Le lifting de tante Léonie

Le lifting de tante Léonie

 

Un grand chambardement se prépare au musée Marcel Proust d’Illiers-Combray…

Je le sais depuis hier car j’ai reçu ma convocation à l’AG de la Société des Amis de Marcel Proust et des amis de Combray (SAMPAC). Ce sera dans trois semaines à la Sorbonne. Elle était accompagnée d’un document intitulé : « Étude de définition et de programmation scénographique et muséographique pour la Maison de Tante Léonie – Musée Marcel Proust » [MLT-MP] (à vos souhaits !).

Il émane d’un cabinet de conseil spécialisé dans les secteurs du tourisme, de la culture et de l’hôtellerie, nommé In Extenso. Il a été commandé par le Conseil Départemental d’Eure-et-Loir. Riche de cinquante-sept pages, il est signé d’une muséologue-muséographe (à vos souhaits ! bis). En date de juin 2015, il semble que ce soit une suite puisque la page de garde précise : « Rapport 2 : scénarios ».

777 Le lifting...

 

Comme il a été adressé à tous les adhérents de la SAMPAC — au fait, combien sommes-nous ? — et comme je n’ai trouvé aucun avertissement du style « Embargo », « Confidentiel », « Ne pas publier », j’ai plaisir à vous informer des « évolutions possibles » pour la MLT-MP.

En ouverture, les « enjeux » sont présentés :

-« muséographiques : sanctuariser la MTL, tout en améliorant la présentation ; créer les conditions de la visite libre… en gérant la question de la sécurité des œuvres ; refondre l’espace « musée », tout en redéfinissant une orientation pour les contenus ».

– « architecturaux et fonctionnels : recréer au sein de la MLT les fonctions manquantes ; mettre en sécurité et en accessibilité la maison ; repositionner la MLT au sein de l’espace urbain ».

-« organisationels et de fonctionnement : créer et pérenniser les compétences nécessaires ; développer les partenariats avec les acteurs locaux d’une part, supra-territoriaux d’autre part ; développer les fonctions génératrices de ressources : boutique, restauration le cas échéant, événements payants… ».

 

Les évolutions mènent au-delà d’un musée traditionnel rebaptisé « espace d’interprétation », avec (en vrac) salon de lecture, atelier pédagogique, aménagement du jardin, résidences d’auteurs, audioguide, ascenseur et sanitaires…

 

Il ne m’a pas échappé en décortiquant le document que si le Conseil départemental est désormais co-responsable des lieux, la SAMPAC « doit rester principal responsable de l’équipement et en tout état de cause, garante à la fois de la légitimité scientifique du lieu et de son rayonnement ».

 

Parmi les publics cibles, je vous ai reconnu dans les « initiés (Proustiens) : chercheurs, étudiants, amateurs, public international ».

Quant à moi, quelle n’a pas été ma surprise de me voir nommément cité : « Développer des propositions culturelles accessibles et décalées […] par l’organisation d’événements plus grand public (exemple du Narrathon de Patrice Louis)… »

 

Au final, j’ai bien compris qu’il ne s’agit là que de pistes mais autant de raisons de rendre visite à une tante Léonie pimpante et rajeunie — veillez toutefois à ne pas la rendre méconnaissable (je le concède, c’est un peu contradictoire).

 

Pour ajouter mon grain de sel, je rappelle que ce blogue a lancé une pétition internationale à l’écho planétaire : « Nous voulons boire le thé chez tante Léonie » et que si l’on veut faire plaisir tout en gagnant beaucoup d’argent à la boutique, il serait original et judicieux de proposer une réplique de la « clochette » et du « grelot ». Je serai le premier à vouloir m’approprier le « double tintement timide, ovale et doré » de la première et le « bruit ferrugineux, intarissable et glacé », mais aussi plus loin, « rebondissant, ferrugineux, interminable, criard et frais » du second.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Le lifting de tante Léonie”

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  1. Bon. Si je décrypte bien le vocabulaire employé ici (quelques années de pratique professionnelle m’y aident) le « recréer au sein de la MLT les fonctions manquantes  » doivent en fait déboucher sur des toilettes fonctionnelles offertes au public, et qui, c’est vrai, manquent cruellement.

    Evidemment, le cabinet consulté, je l’espère, recommandera le parfum idoine de déodorisant, à savoir l’iris…

    Ca existe en bombe, ça ?

  2. Oh non, pas un vulgaire désodorisant en « bombe »….!

  3. Espérons que cette étudie approfondie débouchera réellement sur des évolutions, non seulement de l’aménagement des locaux, mais aussi des animations, des emplois pérennes …et donc plus de public qui puisse découvrir, aimer Proust !
    et Illiers-Combray

  4. J’essayais surtout de faire sourire, Françoise, avec mon iris en bombe… Mais il est vrai que ce langage-là, que l’on retrouve partout, ce langage technocratique des bureaux d’études et autres collectivités, ce vocabulaire et ces tournures de phrase à la fois conournées et insignifiantes, visant l’efficacité mais aussi éculées que les pires lieux communs, comme :

     » repositionner la MLT au sein de l’espace urbain » ( ce n’est qu’un exemple !)

    excusez-moi, mais ça me fait comme un écoeurement qui monte. Sans doute parce que j’en ai tant mangé (professionnellement parlant), et qu’il semble impossible, désormais, d’y échapper. Soupir.

    Ensuite, il s’agit ici de Proust. On imagine, s’il avait été confronté avec notre modernité technocratique, ce que Proust en aurait fait.

    Reprenons : « repositionner la MTL au sein de l’espace urbain ». Oh, on aperçoit vaguement, très vaguement, hein, à quoi cela peut bien se référer. Pas question en réalité de « repositionner » quoi que ce soit, parce que je n’imagine pas que qui que ce soit puisse avoir l’idée saugrenue de changer la Maison de Tante Léonie de place, pas vrai ? Même au sein de « l’espace urbain » (ça doit être le centre-ville ?)

    En fait, il doit s’agir, si je ne m’abuse, de réfléchir sur le fléchage qui va amener le visiteur à la Maison. Mais évidemment, au lieu de dire les choses simplement, c’est tellement mieux de se « repositionner »…

    Quand on lit, en se bidonnant, les pages de la Recherche se moquant des afféteries du langage diplomatique d’un Norpois, quand on se régale des pastiches que le Narrateur, sournoisement, consacre aux Goncourt en s’autoparodiant lui-même, on ne peut que soupirer devant « l’étude de définition » (rien que le titre, déjà…) : hélas, Proust n’est plus là pour s’en emparer et nous en faire rire avec lui…

  5. Les visiteurs de la future maison de Tante Léonie n’imagineront probablement pas la somme « d’absconsité » (si je puis me permettre ce néologisme) qu’il aura fallu pour la « construire », surtout si le résultat est séduisant.
    Je connais des gens qui disent, devant des situations ubuesques que nous connaissons souvent: « ah si Coluche était encore là »! Y-a-t-il une hiérarchie dans le domaine de l’humour?

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