Cloche… merle

Cloche… merle

 

C’est ce qui s’appelle une querelle de clocher — au sens propre.

 

En France, l’heure est à la recomposition des communautés de communes et l’Eure-et-Loir n’y échappe pas. D’ailleurs, je l’ai déjà évoquée ici avec le nouveau nom déplorable de celle qui m’abrite après sa fusion avec sa voisine (voir la chronique Mort du Pays de Combray).

 

Or, j’apprends grâce au correspondant local du journal du même type que Chartres Métropole fait de l’œil aux communes qui l’environnent. Elle a ajouté un nouveau critère pour attirer à elle : peut l’intégrer tout village dont l’église (clocher) est située dans un rayon de 20 kms autour de la cathédrale. (Au passage, la référence religieuse est un peu curieuse — l’argumentaire n’aurait pas été moins valide en choisissant la mairie et son fronton « Liberté, Égalité, Fraternité ».)

 

Le sang d’élus, dont le maire d’Illiers-Combray, n’a fait qu’un tour. « Cette annonce, se plaignent-ils, déstabilise les territoires en périphérie. Certaines communes de notre secteur sont tentées de succomber au chant des sirènes de la riche communauté chartraine, en oubliant, parfois, que ce sont nos Communautés de communes qui financent de nombreux services de proximité. » Et d’évoquer une démarche « déloyale », une « aberration », avant d’interpeller le président de Chartres Métropole, maire de la ville : « gardez votre cathédrale et laissez-nous nos clochers ! »

 

Ça, c’est envoyé ! Ne croyez pas que je sois moqueur. Dans les termes, ça ne manque pas de panache et ça a plus de hauteur que le Clochemerle que j’ai convoqué pour titrer cette chronique. Dans ce roman de Gabriel Chevallier (1934), les habitants se querellent sur un projet du maire destiné à soulager la population masculine de ce village fictif autant qu’à faire bisquer les éléments de la réaction : « Je veux faire construire un urinoir […], une pissotière ! »

 

Quand on connaît l’importance du clocher de Combray dans la Recherche, on ne peut rester indifférent devant l’actuel et bien réel débat et mes amis proustiens, j’en suis sûr, compatiront.

Moi qui aime pareillement les tours de Notre-Dame de Chartres et le clocher de Saint-Jacques d’Illiers-Combray, mon cœur saigne.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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