De la biscotte de Proust aux yeux de Cléopâtre

De la biscotte de Proust aux yeux de Cléopâtre

 

L’information réchauffée des premières versions de la madeleine chez Proust pour doper les ventes d’un livre (voir la chronique d’hier) m’a donné des idées.

En fait, j’y ai été aidé par Mathieu Lindon. Dans Libération de mercredi, il écrit que « ça n’a pas la moindre importance, ça relève plus du fétichisme du lecteur que de l’histoire littéraire », avant d’enchaîner : « Et si Lolita était une bicyclette ? Vladimir Nabokov avait eu une façon bien à lui de se moquer de ce genre de fétichisme, à ses yeux grotesque. Le succès de Lolita (1955) ayant mis, sinon la pédophilie, du moins « les nymphettes » au goût du jour, on raconte que l’écrivain russe prétendit que Lolita en elle-même ne comptait pour rien dans le roman, qu’elle n’était que l’objet de la passion de Humbert Humbert et que, à défaut de gamines, lui-même aurait tout aussi bien pu écrire son roman à propos de bicyclettes. On peut penser que le succès de Lolita aurait été moindre. Pour Nabokov, il semble que le fétichisme à l’égard du texte soit plus l’affaire de l’auteur (qui ne veut pas qu’on change un mot à ce qu’il a écrit), que du lecteur, qui n’est après tout qu’un être manipulé. »

 

Du coup, j’ai rouvert mon premier livre, Du bruit dans Landerneau, Dictionnaire des noms propres du parler commun, consacré à des expressions françaises. J’en ai extrait les titres suivant de la table des matières :

Le talon d’Achille, la lampe d’Aladin, la flèche de Cupidon, l’épée de Damoclès, le tonneau de Diogène, le divan de Freud, la politique de Gribouille, les éléphants d’Hannibal, le serment d’Hippocrate, le violon d’Ingres, le baiser de Judas, pleurer comme une madeleine, l’arche de Noé, la toile de Pénélope, une voix de Stentor, le J’accuse de Zola…

Jouons un peu. Si ç’avait été :

Le colon d’Achille, la bougie d’Aladin, le cœur de Cupidon, le coutelas de Damoclès, le palais de Diogène, le coussin de Freud, la piscine de Gribouille, les mulets d’Hannibal, le stéthoscope d’Hippocrate, le pinceau d’Ingres, le bisou de Judas, pleurer comme Margot, le voilier de Noé, le tricot de Pénélope, ce gueulard de Stentor, la Lettre au Président de la République de Zola…

 

… et si Chimène et Cléopâtre avaient échangé leurs yeux et leur nez, toute la face de la terre aurait-elle changé ? La question est balèze, cher Blaise !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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