Le savon de Madeleine

Le savon de Madeleine

 

Mes mains blanches et potelées vont sentir le savon comme jamais…

Cette entrée en matière est une variation d’extrait de Du côté de chez Swann :

*J’étais sûr que Gilberte viendrait aux Champs-Élysées et j’éprouvais une allégresse qui me paraissait seulement la vague anticipation d’un grand bonheur quand — entrant dès le matin au salon pour embrasser maman déjà toute prête, la tour de ses cheveux noirs entièrement construite, et ses belles mains blanches et potelées sentant encore le savon — j’avais appris, en voyant une colonne de poussière se tenir debout toute seule au-dessus du piano, et en entendant un orgue de Barbarie jouer sous la fenêtre En revenant de la revue, que l’hiver recevait jusqu’au soir la visite inopinée et radieuse d’une journée de printemps. I

 

Elle est justifiée par l’achat somptuaire que je viens de faire et que je ne regrette pas. J’ai passé commande à l’Atelier Catherine Masson d’un assortiment de six savons en forme de madeleine agrémentés d’une bougie, d’une soucoupe et d’une tasse à l’effigie de Marcel Proust. Le tout vient de m’être livré enveloppé dans du papier de soie et une boîte qui conservera quelques colifichets proustiens dispersés chez moi.

735 Catherine Masson

 

La tasse et la soucoupe vont me servir pour le thé que je bois en rédigeant ces chroniques. La bougie m’éclairera quand je suis en panne d’inspiration. Mais que vais-je faire des savons, non de Marseille mais de Madeleine ? Si je me lave avec, j’aurais l’impression de dilapider mes économies qui n’ont, elles, rien de potelé. A 74, 90 € le colis, livraison comprise, je les ai écornées pour un temps.

Si je les laisse dans un coin, je gaspillerai. Si je les offre, mon présent ne risque-t-il pas d’être mal interprété ?

Allez, je prends le risque. Je garde un savon-madeleine pour mes mains (en fait pas si potelées que ça) et je remets les autres aux premiers amis proustiens que je rencontre, avec un sachet de madeleines (le gâteau) de tante Léonie.

 

D’ici là, notez les coordonnées de l’atelier de Catherine Masson, blonde mosellane passionnée de parfums et d’une famille d’artisans pâtissiers. La création de sa collection aux références gourmandes et proustiennes trouve là son origine (http://www.ateliercatherinemasson.com/).

 

Pour en revenir au savon dans la Recherche, les autres occurrences portent sur des bulles, du savon plein le menton (le capitaine de Borodino chez le barbier) et des savons passés (par Aimé sur un groom, Morel sur la nièce de Jupien et le chef de la Sûreté sur le Héros). Ah, une engueulade à bulles, c’est du propre !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Has one comment to “Le savon de Madeleine”

You can leave a reply or Trackback this post.
  1. L’action banale de se savonner les mains, fussent-elles ni blanches ni potelées, avec ces savons (mouillés avec de l’eau plutôt qu’avec du thé), aurait elle la vertu de ramener à la conscience les maisons de tante Léonie enfouies dans notre mémoire inconsciente?

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et