Le clocher d’Illiers-Combray à Paris

Le clocher d’Illiers-Combray à Paris

 

Je ne suis pas seul à voir partout des traces proustiennes…

Commentateur laconique de ce blogue — il est spécialiste des « yep » approbateurs —, Youille a pris cette photo de l’église Notre-Dame des Blancs-Manteaux, dans le IVe arr. de Paris et me l’a adressée.

(Photo OL)

(Photo OL)

 

Motif : familier d’Illiers-Combray, ça lui a fait penser à Saint-Jacques (Saint-Hilaire dans la Recherche). Bien vu à en juger par ce cliché :

02 Saint-Jacques, Illiers-Combray

 

L’église du Marais de la capitale est un sanctuaire dédié à la Vierge depuis 1258, année de l’installation des « Serfs de Marie », au manteau blanc. Voulant honorer le  mystère de l’Annonciation, ces religieux venus de Marseille portent le même vêtement sur leur habit. Ils construisent leur église rue de la Petite-Parcheminerie. Le monastère est donné aux Guillemites en 1298. Les Serfs de Marie au Manteau Blanc disparaissent mais le peuple de Paris leur attribuent le nom de la rue même si les successeurs, appelés les « mal nommés » par les Parisiens portent l’habit noir des Bénédictins.

 

D’une référence à l’autre, moi, je me suis souvenu d’une diatribe antisémite de Charlus dans Sodome et Gomorrhe :

*[Charlus au Héros :] « Où votre ami [Bloch] demeure-t-il à Paris ? Comme les trois quarts des rues tirent leur nom d’une église ou d’une abbaye, il y a chance pour que le sacrilège continue. On ne peut pas empêcher des Juifs de demeurer boulevard de la Madeleine, faubourg Saint-Honoré ou place Saint-Augustin. Tant qu’ils ne raffinent pas par perfidie, en élisant domicile place du Parvis-Notre-Dame, quai de l’Archevêché, rue Chanoinesse, ou rue de l’Ave-Maria, il faut leur tenir compte des difficultés. » Nous ne pûmes renseigner M. de Charlus, l’adresse actuelle de Bloch nous étant inconnue. Mais je savais que les bureaux de son père étaient rue des Blancs-Manteaux. « Oh ! quel comble de perversité, s’écria M. de Charlus, en paraissant trouver, dans son propre cri d’ironique indignation, une satisfaction profonde. Rue des Blancs-Manteaux, répéta-t-il en pressurant chaque syllabe et en riant. Quel sacrilège ! Pensez que ces Blancs-Manteaux pollués par M. Bloch étaient ceux des frères mendiants, dits serfs de la Sainte-Vierge, que saint Louis établit là. Et la rue a toujours été à des ordres religieux. La profanation est d’autant plus diabolique qu’à deux pas de la rue des Blancs-Manteaux, il y a une rue, dont le nom m’échappe, et qui est tout entière concédée aux Juifs ; il y a des caractères hébreux sur les boutiques, des fabriques de pains azymes, des boucheries juives, c’est tout à fait la Judengasse de Paris. C’est là que M. Bloch aurait dû demeurer. Naturellement, reprit-il sur un ton assez emphatique et fier et pour tenir des propos esthétiques, donnant, par une réponse que lui adressait malgré lui son hérédité, un air de vieux mousquetaire Louis XIII à son visage redressé en arrière, je ne m’occupe de tout cela qu’au point de vue de l’art. La politique n’est pas de mon ressort et je ne peux pas condamner en bloc, puisque Bloch il y a, une nation qui compte Spinoza parmi ses enfants illustres. Et j’admire trop Rembrandt pour ne pas savoir la beauté qu’on peut tirer de la fréquentation de la synagogue. Mais enfin un ghetto est d’autant plus beau qu’il est plus homogène et plus complet. Soyez sûr, du reste, tant l’instinct pratique et la cupidité se mêlent chez ce peuple au sadisme, que la proximité de la rue hébraïque dont je vous parle, la commodité d’avoir sous la main les boucheries d’Israël a fait choisir à votre ami la rue des Blancs-Manteaux. Comme c’est curieux ! C’est, du reste, par là que demeurait un étrange Juif qui avait fait bouillir des hosties, après quoi je pense qu’on le fit bouillir lui-même, ce qui est plus étrange encore puisque cela a l’air de signifier que le corps d’un Juif peut valoir autant que le corps du Bon Dieu. Peut-être pourrait-on arranger quelque chose avec votre ami pour qu’il nous mène voir l’église des Blancs-Manteaux. Pensez que c’est là qu’on déposa le corps de Louis d’Orléans après son assassinat par Jean sans Peur, lequel malheureusement ne nous a pas délivrés des Orléans. Je suis, d’ailleurs, personnellement très bien avec mon cousin le duc de Chartres, mais enfin c’est une race d’usurpateurs, qui a fait assassiner Louis XVI, dépouiller Charles X et Henri V. Ils ont, du reste, de qui tenir, ayant pour ancêtres Monsieur, qu’on appelait sans doute ainsi parce que c’était la plus étonnante des vieilles dames, et le Régent et le reste. Quelle famille ! »

 

La « Judengasse de Paris » dont parle le baron est la rue des Rosiers, parallèle avec celle des Blancs-Manteaux dont elle est séparée par la rue Vieille-du-Temple.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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