Même quand il ne doit pas être là, Proust est là !

Même quand il ne doit pas être là, Proust est là !

 

Une fois n’est pas coutume, je me suis dit hier : « Tant pis pour Proust »… Je m’apprêtais en effet à pondre une chronique pour le seul plaisir de faire plaisir tout en disant sincèrement du bien.

Tôt, j’étais allé à la ronde Maison de la Radio à Paris. Je faisais matitunalement une visite d’amitié à d’anciennes consœurs et d’anciens confrères en un lieu où j’ai travaillé tout un septennat.

J’avais ainsi salué Bernard Guetta à France Inter et m’étais rendu à France Musique où le « matinalier », le fin Vincent Josse, recevait Gérard Courchelle pour son livre Les Coulisses de la radio (éditions Chêne/Radio France).

1 Livre Radio

 

Gérard est un ami cher. Nous sommes diplômés du même Centre de Formation des Journalistes (CFJ) où, peu après nos embauches, lui dans le service public, moi à Europe — alors n° 1 (ensuite raccourci en Europe 1), nous avons enseigné la radio à des à peine plus jeunes. Le temps de les serrer tous deux dans mes bras, j’ai filé à la FNAC pour acheter le bouquin, bien décidé à l’encenser dans un coupable acte de copinage — « Tant pis pour Proust ».

 

Cheminant, j’ai cependant pensé qu’avec une invention d’Ader, l’écrivain avait connu, dès 1911, les balbutiements de la radio (voir la chronique Le Théâtrophone). J’ai ouvert le bel album de mon vieux camarade. En voici, fidèlement reproduits, ses premiers mots :

« Louis Merlin, grand homme de radio, raconte dans le premier tome de ses Mémoires, J’en ai vu des choses…, que le jour des obsèques nationales du physicien Édouard Branly, le 30 mars 1940, un orage magnétique d’une intensité exceptionnelle perturba une partie des communications mondiales par téléphone et par TSF, la transmission sans fil. Quel plus bel hommage les éléments pouvaient-ils rendre à l’inventeur d’un radio conducteur indispensable à la réception par TSF ?

« L’anecdote s’enrichit d’un dimension romanesque lorsqu’on sait que la comtesse Greffulhe, née princesse de Caraman-Chimay, s’étant passionnée pour les travaux de Branly dès 1902, invita le Tout-Paris — dont Marcel Proust — à la campagne, pour une expérience de retransmission de la voix par TSF sur trois kilomètres. C’était en 1904. Impressionné, Marcel Proust sera plus tard abonné du Parlophone [en fait, Théâtrophone], procédé qui permettait d’assister de chez soi à des retransmissions théâtrales ou lyriques. Écouter des voix à distance, parlées ou chantantes, toute la radio est déjà là, et nous devons tous une fière chandelle à Édouard Branly. Comment aurait-il pu imaginer que sa limaille de fer attirée par un radioconducteur bouleverserait la vie des hommes du XXe siècle ? »

Sans commentaire autre que « Achetez ce beau livre, déclaration d’amour à un média où l’on écrit avant de parler et qui ouvre, plus qu’aucun autre, les portes de l’imaginaire. »

 

Dans la foulée, j’ai acheté un livre consacré à un autre de mes amis, rencontré aussi au CFJ, Franz-Olivier Giesbert. D’une plume virevoltante, l’auteure, Marion Van Renterghem, grand reporter au Monde, dresse le portrait d’un journaliste sans pareil, sous le titre FOG, Don Juan du pouvoir (Flammarion).

2 Livre FOG

 

Aussi troublant que trouble, celui qui a dirigé successivement Le Nouvel Observateur, Le Figaro et Le Point, s’y révèle comme un condottiere — c’est ainsi que je le vois, mot que n’a pas retenu la talentueuse Marion.

L’ayant lu d’une traite dans le train du retour à Illiers-Combray, je pourrais me contenter d’un sincère « Achetez ce livre ». Seulement voilà, comme le précédent, il introduit Proust sans crier gare :

Page 50 : « Il pourrait aller à la radio, à la télévision, au Monde, mais Le Nouvel Observateur [installé rue d’Aboukir] est son obsession, son vœu de conquête. Il ne parle que de ça. Il s’emploie à séduire les profs les plus prestigieux du CFJ, François Furet, Jacques Ozouf, Jacques Julliard, Gilles Martinet, qui y sont tous des plumes illustres. Il veut aller « dans le journal de ces gens-là », et parce que son ambition ne le trompe pas : l’hebdomadaire de Jean Daniel est alors le centre de gravité de la gauche intellectuelle, un creuset de journalistes influents, un lieu de pouvoir parisien moins sérieux et plus brillant que Le Monde. Contrairement à celui qui hésite entre le côté de chez Swann et le côté de Guermantes, FOG n’a aucun doute : son chemin passe par la rue d’Aboukir. »

Page 109, à propos de la fille d’une figure du régime syrien, veuve d’un milliardaire saoudien et « égérie volcanique et mystérieuse de la vie parisienne » dont il a partagé la vie dans trois mille mètres carrés qu’elle loue dans le XVIe arrondissement : « « les puissants de tous bords et de tous genres ne résistent pas au plaisir de se montrer chez la duchesse de Guermantes, mais il y a un hic : Nahed Ojjeh n’est pas une personne neutre. »

Page 122, sur les échanges littéraires de Jean-Marie Rouart, directeur du Figaro littéraire, et Franz-Olivier Giesbert : « Et vas-y que je te cite Balzac et Tolstoï, et ça ne vaut pas cette admirable phrase de Proust, et un coup de Vermeer par-ci et de Monnet par-là. »

Page 163, on apprend que son plus fidèle ami, Alain Minc « relit tous les soirs quelques pages de À la recherche du temps perdu, lui qui ne perd jamais son temps, et recommence en boucle tous les neuf mois ».

 

Obsédant Proust, détournant — et c’est tant mieux — une chronique « spécial copinage ».

Je n’ai, je crois, rien oublié. Ah si ! j’étais à Paris aussi pour l’assemblée générale annuelle de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray. Quoi de neuf ? Rien. Le monde change et s’agite. Maintenons. Tout va et ira bien.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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