Vendredi à Paris avec Proust et Twitter

Vendredi à Paris avec Proust et Twitter

 

Ce n’était pas prémédité, mais j’ai passé ma journée d’hier avec des Parisiens qui me suivent sur Twitter (où mes chroniques sont postées sans que je l’aie demandé — et je ne m’en plains pas)…

J’ai fait cinq rencontres toutes dans les Ve et VIe arrondissements — on ne se refait pas.

Officiellement, je suis allé à Paris pour récupérer, rue Saint-Jacques, les clés de ma maison de Gordes. Le chœur des visiteurs d’entonner : « On s’en fiche un peu »…

1 clés

 

… et pour examiner chez un antiquaire de Saint-Germain-des-Prés un siège africain qui viendrait du Bénin du temps où il était le Dahomey et dont je suis un expert consulté (là, vous faites moins les malins).

2 Tabouret

 

J’en ai donc profité pour voir deux dames que le fou de Proust ne laisse pas indifférent — l’amoureux d’À la recherche du temps perdu, pas l’homme.

 

J’ai pris le petit-déjeuner près de la gare Montparnasse avec Céline S.

3 Céline S

 

L’adorable proustienne a un parcours atypique, s’il en est : après ses études, elle n’a pas suivi les rails tracés et est devenue pendant plusieurs années une plume servile pour quelques politiques, entendez qu’elle a exercé les fonctions de « nègre ». Et puis, elle s’est aiguillée vers un monde d’ingénieurs et aujourd’hui elle est aux manettes d’un site ferroviaire parisien qui accueille sept cent mille visiteurs par jour. Proust là-dedans ? La chère Céline peut toujours relire les nombreuses pages de Proust sur le monde des chemins de fer, mais elle m’a confié, en confidence (gardez-le pour vous) que ses enfants se prénomment Oriane et Charles et que sa maison de campagne a été baptisée « Les Aubépines ».

 

Je suis ensuite allé surprendre Sibylle P. en sa librairie de la rue Henri-Barbusse, Le Feu Follet :

4 Le Feu Follet

 

Le lieu est à faire pâlir d’envie tout passionné des livres originaux aux belles reliures. Sibylle m’a ouvert une bibliothèque où trône une collection complète de la Recherche, édition originale avec un envoi de l’auteur « à Madame la Baronne de Pierrebourg :

5 La Recherche

6 Sibylle P

Prix catalogue : 70 000 €.

 

Ces rencontres m’ont mis en appétit et faisant une infidélité à la Rive Gauche, j’ai donné rendez-vous à Jérôme G., vieux camarade de mes années TSF (et Twitteur fou) rue Montmartre ! Est-ce parce qu’il a été douze ans correspondant aux Etats-Unis (j’ai un savoureux souvenir d’un dîner chez Gallagher’s à New York) ? Mais je l’ai convié à manger un burger. Pas n’importe lequel.

Nous nous sommes retrouvés au « King Marcel » dont je savais qu’il promettait une spécialité nommé Proust.

7 King Marcel

 

Il y avait bien des burgers Marcel Cerdan ou Marcel Pagnol, mais de Proust point. Le restaurant l’a rayé de sa carte. Il paraît que le bœuf au saint-marcellin n’a pas, comme on dit, trouvé son public ! Adresse à rayer des tablettes, donc.

Jérôme et moi avons tourné les talons et nous avons bien fait car nous avons fait bombance dans un nouvel établissement ouvert place de la Bourse dans l’enceinte du Palais Brongniart, à l’ombre des colonnes de l’ancien temple de l’argent.

8 Palais Brongniart

 

Nous aurions pu nous souvenir de l’échange Mme de Villeparisis/M. de Norpois à table à Venise, dans Le Temps retrouvé :

*— Avez-vous donné l’ordre de bourse pour mes Suez ?

— Non, l’attention de la Bourse est retenue en ce moment par les valeurs de pétrole. Mais il n’y a pas lieu de se presser étant donné les excellentes dispositions du marché. Voilà le menu. Il y a comme entrée des rougets. Voulez-vous que nous en prenions ?

— Moi, oui, mais vous, cela vous est défendu. Demandez à la place du risotto. Mais ils ne savent pas le faire.

— Cela ne fait rien. Garçon, apportez-nous d’abord des rougets pour Madame et un risotto pour moi.

 

Non, nous n’y avons pas pensé. Lui a pris un turbot à la nage et moi un filet de bœuf !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

3 comments to “Vendredi à Paris avec Proust et Twitter”

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  1. Patrice, what a marvelous day-diary! So pleased that you met Sibylle at Le Feu Follet. Is she not the most charming and helpful person? I am looking forward to hearing your reaction, when you saw all the volumes of la Recherche.

  2. J’espère te voir un jour au café de la mairie, place St Sulpice, nouveau lieu proustien, on pourrait y décerner le prix du plus fou des proustiens, et vu le nom de ton blog, tu gagnerais la palme (on avait bien pensé en Amérique à faire le prix du plus chauvin récompensé par un vin chaud, je propose de créer le prix du plus proust récompensé par un MARCEL!

  3. un détail: je viens de lire que mon message attend la « moderation », c’est de toi que l’on cause? un fou de proust?

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