Proust au cinéma : Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques

Proust au cinéma : Le Cri du cormoran

le soir au-dessus des jonques

 

Spontanément, le nom de Michel Audiard ne s’impose pas parmi les cinéastes proustiens.

Surtout célébré pour ses talents de dialoguiste excellant pour mettre des mots sur la gouaille populaire, il n’affiche qu’une passion littéraire — pour Céline.

Il écrit et réalise Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques en 1970. Un chômeur minable (Michel Serrault) s’y trouve confronté à des gangsters, Monsieur K. (Bernard Blier) et Kruger (Paul Meurisse). C’est dans leur échange final qu’Audiard glisse une allusion à la Recherche avec « les intermittences du cœur ».

858 Proust au cinéma, Audiard

 

Kruger : Allons, allons, Freddy… Le récif de corail, la maison d’Gauguin, les p’tites fleurs, le chant du ukulélé, le soir, sous les manguiers… Hum !

Monsieur K. : Ha !… Ah, ben, puisque vous en êtes à l’audiovisuel, alors permettez !… Le Bosphore, hein !… Éh ben, l’Bosphore, c’est pas d’la merde non plus !… Tiens ! Matez les couleurs !… La Corne d’Or, la Mer Noire, la Mosquée Bleue… Et les minarets ?… Mordez les minarets ! Vous avez jamais entendu, j’suis sûr, l’appel du muezzin !… Woualllaaa-woualllaaa-woualllaa !… La fascination d’l’Orient, quoi !

Kruger : J’ai connu… Devant la Mosquée de Soliman le Magnifique… Je portais un taupé lilas… Elle s’appelait Gertrude… Elle avait dans les hanches ce balancement gracieux qu’ont les femmes qui ont beaucoup marché. On a failli se fixer, là-bas, acheter du terrain… On pensait même à une maison… Et puis, les intermittences du cœur… Finalement, la maison, c’est elle qui l’a ouverte à Caracas.

 

Inattendu !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Proust au cinéma : Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques”

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  1. Ah, que c’est quand même galamment dit ! Indiquer la profession de la dame par « le balancement de hanches de celles qui ont beaucoup marché » : si Proust est le souverain incontesté de la métaphore, Audiard, lui, a une de ces manières de pousser l’euphémisme, disons « réjouissante » !

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