T’as d’beaux yeux, tu sais !

yeux

T’as d’beaux yeux, tu sais !

 

ô beauté des yeux sévères

La Prisonnière

 

À la recherche du temps perdu s’ouvre sur des yeux. Le mot apparaît dès la deuxième phrase – alors qu’ils se ferment ! Il revient deux fois à la première page de Du côté de chez Swann, pour avoir des écailles pesant dessus et bénéficier de l’obscurité.

Yeux clos, donc, mais pas sans teine…

 

*Le premier personnage dont on apprend quelle est la couleur de ses yeux est Swann : « on distinguait mal son visage au nez busqué, aux yeux verts, sous un haut front entouré de cheveux blonds presque roux » (I). Plus loin, on apprendra qu’un « léger crépelage » en tempère « de quelque douceur la vivacité » (I).

 

*Le Héros : la dame en rose trouve qu’il a de « beaux yeux » (I) ; Albertine aussi  : « — Vous avez de jolis cheveux, vous avez de beaux yeux, vous êtes gentil. » (III)

 

*Tante Léonie a les « yeux étincelants » quand elle pense à Françoise la volant (I).

 

*Legrandin a les « yeux bleus » (I).

 

*Gilberte a les « yeux noirs » mais le Héros les voit « bleus : « Ses yeux noirs brillaient et comme je ne savais pas alors, ni ne l’ai appris depuis, réduire en ses éléments objectifs une impression forte, comme je n’avais pas, ainsi qu’on dit, assez «d’esprit d’observation» pour dégager la notion de leur couleur, pendant longtemps, chaque fois que je repensai à elle, le souvenir de leur éclat se présentait aussitôt à moi comme celui d’un vif azur, puisqu’elle était blonde : de sorte que, peut-être si elle n’avait pas eu des yeux aussi noirs — ce qui frappait tant la première fois qu’on la voyait — je n’aurais pas été, comme je le fus, plus particulièrement amoureux, en elle, de ses yeux bleus. » Le Héros se souviendra de ses « deux yeux de feu dans des joues pleines et brillantes ». Elle achète une bille «  qui avait la couleur de ses yeux » parce que le Héros la lui désigne. (I)

 

*Le Héros pense hérédité à propos des yeux : « un vice que la nature elle-même fait épanouir chez un enfant, parfois rien qu’en mêlant les vertus de son père et de sa mère, comme la couleur de ses yeux. » (I)

 

*La mère de Vinteuil a les « yeux bleus ». Ils sont transmis à sa fille « comme un bijou de famille ». (I)

 

*La duchesse de Guermantes a les « yeux bleus et perçants ». Mieux : « Ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir ». Devant un compliment, ses yeux deviennent « étincelants, enflammés d’un ensoleillement radieux de gaîté que seuls avaient le pouvoir de faire rayonner ainsi les propos, fussent-ils tenus par la princesse elle-même, qui étaient une louange de son esprit ou de sa beauté ». (I) ses yeux ensoleillés d’un sourire bleu (III) les yeux à fleur de tête étaient perçants et bleus (III) ses yeux maussades et clairs regardaient distraitement devant elle et m’avaient peut-être aperçu (III) ses yeux clairs et charmants (III) « Dans l’ordinaire de la vie, les yeux de la duchesse de Guermantes étaient distraits et un peu mélancoliques, elle les faisait briller seulement d’une flamme spirituelle chaque fois qu’elle avait à dire bonjour à quelque ami; absolument comme si celui-ci avait été quelque mot d’esprit, quelque trait charmant, quelque régal pour délicats dont la dégustation a mis une expression de finesse et de joie sur le visage du connaisseur. Mais pour les grandes soirées, comme elle avait trop de bonjours à dire, elle trouvait qu’il eût été fatigant, après chacun d’eux, d’éteindre à chaque fois la lumière. Tel un gourmet de littérature, allant au théâtre voir une nouveauté d’un des maîtres de la scène, témoigne sa certitude de ne pas passer une mauvaise soirée en ayant déjà, tandis qu’il remet ses affaires à l’ouvreuse, sa lèvre ajustée pour un sourire sagace, son regard avivé pour une approbation malicieuse; ainsi c’était dès son arrivée que la duchesse allumait pour toute la soirée. Et tandis qu’elle donnait son manteau du soir, d’un magnifique rouge Tiepolo, lequel laissa voir un véritable carcan de rubis qui enfermait son cou, après avoir jeté sur sa robe ce dernier regard rapide, minutieux et complet de couturière qui est celui d’une femme du monde, Oriane s’assura du scintillement de ses yeux non moins que de ses autres bijoux. » (IV) Mme de Guermantes arrangeait son chapeau dans la glace, ses yeux bleus se regardaient eux-mêmes et regardaient ses cheveux encore blonds (VI) par sa voix dorée et rauque, sous le doux fleurissement de ses yeux de violette (VI)

 

*Odette a des « beaux mais si grands qu’ils fléchissaient sous leur propre masse, fatiguaient le reste de son visage et lui donnaient toujours l’air d’avoir mauvaise mine ou d’être de mauvaise humeur. » Mais encore : « ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s’animait pas »… Et puis : « elle le regarda fixement, de l’air languissant et grave qu’ont les femmes du maître florentin avec lesquelles il lui avait trouvé de la ressemblance; amenés au bord des paupières, ses yeux brillants, larges et minces, comme les leurs, semblaient prêts à se détacher ainsi que deux larmes. » Swann trouve que, malgré les médisances, c’est une « femme aux bons yeux ». Un « bon sentiment » peut jaillir « dans ses yeux comme un rayon jaune. Et aussitôt tout son visage s’éclairait comme une campagne grise, couverte de nuages qui soudain s’écartent, pour sa transfiguration, au moment du soleil couchant. » Dans un rêve, Swann « aurait voulu crever ses yeux qu’il aimait tant tout à l’heure ». (I)

Ses yeux ont « la couleur délavée, liquide, mauve et dissolue des violettes de Parme. » (II)

 

*Mme Verdurin a des « yeux d’oiseau ». (I)

 

*« Un grand gaillard en livrée » chez Mme de Saint-Euverte a des « yeux glauques et cruels ». (I)

 

*M. de Palancy a les « yeux ronds » d’une carpe. (I)

 

*Une pensionnaire d’une maison de rendez-vous a les yeux bleus que Swann remarque  : « C’est gentil, tu as mis des yeux bleus de la couleur de ta ceinture. — Vous aussi, vous avez des manchettes bleues. — Comme nous avons une belle conversation, pour un endroit de ce genre! Je ne t’ennuie pas, tu as peut-être à faire ? — Non, j’ai tout mon temps. Si vous m’aviez ennuyée, je vous l’aurais dit. Au contraire j’aime bien vous entendre causer. — Je suis très flatté. N’est-ce pas que nous causons gentiment ? dit-il à l’entremetteuse qui venait d’entrer. — Mais oui, c’est justement ce que je me disais. Comme ils sont sages! Voilà! on vient maintenant pour causer chez moi. Le Prince le disait, l’autre jour, c’est bien mieux ici que chez sa femme. Il paraît que maintenant dans le monde elles ont toutes un genre, c’est un vrai scandale! Je vous quitte, je suis discrète.» Et elle laissa Swann avec la fille qui avait les yeux bleus. Mais bientôt il se leva et lui dit adieu, elle lui était indifférente, elle ne connaissait pas Odette. (I)

 

*M. de Norpois a les « yeux bleus ». (II)

 

*Le jeune marquis de Saint-Loup-en-Braye a-t-il des yeux verts ou bleus ? « Ses yeux, de l’un desquels tombait à tout moment un monocle, étaient de la couleur de la mer. » (II) une charmante interrogation souriante, presque enfantine, de ses yeux verts (III) ses yeux clairs (VI) ses yeux verdâtres et bougeants comme la mer (VII)

 

*Des fillettes de Cabourg : « elles ne m’étaient connues, l’une que par une paire d’yeux durs, butés et rieurs; une autre que par des joues où le rose avait cette teinte cuivrée qui évoque l’idée de géranium; et même ces traits, je n’avais encore indissolublement attaché aucun d’entre eux à l’une des jeunes filles plutôt qu’à l’autre; et quand (selon l’ordre dans lequel se déroulait cet ensemble merveilleux parce qu’y voisinaient les aspects les plus différents, que toutes les gammes de couleurs y étaient rapprochées, mais qui était confus comme une musique où je n’aurais pas su isoler et reconnaître au moment de leur passage les phrases, distinguées mais oubliées aussitôt après), je voyais émerger un ovale blanc, des yeux noirs, des yeux verts, je ne savais pas si c’était les mêmes qui m’avaient déjà apporté du charme tout à l’heure, je ne pouvais pas les rapporter à telle jeune fille que j’eusse séparée des autres et reconnue. Et cette absence, dans ma vision, des démarcations que j’établirais bientôt entre elles, propageait à travers leur groupe un flottement harmonieux, la translation continue d’une beauté fluide, collective et mobile. » L’une a « de deux yeux verts dans une figure poupine »… « la petite qui détachait sur l’horizon de la mer ses joues bouffies et roses, ses yeux verts »… « Mais c’est peut-être encore celle au teint de géranium, aux yeux verts que j’aurais le plus désiré connaître. » (II) « Je me souviens d’une au teint roux de coleus, aux yeux verts, aux deux joues rousses » (IV)

 

*Albertine est la « fille aux yeux brillants, rieurs ». Un « rayon noir éman[e] de ses yeux ». « Si nous pensions que les yeux d’une telle fille ne sont qu’une brillante rondelle de mica, nous ne serions pas avides de connaître et d’unir à nous sa vie. Mais nous sentons que ce qui luit dans ce disque réfléchissant n’est pas dû uniquement à sa composition matérielle; que ce sont, inconnues de nous, les noires ombres des idées que cet être se fait, relativement aux gens et aux lieux qu’il connaît — pelouses des hippodromes, sable des chemins où, pédalant à travers champs et bois, m’eût entraîné cette petite péri, plus séduisante pour moi que celle du paradis persan — les ombres aussi de la maison où elle va rentrer, des projets qu’elle forme ou qu’on a formés pour elle; et surtout que c’est elle, avec ses désirs, ses sympathies, ses répulsions, son obscure et incessante volonté. Je savais que je ne posséderais pas cette jeune cycliste si je ne possédais aussi ce qu’il y avait dans ses yeux. » (II) selon Françoise, elle a des « gros yeux » (IV) « en me regardant de ses yeux noirs sur lesquels sa toque était abaissée comme autrefois son petit polo » (IV) Ses longs yeux bleus — plus allongés — n’avaient pas gardé la même forme; ils avaient bien la même couleur, mais semblaient être passés à l’état liquide. Si bien que, quand elle les fermait, c’était comme quand avec des rideaux on empêche de voir la mer. (V) la jeune fille que j’avais vue la première fois, à Balbec, sous son polo plat, avec ses yeux insistants et rieurs (V) Je me mis à suggérer à Albertine d’autres buts de promenade qui eussent rendu la visite Verdurin impossible, en des paroles empreintes d’une feinte indifférence sous laquelle je tâchai de déguiser mon énervement. Mais elle l’avait dépisté. Il rencontrait chez elle la force électrique d’une volonté contraire qui la repoussait vivement; dans les yeux d’Albertine j’en voyais jaillir les étincelles. Au reste, à quoi bon m’attacher à ce que disaient les prunelles en ce moment ? Comment n’avais-je pas depuis longtemps remarqué que les yeux d’Albertine appartenaient à la famille de ceux qui, même chez un être médiocre, semblent faits de plusieurs morceaux à cause de tous les lieux où l’être veut se trouver — et cacher qu’il veut se trouver — ce jour-là ? Des yeux, par mensonge toujours immobiles et passifs, mais dynamiques, mesurables par les mètres ou kilomètres à franchir pour se trouver au rendez-vous voulu, implacablement voulu, des yeux qui sourient moins encore au plaisir qui les tente qu’ils ne s’auréolent de la tristesse et du découragement qu’il y aura peut-être une difficulté pour aller au rendez-vous. (V) Ses yeux (comme, dans un minerai d’opale où elle est encore engainée, les deux plaques seules polies encore) devenus plus résistants que du métal tout en restant plus brillants que de la lumière, faisaient apparaître, au milieu de la matière aveugle qui les surplombe, comme les ailes de soie mauve d’un papillon qu’on aurait mis sous verre. (V)

 

*Andrée a « des yeux extraordinairement clairs, comme est dans un appartement à l’ombre l’entrée par la porte ouverte, d’une chambre où donnent le soleil et le reflet verdâtre de la mer illuminée. » (II)

 

*La jeune fille en fleurs qui dit « Ce pauvre vieux, y m’fait d’la peine» a les « yeux bleus » (et des cheveux dorés et des joues roses). (II)

 

*Rosemonde est « inondée d’un rose soufré sur lequel réagissaient encore la lumière verdâtre des yeux » (II)

 

*Les « Déesses marines qu’Elstir avait guettées et surprises » ont les « yeux foncés ». (II)

 

*La princesse de Guermantes : « la motilité éclatante de [s]es beaux yeux (III) taillés dans un diamant que semblaient bien fluidifier, à ces moments-là, l’intelligence et l’amitié, mais qui, quand ils étaient au repos, réduits à leur pure beauté matérielle, à leur seul éclat minéralogique, si le moindre réflexe les déplaçait légèrement, incendiaient la profondeur du parterre de feux inhumains, horizontaux et splendides. (III) « les yeux flambant par leur incandescence propre » ; « À certains même elle ne disait rien, se contentant de leur montrer ses admirables yeux d’onyx, comme si on était venu seulement à une exposition de pierres » (IV)

 

*Le jeune marquis de Beausergent a les « yeux bleus ». (III)

 

*Le prince de Borodino a d’« admirables yeux bleus » (III)

 

*Aimé a les yeux « enfoncés », « auxquels une légère myopie donnait une sorte de profondeur dissimulée » (III)

 

*Un jeune homme a qui Rachel « fai[t] de l’œil » : « il a des yeux ravissants, et qui ont une manière de regarder les femmes, on sent qu’il doit les aimer » (dixit Rachel au grand dam de Saint-Loup) […]

— Il a un regard amusant, n’est-ce pas ? Vous comprenez, ce qui m’amuserait ce serait de savoir ce qu’il peut penser, d’être souvent servie par lui, de l’emmener en voyage. Mais pas plus que ça. Si on était obligé d’aimer tous les gens qui vous plaisent, ce serait au fond assez terrible. Robert a tort de se faire des idées. Tout ça, ça se forme et ça finit dans ma tête, Robert devrait être bien tranquille. (Elle regardait toujours Aimé.) Tenez, regardez les yeux noirs qu’il a, je voudrais savoir ce qu’il y a dessous. (III)

 

*Un danseur remarqué par Rachel : « la gelée droite et grise de ses yeux trembla et brilla entre ses cils raidis et peints » (III)

 

*Mme de Marsantes a des « yeux très bleus » (III)

 

*M. de Charlus a des « yeux errants », « pareils à ceux d’un marchand en plein vent qui craint l’arrivée de la Rousse, avaient certainement exploré chaque partie du salon et découvert toutes les personnes qui s’y trouvaient. » (III) « il fixa sur moi des yeux implacables » (III) « Pourtant il n’a pas les yeux bordés de jambon », selon Cottard qui apprend son homosexualité (IV) « ses yeux de jésuite baissés » (IV) l’éphèbe dont la forme intaillée dans le saphir qu’étaient les yeux de M. de Charlus donnait à son regard ce quelque chose de si particulier qui m’avait effrayé le premier jour à Balbec (VII)

 

*Bergotte : « ses beaux yeux restaient immobiles, vaguement éblouis, comme les yeux d’un homme étendu au bord de la mer qui dans une vague rêverie regarde seulement chaque petit flot. » (III)

 

*Une Altesse a de « larges et doux yeux noirs » (III)

 

*« Les Guermantes, en général, et particulièrement Oriane » ont «les « yeux bleus » (III)

 

*Le duc de Guermantes : « ses yeux de chasseur avaient l’air de deux pistolets chargé » (III) Levant brusquement la tête, de ses petits yeux jaunes qui avaient l’éclat d’yeux de fauves, il fixait sur elle un de ces regards qui quelquefois chez Mme de Guermantes, quand celle-ci parlait trop, m’avaient fait trembler. » (VII)

 

*La concierge de Mme de Montmorency : « toujours les yeux rouges, soit chagrin, soit neurasthénie, soit migraine, soit rhume, ne vous répondait jamais, vous faisait un geste vague indiquant que la duchesse était là et laissait tomber de ses paupières quelques gouttes au-dessus d’un bol rempli de « ne m’oubliez pas ». » (IV)

 

*Une splendide jeune fille qui fume dans le train : « Je ne pouvais détacher mes yeux de sa chair de magnolia, de se yeux noirs » (IV)

 

*M. Pierre de Verjus, comte de Crécy a de « charmants yeux bleus » (IV)

 

* »Marie Gineste et Céleste Albaret avaient les yeux rouges. Marie, du reste, faisait entendre le sanglot pressé d’un torrent. Céleste, plus molle, lui recommandait le calme; mais Marie ayant murmuré les seuls vers qu’elle connût : Ici-bas tous les lilas meurent, Céleste ne put se retenir et une nappe de larmes s’épandit sur sa figure couleur de lilas » (IV)

 

*Un permissionnaire de l’hôtel de Jupien : « Quels jolis petits yeux il a », dit Charlus (VII)

 

*Un ancien camarade du Héros : « Il avait dans sa jeunesse des yeux bleus, toujours riants, perpétuellement mobiles, en quête évidemment de quelque chose à quoi je n’avais pensé et qui devait être fort désintéressé, la Vérité sans doute, poursuivie en perpétuelle incertitude, avec une sorte de gaminerie, de respect errant pour tous les amis de sa famille. Or devenu homme politique influent, capable, despotique, ces yeux bleus qui d’ailleurs n’avaient pas trouvé ce qu’ils cherchaient, s’étaient immobilisés, ce qui leur donnait un regard pointu, comme sous un sourcil froncé. Aussi l’expression de gaîté, d’abandon, d’innocence s’était-elle changée en une expression de ruse et de dissimulation. » (VII)

 

Avec Proust, ouvrez l’œil et le bon !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

4 comments to “T’as d’beaux yeux, tu sais !”

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  1. Et Proust connaissait bien le roman de Thomas Hardy, Les Yeux bleus. C’est ainsi d’ailleurs qu’il surnommait dans sa correspondance Bertrand de Fénelon.

    • Il le connaissait et le citait dans La Prisonnière :
      *je revins à Thomas Hardy. « Rappelez-vous les tailleurs de pierre dans Jude l’obscur, dans la Bien-Aimée, les blocs de pierres que le père extrait de l’île venant par bateaux s’entasser dans l’atelier du fils où elles deviennent statues ; dans les Yeux bleus, le parallélisme des tombes, et aussi la ligne parallèle du bateau, et les wagons contigus où sont les deux amoureux, et la morte; le parallélisme entre la Bien-Aimée où l’homme aime trois femmes et les Yeux bleus où la femme aime trois hommes, etc., et enfin tous ces romans superposables les uns aux autres, comme les maisons verticalement entassées en hauteur sur le sol pierreux de l’île.

  2. les yeux ne fonctionent pas toujours par deux, surtout dans la Recherche où il y a tant de monocles, de visages de profil et de lumière éblouissante
    Un oeil tout seul suffit parfois

  3. Le monocle du marquis de Forestelle était minuscule, n’avait aucune bordure et, obligeant à une crispation incessante et douloureuse l’oeil où il s’incrustait comme un cartilage superflu dont la présence est inexplicable et la matière recherchée, il donnait au visage du marquis une délicatesse mélancolique, et le faisait juger par les femmes comme capable de grands chagrins d’amour. Mais celui de M. de Saint-Candé, entouré d’un gigantesque anneau, comme Saturne, était le centre de gravité d’une figure qui s’ordonnait à tout moment par rapport à lui, dont le nez frémissant et rouge et la bouche lippue et sarcastique tâchaient par leurs grimaces d’être à la hauteur des feux roulants d’esprit dont étincelait le disque de verre, et se voyait préférer aux plus beaux regards du monde par des jeunes femmes snobs et dépravées qu’il faisait rêver de charmes artificiels et d’un raffinement de volupté ; et cependant, derrière le sien, M. de Palancy qui, avec sa grosse tête de carpe aux yeux ronds, se déplaçait lentement au milieu des fêtes en desserrant d’instant en instant ses mandibules comme pour chercher son orientation, avait l’air de transporter seulement avec lui un fragment accidentel, et peut-être purement symbolique, du vitrage de son aquarium, partie destinée à figurer le tout qui rappela à Swann, grand admirateur des Vices et des Vertus de Giotto à Padoue, cet Injuste à côté duquel un rameau feuillu évoque les forêts où se cache son repaire.

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