Pas de Noël sans crèche

Pas de Noël sans crèche

 

Il est quatre occurrences de « crèche » dans À la recherche du temps perdu… Deux sont associées directement à Combray. À l’époque de Proust, il n’est pas encore question d’établissement destiné à recevoir des enfants et, dans l’œuvre, il ne s’agit pas de la mangeoire pour animaux. Non, cette crèche-là est, pour reprendre le Larousse, la « reproduction figurative de la scène de la Nativité de Jésus selon les données des Évangiles de Matthieu (II) et de Luc (II), ainsi que des traditions populaires diverses selon les pays ou les régions ».

 

Les églises de France, de tradition, accueillent une crèche au moment de Noël. À Illiers-Combray comme ailleurs.

(Photo PL)

(Photo PL)

 

Tout y est pour célébrer la naissance du Christ dans une étable à Bethléem : Marie et Joseph, le bœuf et l’âne, en attendant le petit Jésus, le 25, et les Rois mages, en janvier.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*[La grand’tante du Héros] Son appartement particulier donnait sur la rue Saint-Jacques qui aboutissait beaucoup plus loin au Grand-Pré (par opposition au Petit-Pré, verdoyant au milieu de la ville, entre trois rues), et qui, unie, grisâtre, avec les trois hautes marches de grès presque devant chaque porte, semblait comme un défilé pratiqué par un tailleur d’images gothiques à même la pierre où il eût sculpté une crèche ou un calvaire. I

*Et ma pensée n’était-elle pas aussi comme une autre crèche au fond de laquelle je sentais que je restais enfoncé, même pour regarder ce qui se passait au dehors ? I

*Si en descendant l’escalier je revivais les soirs de Doncières, quand nous fûmes arrivés dans la rue brusquement, la nuit presque complète où le brouillard semblait avoir éteint les réverbères, qu’on ne distinguait, bien faibles, que de tout près, me ramena à je ne sais quelle arrivée, le soir, à Combray, quand la ville n’était encore éclairée que de loin en loin, et qu’on y tâtonnait dans une obscurité humide, tiède et sainte de Crèche, à peine étoilée ça et là d’un lumignon qui ne brillait pas plus qu’un cierge. Entre cette année, d’ailleurs incertaine, de Combray, et les soirs à Rivebelle revus tout à l’heure au-dessus des rideaux, quelles différences ! III

*Et par contraste avec tant de relief, par l’harmonie aussi qui les unissait à elle, qui avait adapté son attitude à leur forme et à leur utilisation, le pianola qui la [Albertine] cachait à demi comme un buffet d’orgues, la bibliothèque, tout ce coin de la chambre semblait réduit à n’être plus que le sanctuaire éclairé, la crèche de cet ange musicien, œuvre d’art qui, tout à l’heure, par une douce magie, allait se détacher de sa niche et offrir à mes baisers sa substance précieuse et rose. V

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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