Bourges, l’Auvergne, et puis…

Bourges, l’Auvergne, et puis…

 

Je tenais absolument à passer par Bourges sur ma route vers le Midi (voir la chronique de ce matin)… J’ai toujours nourri une passion pour sa cathédrale. D’ailleurs, avant de faire le choix de venir vivre à Illiers-Combray, j’avais envisagé de m’installer à Bourges. Je ne regrette pas d’avoir préféré Proust à Dieu ( !).

752 Bourges

Comme pour m’en récompenser, l’écrivain a, par deux fois, salué la cathédrale de la capitale historique du Berry dans À la recherche du temps perdu.

*Certains noms de villes, Vézelay ou Chartres, Bourges ou Beauvais servent à désigner, par abréviation, leur église principale. Cette acception partielle où nous le prenons si souvent, finit — s’il s’agit de lieux que nous ne connaissons pas encore, — par sculpter le nom tout entier qui dès lors quand nous voudrons y faire entrer l’idée de la ville — de la ville que nous n’avons jamais vue, — lui imposera — comme un moule, — les mêmes ciselures, et du même style, en fera une sorte de grande cathédrale. II

*[La duchesse de Guermantes à Gilberte :] un jour à un pèlerinage, vous rappelez-vous, mon petit, dit-elle à son mari, à ce pèlerinage à Paray-le-Monial, mon beau-frère Charlus, qui aime assez causer avec les paysans, disait à l’un, à l’autre : « D’où es-tu, toi ? » et comme il est très généreux, il leur donnait quelque chose, les emmenait boire. Car personne n’est à la fois plus simple et plus haut que Mémé. Vous le verrez ne pas vouloir saluer une duchesse qu’il ne trouve pas assez duchesse et combler un valet de chiens. Alors, je dis à Basin : « Voyons, Basin, parlez-leur un peu aussi.» Mon mari qui n’est pas toujours très inventif… — Merci, Oriane, dit le duc sans s’interrompre de la lecture de mon article où il était plongé — … avisa un paysan et lui répéta textuellement la question de son frère : « Et toi, d’où es-tu ? — Je suis des Laumes. — Tu es des Laumes ? Hé bien, je suis ton prince. » Alors le paysan regarda la figure toute glabre de Basin et lui répondit : « Pas vrai. Vous, vous êtes un english. » On voyait ainsi dans ces petits récits de la duchesse ces grands titres éminents, comme celui de prince des Laumes, surgir à leur place vraie, dans leur état ancien et leur couleur locale, comme dans certains livres d’heures on reconnaît, au milieu de la foule de l’époque, la flèche de Bourges. VI

 

Après Bourges, la descente vers la Provence m’offre des paysages que j’ignorais et dont la beauté me bouleverse, l’Auvergne ­­— « En Auvergne ? pour vous faire manger par les puces et la vermine, grand bien vous fasse ! », s’horrifie Mme Verdurin — et les monts d’Ardèche. Ayant pris des chemins de traverse, je fais escale à Aubenas dans l’agréable Hôtel La Pinède où je déguste une soupe paysanne que Françoise aurait pu composer — même si aucune n’est attribuée au Michel-Ange des cuisines.

752 Soupe paysanne

 

Il ne me reste plus qu’a aller « me coucher sitôt ma soupe prise »… Je dois être frais et dispos car demain je suis l’hôte à dîner de Marcelita Swann en sa résidence luberonienne.

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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  1. Patrice, finally, like the Narrator’s plans to see Venice, our time has finally arrived! We will not be disappointed, however, as we have the lavender, cheese, and wine of Ménerbes and Gordes.
    Entertaining in a stranger’s home, so Norpois will not be as complementary. Still, the joy of introducing you to André Vincens will be my dessert. 😉

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