À un ancien patron de la CGT

À un ancien patron de la CGT

 

Je sais depuis des semaines qu’une personnalité vit depuis cet été à Illiers-Combray, mais comme c’était une confidence, je l’ai gardé pour moi.

La commune abrite deux maisons de retraite dont l’une m’est bien connue car j’y vais lire du Proust régulièrement à ses pensionnaires : nommée Les Gloriettes, c’est un établissement de la SNCF et c’est l’ancien cheminot qui y a été admis. Je veux parler de Georges Séguy.

Vous allez me dire : « Mais quel rapport avec À la recherche du temps perdu ? »  J’y viens. Je ne me lasse pas de signaler ici que la CGT est présente dans l’œuvre (voir les chroniques Le chantre du prolétariat et Les 1er-Mai se suivent…).

M. Séguy, ancien typographe, résistant, déporté, a été embauché à la SNCF après la guerre avant de devenir le syndicaliste de choc, secrétaire général de sa Confédération de 1967 à 1982 — défendant les travailleurs face à de Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand.

 

Au cas où il l’aurait ignoré, je lui ai fait parvenir l’extrait du Temps retrouvé où Marcel Proust évoque la CGT :

* L’idée d’un art populaire comme d’un art patriotique, si même elle n’avait pas été dangereuse, me semblait ridicule. S’il s’agissait de le rendre accessible au peuple, on sacrifiait les raffinements de la forme « bons pour des oisifs » ; or, j’avais assez fréquenté de gens du monde pour savoir que ce sont eux les véritables illettrés et non les ouvriers électriciens. À cet égard, un art populaire par la forme eût été destiné plutôt aux membres du Jockey qu’à ceux de la Confédération générale du Travail ; quant aux sujets, les romans populaires enivrent autant les gens du peuple que les enfants ces livres qui sont écrits pour eux. On cherche à se dépayser en lisant et les ouvriers sont aussi curieux des princes, que les princes des ouvriers.

 

Je n’en fais état aujourd’hui que parce que l’édition dominicale du journal local publie une interview de Georges Séguy.

797 Georges Séguy, L'Echo

 

« J’avais beaucoup entendu parler des Gloriettes mais je ne l’avais jamais visité, confie l’ex n° 1 de la CGT. Il fallait que je répare cette insuffisance ! J’y suis très bien. J’y retrouve mes années de jeunesse. »

Georges Séguy a 88 ans. Bonne retraite, Monsieur.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. « …j’y vais lire du Proust régulièrement à ses pensionnaires. »

    Oh, joy of joys! To be so fortunate, like the young Narrator, to have someone read great literature aloud.

    Patrice, you also remind me of the Grandmother…who gave her grandson the
    « …four pastoral novels of George Sand. ‘My dear,’ she had said to Mamma, ‘I could not bring myself to give the child anything that was not well written.' » MP

    Oscar Wilde comes to mind—your pensionnaires will be easy to satisfy, as you are giving them the best.

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