Me souhaiteriez-vous un bon anniversaire ?

Me souhaiteriez-vous un bon anniversaire ?

 

Vous êtes ma joie et ma raison de vivre… Oh, certes, pas vous seuls, chère visiteuse, cher visiteur. Mais mes journées vous sont largement consacrées — pour vous proposer mes modestes chroniques, dans l’espoir de vos réactions, en essayant de vous imaginer…

 

Ce blogue a aujourd’hui deux ans. Depuis le 26 novembre 2013, j’ai posté plus de mille sept cents articles. J’ai reçu plus de cent vingt-cinq mille visites et près de deux mille commentaires. J’en suis très fier. Immodestement, je pense avoir trouvé un ton particulier, apporté une contribution originale à la proustologie.

 

Qu’en dites-vous ? Me ferez-vous un cadeau d’anniversaire en me confiant qui et où vous êtes, ce que vous attendez du fou de Proust, ce qui vous plaît et ce qui ne vous plaît pas ?

 

Pour ma part, je vous offre les onze occurrences du mot « anniversaire » dans À la recherche du temps perdu :

*Si ma mère était une lectrice infidèle c’était aussi, pour les ouvrages où elle trouvait l’accent d’un sentiment vrai, une lectrice admirable par le respect et la simplicité de l’interprétation, par la beauté et la douceur du son. Même dans la vie, quand c’étaient des êtres et non des œuvres d’art qui excitaient ainsi son attendrissement ou son admiration, c’était touchant de voir avec quelle déférence elle écartait de sa voix, de son geste, de ses propos, tel éclat de gaîté qui eût pu faire mal à cette mère qui avait autrefois perdu un enfant, tel rappel de fête, d’anniversaire, qui aurait pu faire penser ce vieillard à son grand âge, tel propos de ménage qui aurait paru fastidieux à ce jeune savant. I

*cette personnalité, que lui attribuait ma grand’tante, de « fils Swann », distincte de sa personnalité plus individuelle de Charles Swann, était celle où il se plaisait maintenant le mieux. Un jour que, pour l’anniversaire de la princesse de Parme (et parce qu’elle pouvait souvent être indirectement agréable à Odette en lui faisant avoir des places pour des galas, des jubilés), il avait voulu lui envoyer des fruits, ne sachant pas trop comment les commander, il en avait chargé une cousine de sa mère qui, ravie de faire une commission pour lui, lui avait écrit, en lui rendant compte qu’elle n’avait pas pris tous les fruits au même endroit, mais les raisins chez Crapote dont c’est la spécialité, les fraises chez Jauret, les poires chez Chevet où elles étaient plus belles, etc., « chaque fruit visité et examiné un par un par moi ». Et en effet, par les remerciements de la princesse, il avait pu juger du parfum des fraises et du moelleux des poires. Mais surtout le « chaque fruit visité et examiné un par un par moi » avait été un apaisement à sa souffrance, en emmenant sa conscience dans une région où il se rendait rarement, bien qu’elle lui appartînt comme héritier d’une famille de riche et bonne bourgeoisie où s’étaient conservés héréditairement, tout prêts à être mis à son service dès qu’il le souhaitait, la connaissance des « bonnes adresses » et l’art de savoir bien faire une commande. I

*Ces paroles nouvelles, mon amour les entendait ; elles le persuadaient que le lendemain ne serait pas différent de ce qu’avaient été tous les autres jours ; que le sentiment de Gilberte pour moi, trop ancien déjà pour pouvoir changer, c’était l’indifférence ; que dans mon amitié avec Gilberte, c’est moi seul qui aimais. « C’est vrai, répondait mon amour, il n’y a plus rien à faire de cette amitié-là, elle ne changera pas. » Alors dès le lendemain (ou attendant une fête s’il y en avait une prochaine, un anniversaire, le nouvel an peut-être, un de ces jours qui ne sont pas pareils aux autres, où le temps recommence sur de nouveaux frais en rejetant l’héritage du passé, en n’acceptant pas le legs de ses tristesses) je demandais à Gilberte de renoncer à notre amitié ancienne et de jeter les bases d’une nouvelle amitié. I

*une fois qu’elle [Gilberte] était plus particulièrement câline avec Swann, comme je le lui fis remarquer quand il fut loin :

— Oui, pauvre papa, c’est ces jours-ci l’anniversaire de la mort de son père. Vous pouvez comprendre ce qu’il doit éprouver, vous comprenez cela, vous, nous sentons de même sur ces choses-là. Alors, je tâche d’être moins méchante que d’habitude. — Mais il ne vous trouve pas méchante, il vous trouve parfaite. — Pauvre papa, c’est parce qu’il est trop bon. II

*Une fois à propos d’une matinée théâtrale, Gilberte me causa un étonnement profond. C’était justement le jour dont elle m’avait parlé d’avance et où tombait l’anniversaire de la mort de son grand-père. Nous devions elle et moi, aller entendre avec son institutrice, les fragments d’un opéra et Gilberte s’était habillée dans l’intention de se rendre à cette exécution musicale, gardant l’air d’indifférence qu’elle avait l’habitude de montrer pour la chose que nous devions faire, disant que ce pouvait être n’importe quoi pourvu que cela me plût et fût agréable à ses parents. Avant le déjeuner, sa mère nous prit à part pour lui dire que cela ennuyait son père de nous voir aller au concert ce jour-là. Je trouvai que c’était trop naturel. Gilberte resta impassible mais devint pâle d’une colère qu’elle ne put cacher, et ne dit plus un mot. Quand M. Swann revint, sa femme l’emmena à l’autre bout du salon et lui parla à l’oreille. Il appela Gilberte, et la prit à part dans la pièce à côté. On entendit des éclats de voix. Je ne pouvais cependant pas croire que Gilberte, si soumise, si tendre, si sage, résistât à la demande de son père, un jour pareil et pour une cause si insignifiante. Enfin Swann sortit en lui disant :

— Tu sais ce que je t’ai dit. Maintenant, fais ce que tu voudras.

La figure de Gilberte resta contractée pendant tout le déjeuner, après lequel nous allâmes dans sa chambre. Puis tout d’un coup, sans une hésitation et comme si elle n’en avait eue à aucun moment : « Deux heures ! s’écria-t-elle, mais vous savez que le concert commence à deux heures et demie. » Et elle dit à son institutrice de se dépêcher.

— Mais, lui dis-je, est-ce que cela n’ennuie pas votre père ?

— Pas le moins du monde.

— Cependant, il avait peur que cela ne semble bizarre à cause de cet anniversaire.

— Qu’est-ce que cela peut me faire ce que les autres pensent ? Je trouve ça grotesque de s’occuper des autres dans les choses de sentiment. On sent pour soi, pas pour le public. Mademoiselle qui a peu de distractions se fait une fête d’aller à ce concert, je ne vais pas l’en priver pour faire plaisir au public.

Elle prit son chapeau.

— Mais Gilberte, lui dis-je en lui prenant le bras, ce n’est pas pour faire plaisir au public, c’est pour faire plaisir à votre père.

— Vous n’allez pas me faire d’observations, j’espère, me cria-t-elle, d’une voix dure et en se dégageant vivement. II

*depuis l’incident qui avait eu lieu le jour de l’anniversaire de la mort de son grand-père, je me demandais si le caractère de Gilberte n’était pas autre que ce que j’avais cru, si cette indifférence à ce qu’on ferait, cette sagesse, ce calme, cette douce soumission constante, ne cachaient pas au contraire des désirs très passionnés que par amour-propre elle ne voulait pas laisser voir et qu’elle ne révélait que par sa soudaine résistance quand ils étaient par hasard contrariés. II

*Le 1er janvier me fut particulièrement douloureux cette année-là. Tout l’est sans doute, qui fait date et anniversaire, quand on est malheureux. II

*Le temps était redevenu froid. « Sortir ? pourquoi ? pour prendre la crève », disait Françoise qui aimait mieux rester à la maison pendant la semaine que sa fille, le frère et la bouchère étaient allés passer à Combray. D’ailleurs, dernière sectatrice en qui survécût obscurément la doctrine de ma tante Léonie touchant la physique, Françoise ajoutait en parlant de ce temps hors de saison : « C’est le restant de la colère de Dieu ! » Mais je ne répondais à ses plaintes que par un sourire plein de langueur, d’autant plus indifférent à ces prédictions que, de toutes manières, il ferait beau pour moi ; déjà je voyais briller le soleil du matin sur la colline de Fiesole, je me chauffais à ses rayons ; leur force m’obligeait à ouvrir et à fermer à demi les paupières, en souriant, et, comme des veilleuses d’albâtre, elles se remplissaient d’une lueur rose. Ce n’était pas seulement les cloches qui revenaient d’Italie, l’Italie était venue avec elles. Mes mains fidèles ne manqueraient pas de fleurs pour honorer l’anniversaire du voyage que j’avais dû faire jadis, car depuis qu’à Paris le temps était redevenu froid, comme une autre année au moment de nos préparatifs de départ à la fin du carême, dans l’air liquide et glacial qui les baignait les marronniers, les platanes des boulevards, l’arbre de la cour de notre maison, entr’ouvraient déjà leurs feuilles comme dans une coupe d’eau pure les narcisses, les jonquilles, les anémones du Ponte-Vecchio. III

*Je détournai les yeux vers les poiriers et les cerisiers du jardin d’en face pour qu’il crût que c’était leur beauté qui me touchait. Et elle me touchait un peu de la même façon, elle mettait aussi près de moi de ces choses qu’on ne voit pas qu’avec ses yeux, mais qu’on sent dans son cœur. Ces arbustes que j’avais vus dans le jardin, en les prenant pour des dieux étrangers, ne m’étais-je pas trompé comme Madeleine quand, dans un autre jardin, un jour dont l’anniversaire allait bientôt venir, elle vit une forme humaine et « crut que c’était le jardinier » ? III

*Maman n’aimait pas sa tante parce qu’elle n’avait pas été pour grand’mère, si tendre pour elle, la sœur qu’elle aurait dû. Ainsi, devenus grands, les enfants se rappellent avec rancune ceux qui ont été mauvais pour eux. Mais, devenue ma grand’mère, elle était incapable de rancune ; la vie de sa mère était pour elle comme une pure et innocente enfance où elle allait puiser ces souvenirs dont la douceur ou l’amertume réglait ses actions avec les uns et les autres. Ma tante aurait pu fournir à maman certains détails inestimables, mais maintenant elle les aurait difficilement, sa tante était tombée très malade (on disait d’un cancer), et elle se reprochait de ne pas être allée la voir plus tôt pour tenir compagnie à mon père, n’y trouvait qu’une raison de plus de faire ce que sa mère aurait fait et, comme elle, allait, à l’anniversaire du père de ma grand’mère, lequel avait été si mauvais père, porter sur sa tombe des fleurs que ma grand’mère avait l’habitude d’y porter. IV

 

Tant que j’aurai un(e) lecteur(trice), je continuerai donc mes chroniques — entre sérieux et malice.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

13 comments to “Me souhaiteriez-vous un bon anniversaire ?”

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  1. Bon anniversaire,longue vie à ce blogue .

  2. Un très bon anniversaire, cher Fou de Proust!
    Et longue vie à ce blogue également!
    « Many many many such days, may he behold! » comme l’on chante pour l’anniversaire de la Reine Mary selon Purcell!
    Chantal

  3. Le vers d’Esther ou d’Athalie qui conviendrait à cette circonstance ne me vient pas à l’esprit. Alors, simplement, bon anniversaire et longue vie à ce blogue, lumière de nos jours.
    1700 articles, ça doit faire plusieurs fois la Recherche!

  4. « Que l’année entière,
    Vous soit douce et prospère
    Et que l’an fini
    Nous soyons tous réunis

    pour chanter en choeur

    JOYEUX ANNIVERSAIRE »

  5. Je découvre votre blog proustien aujourd’hui. Et puisque la lecture est une amitié…bon anniversaire cher ami.

  6. Avec un jour de retard, « BON ANNIVERSAIRE » Patrice et encore merci pour tous ces passages que vous semez sur la toile, jour après jour, et que je relis au gré de votre bon vouloir et du mien.

  7. A la recherche des mots justes – que je n’ai toujours pas trouvés pour vous dire tout le bien que je pense de vos chroniques – mais surtout par manque de spontanéité et de simplicité (serait-ce une forme de snobisme ?!), je ne vous ai pas souhaité votre anniversaire le jour J… Alors, je le fais maintenant, cher Patrice, très chaleureusement.

    Deux ans déjà ! Bravo, merci et bon vent au Fou de Proust, « entre sérieux et malice » !

  8. Je reviens un peu tard sur cet anniversaire, ayant été inspiré entre temps par Victor Hugo et non par Racine. donc:

    Gloire à notre blogue éternel!
    Gloire à ceux qui lui sont fidèles!
    Aux Clopine, Youille et consorts!
    A ceux dont Marcel est l’exemple,
    Ceux dont la Recherche est le temple,
    Et la liront jusqu’à leur mort!

  9. Je remercie donc à mon tour Fetiveau, d’autant que, comme lui, je subis également l’influence du grand Victor : mon pseudo vient en fait directement d’un personnage secondaire (mais présent !) de Notre-Dame de Paris, dont je serais en quelque sorte la soeur : Clopin Trouillefou, prince des gueux et roi de la Cour des Miracles. Excusez du peu !

  10. (alias « consorts »…).
    Et dire que je n’ai pas lu Notre-Dame de Paris ! La honte !
    En même temps, j’ai lu La Recherche deux fois… (certes, je suis loin des dix lectures et relectures de notre Fou de Proust…)
    Après tout, on ne peut pas lire tous les livres, n’est-ce-pas ?!

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