Proust prend le train (2)

Proust prend le train (2)

 

Marcel Proust a 5 ans quand Illiers commence à être desservi par le rail. Le premier train arrive le 7 mai 1876, mais le projet date de Napoléon III. En venant de Paris, les voyageurs, dont la famille de Marcel Proust, doivent changer à Chartres, sur une ligne ouverte en 1849.

0023 Chartres, Place du Châtelet 0022 Gare de Chartres 2 0021 Locomotive Corpet- Louvet, train départemental, 1906, Couleur

 

La ligne qui relie Chartres à Brou est alors exploitée par la Compagnie du chemin de fer d’Orléans à Rouen, puis par les chemins de fer de l’État.

027 1 Gare

(Photo PL)

0026 Locomotive Corpet-Louvet, locomotive N&Bjpg 0025 Carte d'abonnement CFE

027 2 Panneau

(Photo PL)

Il y a deux trains par jour, un le matin et un le soir.

 

Avant d’aller plus loin, tirons le signal d’alarme pour une précision d’importance qui mérite un arrêt. Comme un train peut en cacher un autre, un tramway peut cacher un train. Dans l’œuvre, sauf de rares fois, les deux noms sont synonymes. Voyez ces images de gares d’Eure-et-Loir à l’époque :

0036 E&L Bonneval, Gare du Tramway 0035 &L Chateauneuf-en-Thimerais, Gare 0034 E&L Dangeau, Gare 0033 E&L Nogent-le-Rotrou, La Plante 0032 Gare de Chartres 1 0032 E&L Nogent-le-Rotrou, Gare du Tramway 0031 E&L Laons, Gare du Tramway, 1900

 

Repartons pour Illiers !

*On reconnaissait le clocher de Saint-Hilaire de bien loin, inscrivant sa figure inoubliable à l’horizon où Combray n’apparaissait pas encore ; quand du train qui, la semaine de Pâques, nous amenait de Paris, mon père l’apercevait qui filait tour à tour sur tous les sillons du ciel, faisant courir en tous sens son petit coq de fer, il nous disait : « Allons, prenez les couvertures, on est arrivé. » I

 

Si l’on ne descend pas assez vite, on repart vers Brou, franchissant un viaduc que le Héros décrit :

0041 Viaduc 1

(Photos PL)

(Photos PL)

*Parfois nous allions jusqu’au viaduc, dont les enjambées de pierre commençaient à la gare et me représentaient l’exil et la détresse hors du monde civilisé parce que chaque année en venant de Paris, on nous recommandait de faire bien attention, quand ce serait Combray, de ne pas laisser passer la station, d’être prêts d’avance car le train repartait au bout de deux minutes et s’engageait sur le viaduc au delà des pays chrétiens dont Combray marquait pour moi l’extrême limite. I

*La seule chose un peu triste dans cette chambre d’Eulalie était qu’on y entendait le soir, à cause de la proximité du viaduc, les hululements des trains. VII

 

La gare aujourd’hui…

0045 Gare et train

0047 Gare in

(Photos PL)

 

… la même, à l’époque du petit Marcel.

00049 Illiers Gare + Hôtel (antan)

 

Sortis de la gare, les voyageurs font face à une avenue (ou un boulevard) à son nom :

*Mille petits détails inutiles — charmante prodigalité du pharmacien — qu’on eût supprimés dans une préparation factice, me donnaient, comme un livre où on s’émerveille de rencontrer le nom d’une personne de connaissance, le plaisir de comprendre que c’était bien des tiges de vrais tilleuls, comme ceux que je voyais avenue de la Gare, modifiées, justement parce que c’étaient non des doubles, mais elles-mêmes et qu’elles avaient vieilli. I

0051 Avenue Clemenceau hiver

0052 Avenue Clemenceau été

(Photos PL)

 

*Tandis que nos domestiques, assis en rang sur des chaises en dehors de la grille, regardaient les promeneurs dominicaux de Combray et se faisaient voir d’eux, la fille du jardinier par la fente que laissaient entre elles deux maisons lointaines de l’avenue de la Gare, avait aperçu l’éclat des casques. I

*La rue Sainte-Hildegarde tournait trop court pour qu’on pût voir venir de loin, et c’était par cette fente entre les deux maisons de l’avenue de la gare qu’on apercevait toujours de nouveaux casques courant et brillant au soleil. I

 

*Nous revenions par le boulevard de la gare, où étaient les plus agréables villas de la commune.

0055 Clem Maison 2

0056 Clem Maison 3

0057 Clem Maison 1

(Photos PL)

Dans chaque jardin le clair de lune, comme Hubert Robert, semait ses degrés rompus de marbre blanc, ses jets d’eau, ses grilles entr’ouvertes. Sa lumière avait détruit le bureau du Télégraphe. Il n’en subsistait plus qu’une colonne à demi brisée, mais qui gardait la beauté d’une ruine immortelle. Je traînais la jambe, je tombais de sommeil, l’odeur des tilleuls qui embaumait m’apparaissait comme une récompense qu’on ne pouvait obtenir qu’au prix des plus grandes fatigues et qui n’en valait pas la peine. De grilles fort éloignées les unes des autres, des chiens réveillés par nos pas solitaires faisaient alterner des aboiements comme il m’arrive encore quelquefois d’en entendre le soir, et entre lesquels dut venir (quand sur son emplacement on créa le jardin public de Combray) se réfugier le boulevard de la gare, car, où que je me trouve, dès qu’ils commencent à retentir et à se répondre, je l’aperçois, avec ses tilleuls et son trottoir éclairé par la lune. I

 

À suivre

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Proust prend le train (2)”

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  1. Magnifique billet…. Bravo!

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