Le point sur la statue (3)

Le point sur la statue (3)

 

Voilà un mois et demi que l’idée d’une statue de Marcel Proust à Illiers-Combray a été lancée sur ce blogue.

J’ai l’impression que je n’ai pas chômé à l’issue de vos réflexions et suggestions.

 

Comme annoncé dans le point (2), j’ai contacté par courriel la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray (Sampac) et la municipalité de la commune.

 

La Secrétaire générale de la première, Mireille Naturel, m’a fait une réponse en deux temps :

1) Personnellement, j’ai horreur des statues « réalistes » et plus particulièrement en ce qui concerne Proust à Illiers-Combray. Mais je relaie l’information auprès des autorités de la SAMP.

2) Claude Contamine vient de me répondre : il faudra mettre la question à l’ordre du jour du prochain conseil d’administration, accompagné d’un dossier de présentation du projet.

 

Le maire et conseiller départemental d’Illiers-Combray, rencontré dans la rue, m’a dit avoir ouvert un dossier à la suite de ma démarche et m’a aiguillé vers un jeune artiste d’Eure-et-Loir, domicilié à Illiers-Combray, Charles Sauvat.

 

J’avais déjà rencontré le jeune homme lors d’une autre occasion et il s’était montré intéressé par le projet qui était venu dans la discussion. Je l ‘ai donc contacté le jour même et l’ai vite reçu. Plasticien diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, il a écouté attentivement mon « cahier des charges » : statue à taille humaine, Proust adolescent assis, des livres, un banc, du bronze.

 

Nous nous sommes revus hier. Charles Sauvat avait réalisé des croquis. Les voici :

Charles Sauvat 1

Charles Sauvat 2

Charles Sauvat 3

 

Pour l’heure, je n’ai pris aucun engagement à son égard et il l’a bien intégré.

 

Si l’accord de la municipalité est indispensable et l’avis de la Sampac important, votre opinion, elle, m’est précieuse.

 

Ce n’est qu’un début, continuons le projet.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

8 comments to “Le point sur la statue (3)”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. Pas mal du tout, à mon sens.Il faudrait, plus que de la mélancolie, de l’intensité dans le regard, et de la curiosité, la mélancolie viendra après, après la mort de la grand’mère et d’Albertine -et puis quelques aubépines là autour… (Mais on pourrait imaginer que de VRAIES aubépines viennent entourer ce banc…

    (quelles occurrences pour le mot « banc » dans la Recherche ?)

  2. Ravissants et prometteurs, ces croquis ! Un coup de coeur pour le troisième. La mélancolie ne me gêne pas.
    Aubépines ou lilas ? (voir extrait ci-dessous).

    « Enfin ma mère me disait : « Voyons, ne reste pas ici indéfiniment, monte dans ta chambre si tu as trop chaud dehors, mais va d’abord prendre l’air un instant pour ne pas lire en sortant de table. » J’allais m’asseoir près de la pompe et de son auge, souvent ornée, comme un fond gothique, d’une salamandre, qui sculptait sur la pierre fruste le relief mobile de son corps allégorique et fuselé, sur le banc sans dossier ombragé d’un lilas, dans ce petit coin du jardin qui s’ouvrait par une porte de service sur la rue du Saint-Esprit et de la terre peu soignée duquel s’élevait par deux degrés, en saillie de la maison, et comme une construction indépendante, l’arrière-cuisine. »
    Du côté de chez Swann (Folio, page 71)

  3. Chère Clopine, voici la réponse à votre question :

    I
    *Enfin ma mère me disait : « Voyons, ne reste pas ici indéfiniment, monte dans ta chambre si tu as trop chaud dehors, mais va d’abord prendre l’air un instant pour ne pas lire en sortant de table. » J’allais m’asseoir près de la pompe et de son auge, souvent ornée, comme un fond gothique, d’une salamandre, qui sculptait sur la pierre fruste le relief mobile de son corps allégorique et fuselé, sur le banc sans dossier ombragé d’un lilas, dans ce petit coin du jardin qui s’ouvrait par une porte de service sur la rue du Saint-Esprit et de la terre peu soignée duquel s’élevait par deux degrés, en saillie de la maison, et comme une construction indépendante, l’arrière-cuisine.
    *Un des dimanches qui suivit la rencontre sur le Pont-Vieux après laquelle mon père avait dû confesser son erreur, comme la messe finissait et qu’avec le soleil et le bruit du dehors quelque chose de si peu sacré entrait dans l’église que Mme Goupil, Mme Percepied (toutes les personnes qui tout à l’heure, à mon arrivée un peu en retard, étaient restées les yeux absorbés dans leur prière et que j’aurais même pu croire ne m’avoir pas vu entrer si, en même temps, leurs pieds n’avaient repoussé légèrement le petit banc qui m’empêchait de gagner ma chaise) commençaient à s’entretenir avec nous à haute voix de sujets tout temporels comme si nous étions déjà sur la place, nous vîmes sur le seuil brûlant du porche, dominant le tumulte bariolé du marché, Legrandin, que le mari de cette dame avec qui nous l’avions dernièrement rencontré, était en train de présenter à la femme d’un autre gros propriétaire terrien des environs.

    II
    *[L’homme à barbiche (Bergotte] s’il avait vécu dans une île entourée par des bancs d’huîtres perlières, il se fût à la place livré avec succès au commerce des perles…

    III
    *Et même, selon une coutume ancienne, analogue à celle qui donnait au premier rapprochement de deux êtres promis l’un à l’autre la forme d’une entrevue fortuite à une représentation du théâtre du Gymnase, le dialogue où le destin dicterait le mot « Guerre » ou le mot « Paix » n’avait généralement pas eu lieu dans le cabinet du ministre, mais sur le banc d’un « Kurgarten » où le ministre et M. de Norpois allaient l’un et l’autre à des fontaines thermales boire à la source de petits verres d’une eau curative.
    *[Dr du Boulbon :] Hier, j’ai visité une maison de santé pour neurasthéniques. Dans le jardin, un homme était debout sur un banc, immobile comme un fakir, le cou incliné dans une position qui devait être fort pénible. Comme je lui demandais ce qu’il faisait là, il me répondit sans faire un mouvement ni tourner la tête : « Docteur, je suis extrêmement rhumatisant et enrhumable, je viens de prendre trop d’exercice, et pendant que je me donnais bêtement chaud ainsi, mon cou était appuyé contre mes flanelles. Si maintenant je l’éloignais de ces flanelles avant d’avoir laissé tomber ma chaleur, je suis sûr de prendre un torticolis et peut-être une bronchite. »
    *Nous retraversâmes l’avenue Gabriel, au milieu de la foule des promeneurs. Je fis asseoir ma grand’mère sur un banc et j’allai chercher un fiacre.
    *Oui, on aurait pu dire tout à l’heure, pendant que je cherchais un fiacre, que ma grand’mère était assise sur un banc, avenue Gabriel, qu’un peu après elle avait passé en voiture découverte. Mais eût-ce été bien vrai ? Le banc, lui, pour qu’il se tienne dans une avenue — bien qu’il soit soumis aussi à certaines conditions d’équilibre — n’a pas besoin d’énergie. Mais pour qu’un être vivant soit stable, même appuyé sur un banc ou dans une voiture, il faut une tension de forces que nous ne percevons pas, d’habitude, plus que nous ne percevons (parce qu’elle s’exerce dans tous les sens) la pression atmosphérique.
    *[À la Chambre] Monsieur de Guermantes-Bouillon, prince des Laumes : « Ceci est grave ! » (Très bien ! Très bien ! au centre et sur quelques bancs à droite, vives exclamations à l’extrême gauche.)
    Le lecteur de bon sens garde encore une lueur de fidélité au sage ministre, mais son cœur est ébranlé de nouveaux battements par les premiers mots du nouvel orateur qui répond au ministre :
    — L’étonnement, la stupeur, ce n’est pas trop dire (vive sensation dans la partie droite de l’hémicycle), que m’ont causés les paroles de celui qui est encore, je suppose, membre du Gouvernement… (Tonnerre d’applaudissements ; quelques députés s’empressent vers le banc des ministres; M. le Sous-Secrétaire d’État aux Postes et Télégraphes fait de sa place avec la tête un signe affirmatif.)
    […]
    Mais justement parce que c’est un coup de théâtre, il est accueilli par de tels applaudissements que ce n’est qu’au bout de quelques minutes que peut se faire entendre le ministre, le ministre qui recevra, en retournant à son banc, les félicitations de ses collègues.
    *Je me plaignais de ne pas voir du salon les rochers de Darnetal qu’Elstir m’avait dit adorables à ce moment où ils réfractaient tant de couleurs. « Ah ! vous ne pouvez pas les voir d’ici, il faudrait aller au bout du parc, à la « Vue de la baie ». Du banc qui est là-bas vous embrassez tout le panorama. Mais vous ne pouvez pas y aller tout seul, vous vous perdriez. Je vais vous y conduire, si vous voulez, ajouta-t-elle mollement.
    *Disons, du reste, que le jardin de la Raspelière était en quelque sorte un abrégé de toutes les promenades qu’on pouvait faire à bien des kilomètres alentour. D’abord à cause de sa position dominante, regardant d’un côté la vallée, de l’autre la mer, et puis parce que, même d’un seul côté, celui de la mer par exemple, des percées avaient été faites au milieu des arbres de telle façon que d’ici on embrassait tel horizon, de là tel autre. Il y avait à chacun de ces points de vue un banc ; on venait s’asseoir tour à tour sur celui d’où on découvrait Balbec, ou Parville, ou Douville. Même, dans une seule direction, avait été placé un banc plus ou moins à pic sur la falaise, plus ou moins en retrait. De ces derniers, on avait un premier plan de verdure et un horizon qui semblait déjà le plus vaste possible, mais qui s’agrandissait infiniment si, continuant par un petit sentier, on allait jusqu’à un banc suivant d’où l’on embrassait tout le cirque de la mer.

    VI
    *Et même dans les rues, il m’arrivait d’isoler sur le dos d’un banc, de recueillir la pureté naturelle d’un rayon de lune au milieu des lumières artificielles de Paris — de Paris sur lequel il faisait régner, en faisant rentrer un instant, pour mon imagination, la ville dans la nature, avec le silence infini des champs évoqués le souvenir douloureux des promenades que j’y avais faites avec Albertine.
    *C’est qu’en réalité, il en est de la valeur d’un article, si remarquable qu’il puisse être, comme de ces phrases des comptes rendus de la Chambre où les mots «Nous verrons bien», prononcés par le ministre, ne prennent toute leur importance qu’encadrés ainsi : LE PRÉSIDENT DU CONSEIL MINISTRE DE L’INTÉRIEUR ET DES CULTES : « Nous verrons bien. » (Vives exclamations à l’extrême-gauche. Très bien ! sur quelques bancs à gauche et au centre, fin plus belle que son milieu, digne de son début) — la plus grande partie de leur beauté réside dans l’esprit des lecteurs.

  4. Comme Capucine ma préférence va aussi au troisième croquis

  5. As long as the books are closer to « Marcel, » otherwise, how could I get near enough to wrap my arms around him? Maybe they should be placed on the other side? View #3 is charming, but knowing Proust’s curiosity and humor, the eyes seem rather sad.

    Nader took this photo in 1882; the eyes look « intelligent. »
    https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Robert_et_Marcel_vers_1880.jpg

    I have emailed you a copy, from « Marcel Proust in Pictures and Documents. » Text by Mireille Naturel; edited by Patricia Mante-Proust

  6. Je viens de terminer la lecture de Fort comme la mort de Maupassant – roman que je recommande à tous ceux qui le l’ont pas encore ouvert – et j’y trouve ce passage où l’on découvre un personnage qui se tient dans la même posture que notre petit Marcel…

    La scène se passe au Parc Monceau. Le héros, Olivier Bertin, s’y promène en bonne compagnie.

     » Comme ils approchaient du lac où deux cygnes et six canards flottaient doucement, aussi propres et calmes que des oiseaux de porcelaine, ils passèrent devant une jeune femme assise sur une chaise, un livre ouvert sur les genoux, les yeux levés devant elle, l’âme envolée dans une songerie.

    Elle ne bougeait pas plus qu’une figure de cire. Laide, humble, vêtue en fille modeste qui ne songe point à plaire, une institutrice peut-être, elle était partie pour le Rêve, emportée par une phrase ou par un mot qui avait ensorcelé son coeur. Elle continuait, sans doute, selon la poussée de ses espérances, l’aventure commencée dans le livre ».

  7. N’est-ce-pas ?!

    Le plus troublant dans ce roman de Maupassant publié en 1889 est le fait qu’il recèle des accents proustiens. Je ne puis m’empêcher de vous citer ce passage :

    « Bertin sentait en lui s’éveiller des souvenirs, ces souvenirs disparus, noyés dans l’oubli et qui soudain reviennent, on ne sait pourquoi. Ils surgissaient rapides, de toutes sortes, si nombreux en même temps, qu’il éprouvait la sensation d’une main remuant la vase de sa mémoire.

    Il cherchait pourquoi avait lieu ce bouillonnement de sa vie ancienne que plusieurs fois déjà, moins qu’aujourd’hui cependant, il avait senti et remarqué. Il existait toujours une cause à ces évocations subites, une cause matérielle et simple, une odeur, un parfum souvent. Que de fois une robe de femme lui avait jeté au passage, avec le souffle évaporé d’une essence, tout un rappel d’événements effacés ! Au fond des vieux flacons de toilette, il avait retrouvé souvent aussi des parcelles de son existence ; et toutes les odeurs errantes, celles des rues, des champs, des maisons, des meubles, les douces et les mauvaises, les odeurs chaudes des soirs d’été, les odeurs froides des soirs d’hiver, ranimaient toujours chez lui de lointaines réminiscences, comme si les senteurs gardaient en elles les choses mortes embaumées, à la façon des aromates qui conservent les momies.

    Était-ce l’herbe mouillée ou la fleur des marronniers qui ranimait ainsi l’autrefois ? Non. Alors quoi ? Était-ce à son oeil qu’il devait cette alerte ? Qu’avait-il vu ? Rien. Parmi les personnes rencontrées, une d’elles peut-être ressemblait à une figure de jadis, et, sans qu’il l’eût reconnue, secouait en son coeur toutes les cloches du passé.

    N’était-ce pas un son, plutôt ? Bien souvent un piano entendu par hasard, une voix inconnue, même un orgue de Barbarie jouant sur une place un air démodé, l’avaient brusquement rajeuni de vingt ans, en lui gonflant la poitrine d’attendrissements oubliés.

    Mais cet appel continuait, incessant, insaisissable, presque irritant. Qu’y avait-il autour de lui, près de lui, pour raviver de la sorte ses émotions éteintes ? »

    Renversant, non ?! C’est ce que Pierre Bayard appelle le « plagiat par anticipation ». Un peu tordu mais intéressant !

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et