Proust au cinéma : Saint-Laurent

Proust au cinéma : Saint-Laurent

 

L’ombre de Marcel Proust plane sur Saint-Laurent, réalisé en 2014 par Bertrand Bonello. Le rôle-titre est tenu par Gaspard Ulliel.

 

Première scène : En 1974, Yves Saint-Laurent entre dans un hall d’hôtel de luxe. Il y a réservé une chambre au nom de Swann pour préserver son incognito. Le réceptionniste : « Vous êtes à Paris pour affaires, M. Swann ? — Non, pour dormir ! »

Proust au cinéma, Saint-Laurent, 1 hall

 

Plus tard, Pierre Bergé (Jérémie Renier) offre à Yves un tableau représentant la chambre de Proust…

Proust au Cinéma, Saint-Laurent, 2 tableau chambre

 

… que le créateur vient voir (en rêve ?) avant de se glisser dans le lit de l’écrivain.

Proust au cinéma, Saint-Laurent, 3 YSL couché

 

L’éclairage le plus vif sur la présence de Proust dans le film est donné par le magazine Les Inrockuptibles :

« Une histoire de cygne. De signes ? Mais de quoi ce Swann serait-il le signe ?

Un signe proustien en premier lieu, bien sûr. Saint Laurent, grand monomaniaque amoureux, obsédé jusqu’à en dépérir par un sulfureux jeune homme à la moustache diablement proustienne. Comme Odette, Jacques de Bascher n’était-il pas son genre ? Il disparaîtra en tout cas aussi brutalement qu’Albertine. Et après son évaporation, il ne restera à l’amoureux démuni qu’à errer dans la chambre de Proust, dont Pierre Bergé lui avait offert une petite reproduction peinte, et qui dans le dernier tiers du film, le plus mental, le plus onirique, devient un décor réel que traverse le héros.

Tout à son identification au martyre de son idole souffreteuse, le couturier ouvre les draps et se blottit fœtalement dans la couche de Proust. Vivre dans La Recherche, souffrir comme le petit Marcel, à la fois grand mondain et handicapé social, enfant éternel et vieillard précoce, c’est le destin fantasmatique que s’est choisi le personnage. Une certaine sensibilité proustienne du temps, une façon de dénouer les fils dramatiques d’un récit pour ne le concevoir que comme un jeu d’échos, de réminiscences, d’associations, c’est la forme qu’a choisie Bertrand Bonello pour son biopic. »

 

Trouvaille finale : pour jouer Saint-Laurent finissant, Bonello a fait appel à Helmut Berger (prononcer Bèrguèr, non Bèrgé comme pour Pierre). L’acteur fétiche du plus proustien des cinéastes, Luchino Visconti, s’endort devant une rediffusion des Damnés.

 

Yves Saint-Laurent vouait un culte à Proust qu’il cite dans son discours d’adieu en 2002 : « [La] magnifique et lamentable famille des nerveux [qui] est le sel de la terre ». Le Côté de Guermantes

 

Saint-Laurent ? Crépusculaire et glauque, lumineux et émouvant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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