Démasqué !

Démasqué !

 

Si vous deviez être un personnage de la Recherche, quelle identité souhaiteriez vous endosser ?

Je ne m’étais, moi, jamais posé la question, mais Marcelita Swann vient de répondre à ma place.

Après notre divin dîner dans le Midi, où nous nous découvrîmes « en vrai », elle m’a envoyé la version anglaise d’un extrait de Du côté de chez Swann :

*« … blue eyes… an almost exaggerated refinement of courtesy, a talker such as we had never heard, he was in the sight of my family, who never ceased to quote him as an example, the very pattern of a gentleman, who took life in the noblest and most delicate manner. »

[… regard bleu… d’une [presqu’exagérée] politesse raffinée, causeur comme nous n’en avions jamais entendu, il était aux yeux de ma famille qui le citait toujours en exemple, le type de l’homme d’élite, prenant la vie de la façon la plus noble et la plus délicate.]

 

Avec cet air là, genou en terre pour saluer Marcelita ?

762 Démasqué ! baise-main

 

De qui s’agit-il ? De Legrandin. Avec ces mots censés, je présume, me représenter aussi, je me suis senti flatté, même si je n’aurais pas pensé à lui pour m’incarner.

 

Je suis allé voir l’extrait complet et je dois dire que cela me ressemble : « ingénieur », non ; « écrivain », oui ; « grand, avec une belle tournure, un visage pensif et fin aux longues moustaches blondes », plutôt ; « Ma grand’mère lui reprochait seulement de parler un peu trop bien, un peu trop comme un livre, de ne pas avoir dans son langage le naturel qu’il y avait dans ses cravates lavallière toujours flottantes, dans son veston droit presque d’écolier », à vous de confirmer ou non…

 

Ce que je ne suis pas, c’est « snob » dont Legrandin est un véritable prototype. Ce n’est pas moi qui me ferai appeler Louis des Grangiers de Gordes quand lui passe de son nom de roturier à Legrandin de Méséglise puis, « par un avancement rapide », à comte de Méséglise.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : (Avertissement, si les renvois à ma réelle existence vous agacent, n’allez pas plus loin).

Marcelita est un être d’intuition d’exception. Je m’explique : notre rencontre est la raison pour laquelle j’ai traversé la France en voiture, mais j’en ai profité pour aller voir un lieu qui a compté (o combien) dans ma vie, une propriété familiale, les Grangiers, à Gordes, que je partage avec mes frères et sœurs.

Je n’y avais pas mis les pieds depuis des lustres ayant choisi de m’en éloigner. J’aurais dû m’abstenir car j’y ai vécu une scène pénible qui m’a conduit à faire demi-tour. Du coup, moi qui me faisais une joie d’y mener Marcelita et ses proches car l’endroit est exceptionnel, j’ai dû y renoncer.

Au cours du dîner, dans un anglais embarrassé, j’ai essayé de l’expliquer, mal, à Marcelita. Clairvoyante, comme si elle avait un pressentiment, elle m’a interrompu en me disant qu’il me fallait en profiter pour « tourner la page », « refermer ce livre ». C’est exactement ce que m’avait dit mon épouse quand je lui rapportais la scène maudite.

 

Mieux, elle a discrètement abordé le sujet dans deux mels suivants :

*Proust: « Last night I wrote « The End. »‘ And then he added smiling, and with that light in his eyes: ‘Now I can die' ». (Albaret, 28)

Endings and beginnings… Gordes and memories of Ménerbes.

[Proust : « La nuit dernière, j’ai écrit « Fin ». Et alors, il ajouta en souriant, une leur dans les yeux : « Maintenant je peux mourir ». (Albaret, page 28)

Fins et commencements… Gordes et souvenirs de Ménerbes.]

 

*Your visit to Gordes is now in the past…and soon will fade into oblivion.

Proust is so healing. It just takes time.

[Votre visite à Gordes appartient maintenant au passé. et s’effacera bientôt dans l’oubli. Proust guérit si bien. Ça prend juste un peu de temps.]

 

Merci, Chère Marcelita, la cicatrisation est en cours.

 

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Blushing…from your touching words.

    I am so grateful to Marcel; he led me to you, Patrice.
    There are only a few souls who I can share my affection for Proust…who will understand my asides…and who will laugh with me.

    « When the Princess, who had undertaken to find a husband for Mlle d’Oloron, asked M. de Charlus whether he knew anything about an amiable and cultivated man called Legrandin de Méséglise… » MP

    Patrice, yes, Louis des Grangiers de Gordes.
    Or maybe….Louis de Combray? Isn’t that where your heart lives?

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