Comtesse Greffulhe et princesse A…

Comtesse Greffulhe et princesse A…

 

Je reviens d’un rendez-vous avec les deux plus belles femmes de Paris.

Je ne pouvais que les honorer d’autant que j’étais libre de tout engagement à Illiers-Combray.

 

J’ai d’abord été reçu chez Marie Brignole Sale, duchesse de Galliéra qui, grande philanthrope fit construire à Paris, sur un terrain lui appartenant, un musée exposant sa collection d’œuvres d’art qu’elle offrit à l’État français. C’est dans ce Musée de la Mode qu’aujourd’hui la comtesse Greffulhe présente sa fabuleuse garde-robe.

 

Proust glisse une allusion à la première dans la bouche de celle que la seconde a inspirée :

*« Comment, si j’ai connu le maréchal ? me dit la duchesse de Guermantes. Mais j’ai connu des gens bien plus représentatifs, la duchesse de Galliera, Pauline de Périgord, Mgr Dupanloup. » Le Temps retrouvé

 

C’est donc au Palais Galliéra que la femme la plus en vue du Paris de la Belle Époque fait admirer ses atours.

1 catalogue

 

Le catalogue (37 €) de l’exposition (jusqu’au 20 mars 2016) rappelle que son époux, Henri Greffulhe souhaitait qu’elle s’habillât « avec élégance et opulence, afin de faire valoir sa propre position, mais pas au point d’avoir l’air un tant soit peu originale ou tape-à-l’œil ».

Le texte qui suit est tiré du Gaulois du 5 août 1882 à propos de ses vêtements : « Elle les préfère bizarre plutôt que semblables à d’autres […] Mais quelle que soit l’étrangeté de sa fantaisie, quelque excentrique que soit ce qu’elle porte, elle n’abdique jamais sa distinction suprême. »

L’exemple le plus lumineux est la cape russe que le tsar Nicolas II lui offre en 1896 et qu’elle fait remanier par Worth en 1904 :

2 cape russe, par Otto

 

Ce goût pour l’audacieux, le princier, le fantasque, la belle Elisabeth le doit au cousin de sa mère, l’esthète et poète homosexuel Robert de Montesquiou, dandy célèbre, d’apparence élégante mais excentrique, inspiration du Charlus proustien.

L’exposition présente d’ailleurs la lettre que notre cher Marcel adresse à Montesquiou après avoir vu pour la première fois la comtesse, en juillet 1893 :

3 Lettre

 

Ma préférée des dizaines de robes présentées en majesté est celle de Worth encore — dite robe byzantine — que la comtesse Greffulhe porte en 1904 au mariage de sa fille Elaine avec le duc de Guiche.

4 Comtesse Greffulhe, robe byzantine, Worth, mariage de sa fille, 1904

C’est précisément aussi un mariage qui n’a conduit dans la capitale. Cette autre plus belle femme de Paris, elle, parfaitement contemporaine, est ma filleule, qui s’est mariée samedi à la mairie du XIe arrondissement. Elle portait une robe fort élégante un peu du même genre. Seulement, à la différence de la comtesse, ma petite princesse cultive la discrétion. Elle est catégorique : pas de mention de son nom et pas même d’image sur les réseaux sociaux —les Nadar et Otto qui l’ont photographiée pour la circonstance devront garder les clichés par devers eux ! Moi, je m’autorise seulement à donner l’initiale du prénom de la belle : A.

 

D’un quartier à l’autre, beau et distingué ou bobo et martyrisé, Paris est une merveille.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. J’ai toujours trouvé que les mariées d’hiver avaient « quelque chose de plus » que les innombrables mariées de printemps.

    Ma grande soeur s’est mariée en janvier : outre une robe brodée au beau tomber lourd, elle portait, à la place du traditionnel bouquet, un manchon où elle blottissait ses mains, et une toque d’une fourrure blanche, miraculeuse (et synthétique, ce qui épargnait les bébés phoques !) de légèreté et de douceur, couronnait de grâce ses cheveux noirs…

    Perso, je n’ai jamais été sensible à l’élégance matrimoniale, sauf dans ce cas précis, sans doute parce que c’était ma soeur, mais surtout parce que le blanc de la tenue s’accordait à la saison de ses épousailles.

    Votre nièce a donc eu sûrement raison de se « démarquer » des noces de printemps. Rien de plus élégant qu’une mariée d’hiver, revendiquant ainsi sa délicatesse, un peu comme l’héllébore, qui fleurit quand toutes les autres ont rendu les armes, et en devient donc encore plus précieuse…

    Et tous mes souhaits pour elle !

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