Proust (et d’autres) contre les trous du cul

Proust (et d’autres) contre les trous du cul

 

Cette fois, je n’y suis pour rien… Ce n’est pas moi qui ai convoqué Marcel Proust à propos de la tragédie qui vient de frapper la France.

 

L’information m’a été soufflée par l’ami Christophe Vignat qui m’écrit : « J’espère que vous vous portez bien en ces temps perturbés.
Dans le bruit ambiant, on distingue, de façon étonnante, une trace Proustienne. »

 

Il fait allusion à une émission satirique de la télé américaine, Last Week Tonight, sur HBO, animée par le britannique John Oliver, que deux médias ont d’ores et déjà aussi repérée : le quotidien Le Monde et le site Slate.fr.

Dimanche soir, l’humoriste a opposé les terroristes à la culture et à l’art de vivre français, illustrés en particulier par Proust et par ses madeleines. Voyez cette capture d’écran :

834 John Oliver, Proust et les trous du cul

 

Dans la version originale, John Oliver traite les premiers de assholes — littéralement « trous du cul », traduit « connards » par Le Monde et « enfoirés » par Slate.fr. C’est la traduction, aussi gaillarde qu’enjouée, du site que j’ai choisie :

« Cela ne fait que 48 heures, et beaucoup de choses restent encore inconnues, mais il y a certaines choses que l’on peut dire avec certitude. Et c’est là que le fait d’être sur HBO aide, c’est une chaîne où ces choses peuvent être dites sans restriction, parce qu’après les moments de silence nécessaires et appropriés, j’aimerais vous offrir un moment de jurons sur le câble.

« Donc voilà ce que nous savons : tout d’abord, nous savons que cette attaque a été perpétrée par des putains d’énormes enfoirés, des enfoirés de tarés ; qui travaillaient peut-être avec d’autres enfoirés de merde ; au nom d’une idéologie à la con. Ensuite, et cela va sans dire, que ces enfoirés aillent se faire foutre […] Et troisièmement, et il faut s’en rappeler, rien de ce que ces enfoirés essayent de faire ne marchera. La France va encaisser tout ça, et je vais vous dire pourquoi. Si vous faites une guerre à la culture et l’art de vivre français, bah bonne chance putain, allez-y, amener votre idéologie de merde. Ils vont amener Jean-Paul Sartre, Édith Piaf, du bon vin, des cigarettes Gauloises, Camus, du camembert, des madeleines, des macarons, Marcel Proust, et leurs putains de croquembouches [pièces montées]. Vous débarquez avec une doctrine de frugalité et d’abnégation au beau milieu d’une guerre pâtissière, les mecs. Vous êtes foutus. »

« Au peuple de France, nos pensées sont avec vous et je ne doute pas que qu’il y aura beaucoup à dire encore sur le déroulement de ces événements. »

 

Voyez l’original :

http://www.usatoday.com/story/life/tv/2015/11/16/john-oliver-last-week-tonight-paris-monologue/75860548/

 

Cet hommage à l’exception française renvoie à un autre texte, lui aussi venu d’outre Atlantique, consacré à la singularité de ce pays qui n’est pas incarné par le seul auteur d’À la recherche du temps perdu. C’est un commentaire publié sur le site du New York Times :

« La France incarne tout ce que les fanatiques religieux haïssent : la jouissance de la vie ici, sur terre, d’une multitude de manières : une tasse de café qui sent bon, accompagnée d’un croissant, un matin ; de belles femmes en robes courtes souriant librement dans la rue ; l’odeur du pain chaud ; une bouteille de vin partagée avec des amis, quelques gouttes de parfum, des enfants jouant au jardin du Luxembourg, le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas s’inquiéter des calories, de flirter et de fumer, et de faire l’amour hors mariage, de prendre des vacances, de lire n’importe quel livre, d’aller à l’école gratuitement, de jouer, de rire, de débattre, de se moquer des prélats comme des hommes et des femmes politiques, de remettre les angoisses à plus tard : après la mort. Aucun pays ne profite aussi bien de la vie sur terre que la France. Paris, on t’aime. Nous pleurons pour toi. Tu es en deuil ce soir, et nous le sommes avec toi. Nous savons que tu riras à nouveau, et chantera à nouveau, que tu feras l’amour, et que tu guériras, parce qu’aimer la vie fait partie de ce que tu es. Les forces du mal vont reculer. Elles vont perdre. Elles perdent toujours. »

 

Comme je suis fier d’être Français ! Tous ces mots m’interdisent d’avoir peur.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Proust (et d’autres) contre les trous du cul”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. As I watched the John Oliver segment, it was surprising to find him saying… »Marcel Proust. »

    Proust continues to be equated with French Culture; his book has not been forgotten.

    « But death is a thing that we must resign ourselves to. We accept the thought that in ten years we ourselves, in a hundred years our books, will have ceased to exist. Eternal duration is promised no more to men’s works than to men. » MP

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et