais vite à être loin de maman, que ce train était agréable, l’homme du bar et les employés si charmants que j’aurais voulu refaire souvent ce trajet pour avoir la possibilité de les revoir. Ma grand’mère cependant ne paraissait pas éprouver la même joie que moi de toutes ces bonnes nouvelles. II

*D’autres épris d’aviation tiennent à être bien vus du vieux garçon du bar vitré perché au haut de l’aérodrome ; III

*[Charlus sur un faux assassin officiant à l’hôtel de Jupien :] « Il a l’air d’une bonne nature, il exprime des sentiments de respect pour sa famille. – Il n’est pourtant pas bien avec son père, objecta Jupien, ils habitent ensemble, mais ils servent chacun dans un bar différent. ». VII

*Un neveu de Françoise avait été tué à Berry-au-Bac, qui était aussi le neveu de ces cousins millionnaires de Françoise, anciens cafetiers retirés depuis longtemps après fortune faite. Il avait été tué, lui, tout petit cafetier sans fortune, qui, parti à la mobilisation, âgé de vingt-cinq ans, avait laissé sa jeune femme seule pour tenir le petit bar qu’il croyait regagner quelques mois après. Il avait été tué. VII

*Nous avions ainsi distraitement pensé autrefois que peut-être bien la belle fille avait été courtisée par M. E…, qu’elle ne voyait plus jamais, car plus jamais elle n’allait dans ce bar où elle le voyait jadis. Que pouvait être sa sœur ? femme de chambre peut-être ? Par discrétion nous ne l’avions pas demandé. Et puis voici qu’en ouvrant au hasard l’Annuaire des Châteaux, nous trouvons que M. E… a son château dans le Pas-de-Calais, près de Dunkerque. Plus de doute, pour faire plaisir à la belle fille, il a pris sa sœur comme femme de chambre, et si la belle fille ne le voit plus dans le bar, c’est qu’il la fait venir chez lui, habitant Paris presque toute l’année, mais ne pouvant se passer d’elle même pendant qu’il est dans le Pas-de-Calais. VII

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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