Proust du côté de chez Czapski

Proust du côté de chez Czapski

 

Ah, l’admirable et si émouvant Joseph Czapski… Le voir s’animer après l’avoir lu rendant vivants les personnages d’À la recherche du temps perdu pendant qu’il était prisonnier près du cercle polaire offre une belle joie.

 

J’ai reçu une lettre d’une « fidèle lectrice », une certaine Bérénice, me signalant le film, réalisé cette année et diffusé sur Arte, consacré à Joseph Czapski, 1896-1993, témoin du siècle. Elle ajoute que l’émission est disponible en rediffusion jusqu’au 25 décembre.

http://www.arte.tv/guide/fr/054728-000/jozef-czapski-1896-1993

Je me suis précipité car le livre de ce Polonais, peintre et officier de réserve en 1940, est le premier que j’aie lu sur Proust après ma découverte de la Recherche — avant toute biographie ou ouvrages savants   —, au titre magnifique : Proust contre la déchéance.

1 Livre

 

Engagé contre les Allemands, Joseph Czapski se retrouve prisonnier des Soviétiques. Lui et ses camarades sont autorisés à faire des conférences. « Chacun de nous, écrit-il, parlait de ce dont il se souvenait le mieux. » Lui en fait douze sur l’écrivain dont il est « passionné admirateur » comme on l’entend dire dans le film. Stupéfiant : de mémoire, il reconstitue les écrits du romancier français.

Reprenons son livre : « Je pensais alors avec émotion à Proust, dans sa chambre surchauffée aux murs de liège, qui serait bien étonné et touché peut-être de savoir que vingt ans après sa mort des prisonniers polonais, après une journée entière passée dans la neige et le froid qui arrivait souvent à [moins] quarante degrés, écoutaient avec un intérêt intense l’histoire de la duchesse de Guermantes, la mort de Bergotte et tout ce dont je pouvais me souvenir de ce monde de découvertes psychologiques précieuses et de beauté littéraire. »

Ecoutons-le dans le film : « C’était quand même assez étrange ! »

Un carnet

Un carnet

 

Arte nous fait découvrir la dense vie de Joseph Czapski, né à Prague, élevé « dans la ouate » en Biélorussie, étudiant à Saint-Pétersbourg, initié à la peinture à Cracovie. Le peintre cite des écrivains — Léon Tolstoï, Romain Rolland, Dostoïevski —, puis des personnalités qu’il rencontre à Paris dans les années 1926-1930 — Misa Sert, Pablo Picasso, Pierre Bonnard, Jean Cocteau, Daniel Halévy, camarade de Proust au lycée. Animateur du mouvement kapiste (de Comité Parisien), il prône l’« art pur », la « peinture-peinture ». Chargé de retrouver le sort des officiers polonais massacrés à Katyn, il va vite comprendre que les assassins ont été guidés par Béria et Staline.

 

Après la Libération, il est à Paris, où il croise Raymond Aron, André Gide et André Malraux. Le merveilleux Czapski, si vivace dans le film, meurt à Maisons-Laffitte où il s’était retiré.

Joseph Czapski

Joseph Czapski

Autoportrait

Autoportrait

 

Merci, chère Bérénice, de m’avoir offert de le retrouver, de le voir, de le relire et d’inviter les hôtes de ce blogue d’en faire autant. (Vous qui concluez « Entre proustistes », vous ne m’avez laissé aucun contact et je le regrette bien).

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Proust du côté de chez Czapski”

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  1. Oui, j’ai lu il y a quelques années le bouleversant récit de Joseph Czapski.
    Ouf, j’ai jusqu’au 25 décembre pour voir le film sur Arte !
    Merci donc à Bérénice et à vous, cher Patrice pour ces informations précieuses.

  2. merci pour l’information…

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