Pétrousse n’est pas dans le Larousse…

Pétrousse n’est pas dans le Larousse…

 

… mais les deux sont dans Proust !

Pétrousse est ignoré des dictionnaires. Le Larousse n’en dit mot.

Le Robert n’est pas plus bavard. Même le Grand, celui en six volumes, ne l’accueille pas, ne recevant que « Pétrousquin » : « 1850 ; de pétras, « individu méprisable », ou de pétrous. altér. de péteux, et troussequin,  « derrière ». Argot. 1. Vx. Civil, pour les militaires pékin ? —Paysan, rustre ».

 

Il faut s’égarer sur Internet pour croiser « pétrousse ». D’abord avec Bob, l’autre trésor de la langue. Dictionnaire d’argot, de français familier et de français populaire il en fait le synonyme de « paysan », de « fermier ». Il renvoie à une référence de 1947, L’enterrement de Belle-Maman, racontée en français et en argot par Marcus, dans L’argot tel qu’on le parle, agrémenté de récits amusants racontés en français et en argot.

Le Dictionnaire vivant de la langue française (réalisé par l’Université de Chicago !) donne la même définition et regrette : « Aucune phrase ne correspond à votre recherche. » Il aurait dû chercher dans la Recherche. On y trouve tout !

 

Ce « pétrousse », mais en mode féminine, sort deux fois de la bouche de la fille de Françoise, dans Du côté de chez Swann. C’est péjoratif pour celle qui vit désormais à Paris — quand sa grand’mère est native de Bailleau-le-Pin et sa mère vraisemblablement de Combray. Dans la première occurrence, le mot est associé aux « commères ». Dans la seconde, « la jeune Parisienne » se sent « devenir « pétrousse » à Combray qu’elle appelle « maintenant dédaigneusement la « cambrousse » — autrement dit la campagne, en langage populaire selon… le Larousse, seul dictionnaire cité par Proust — le marquis de Cambremer disant dans Sodome et Gomorrhe : « Vous devriez avoir ici un petit Larousse. »

Le dico ne doit pas être confondu avec « la Rousse », nom donné à la police en argot et que l’on croise dans Le Côté de Guermantes : « les yeux errants de M. de Charlus, pareils à ceux d’un marchand en plein vent qui craint l’arrivée de la Rousse ».

 

Mais on s’éloigne de nos paysans dont nous reparlerons demain.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

Les extraits :

*Quant à sa fille, Françoise eût voulu la voir retourner à Combray. Mais elle, usant, comme une élégante, d’abréviatifs, mais vulgaires, elle disait que la semaine qu’elle devrait aller passer à Combray lui semblerait bien longue sans avoir seulement l’Intran. Elle voulait encore moins aller chez la sœur de Françoise dont la province était montagneuse, car « les montagnes, disait la fille de Françoise en donnant à intéressant un sens affreux et nouveau, ce n’est guère intéressant ». Elle ne pouvait se décider à retourner à Méséglise où « le monde est si bête », où, au marché, les commères, les « pétrousses » se découvriraient un cousinage avec elle et diraient : « Tiens, mais c’est-il pas la fille au défunt Bazireau ? » Elle aimerait mieux mourir que de retourner se fixer là-bas, « maintenant qu’elle avait goûté à la vie de Paris », et Françoise, traditionaliste, souriait pourtant avec complaisance à l’esprit d’innovation qu’incarnait la nouvelle « parisienne » quand elle disait : « Eh bien, mère, si tu n’as pas ton jour de sortie, tu n’as qu’à m’envoyer un pneu. » I

 

*Françoise, quand elle avait un grand chagrin, éprouvait le besoin si inutile, mais ne possédait pas l’art si simple, de l’exprimer. Jugeant ma grand’mère tout à fait perdue, c’était ses impressions à elle, Françoise, qu’elle tenait à nous faire connaître. Et elle ne savait que répéter : « Cela me fait quelque chose », du même ton dont elle disait, quand elle avait pris trop de soupe aux choux : « J’ai comme un poids sur l’estomac », ce qui dans les deux cas était plus naturel qu’elle ne semblait le croire. Si faiblement traduit, son chagrin n’en était pas moins très grand, aggravé d’ailleurs par l’ennui que sa fille, retenue à Combray (que la jeune Parisienne appelait maintenant dédaigneusement la « cambrousse » et où elle se sentait devenir « pétrousse »), ne pût vraisemblablement revenir pour la cérémonie mortuaire que Françoise sentait devoir être quelque chose de superbe. Sachant que nous nous épanchions peu, elle avait à tout hasard convoqué d’avance Jupien pour tous les soirs de la semaine. Elle savait qu’il ne serait pas libre à l’heure de l’enterrement. Elle voulait du moins, au retour, le lui « raconter ». I

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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