Iconoclaste question

Iconoclaste question

 

J’adore les interrogations inattendues… Un peu connaisseur de Proust — sa vie, son œuvre —, je suis resté totalement déconcerté devant mon ami Koffi, médecin, togolais et proustien quand il m’a demandé : « Mais pourquoi l’écrivain vivait-il à l’envers ? »

Eh oui ! Pourquoi sortait-il quand le commun des mortels allait se coucher ? Pourquoi dormait-il quand les autres s’activaient ?

C’est le genre d’informations que l’on livre telles des évidences sans qu’il soit nécessaire de les expliquer.

Or, comme ça, spontanément, je n’ai pas souvenir avoir lu sous la plume des proustiens patentés de renseignement sur cette originalité.

Qui viendra nous éclairer ? Ce blogue est ouvert à toute contribution dont l’absence risque de gâcher mes nuits.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Iconoclaste question”

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  1. On peut cependant, cher Patrice, tirer de la Recherche la suggestion suivante, à savoir que le renversement des pratiques habituelles (vivre le jour, dormir la nuit) provient chez Marcel Proust de ses problèmes d’ asthme et d’insomnie…

    Voici l’extrait :

    « J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. Je frottais une allumette pour regarder ma montre. Bientôt minuit. C’est l’instant où le malade, qui a été obligé de partir en voyage et a dû coucher dans un hôtel inconnu, réveillé par une crise, se réjouit en apercevant sous la porte une raie de jour. Quel bonheur c’est déjà le matin!
    Dans un moment les domestiques seront levés, il pourra sonner, on viendra lui porter secours.
    L’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir. Justement il a cru entendre des pas; les pas se rapprochent, puis s’éloignent. Et la raie de jour qui était sous sa porte a disparu. C’est minuit; on vient d’éteindre le gaz; le dernier domestique est parti et il faudra rester toute la nuit à souffrir sans remède. »

    Ce que ce passage comprend de « vécu » ! Et puis cette si jolie métaphore : les oreillers blancs et gonflés qui sont comme « les joues de notre enfance » : un enchantement.

    Alors, bien sur, quand on ne dort pas de la nuit, on ne peut pas vivre le jour, pas vrai ?

    Marcel Proust (je l’ai écrit dans mon petit livre « la Recherche Racontée… « ) était le Prince de l’Insomnie. Et pour y être parfois adonnée moi aussi, je retrouve dans les descriptions de la recherche le reflet exact de l’angoisse que l’insomnie procure. Sans doute encore plus quand, contrairement au Narrateur, on n’a pas la ressource de dormir le jour et que, fatigue ou pas, on doit regagner son poste de travail…

    • J’entends bien, Chère Clopine, et je n’ignore pas ces extraits.
      Mais l’insomnie saisit aussi bien le jour que la nuit et l’on peut renverser votre proposition : « quand on ne dort pas de tout le jour, on ne peut pas vivre la nuit ».

  2. Mais les parois de liège qu’il fera installer dans sa chambre, n’était-ce pas justement pour lui permettre de dormir le jour ?

  3. Bon, alors en voici un autre, Patrice.

    Je ne sais pas comment vous avez écrit vos (si savoureux, j’en profite pour le souligner au passages à vos visiteurs) livres. Quand je dis « comment », je veux dire « de quelle manière, dans quelles circonstances ». Peut-être tôt le matin, pendant l’ébrouement des oiseaux au dehors, accoudé à la table de la cuisine et le café fumant derrière vous…

    Mais je crois cependant assez courant, chez les écrivains, de travailler la nuit. Aux petites heures surtout, quand les « tapages » éventuels auxquels vous faites allusion ont disparu. Il y a dans la nuit, surtout si des êtres chers sont en train de dormir, comme un silence « spatial » qui entoure la table, le bureau, un peu comme l’eau, la nuit, entoure une île. Ce sont de bons moments pour écrire, pour à la fois se détacher de soi-même et en même temps y être au plus près.

    Enfin, moi, mes petites tentatives littéraires se sont souvent passées comme cela.

    Alors, pour un génie comme Marcel Proust, qui faisait passer son oeuvre avant sa vie, quoi de plus naturel que de vivre (et pour lui, vivre c’était écrire) la nuit ? Et de réserver la trivialité du sommeil à la journée – en la sublimant ainsi de rêves ?

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