Autocritique du proustiste

Autocritique du proustiste

 

J’ai eu tort… J’aurais dû faire amende honorable plus tôt mais les remords ne préviennent pas de leur venue.

 

En juin, j’ai consacré une chronique à une association de majorettes qui venait de se constituer à Illiers-Combray. Sous le titre «  Proust et les majorettes », j’ai cru malin d’ironiser sur ces gamines pas encore en fleurs qui allaient parader dans la cité proustienne. J’ai inclus le maire dans ma raillerie parce qu’il logeait dans ses locaux celles qui se font appeler « Les Sirènes d’Illiers », en en faisant un élément de son ambitieuse politique touristique.

 

J’avais triplement tort :

1) parce que chacun est libre d’occuper ses loisirs comme il l’entend. Les majorettes considèrent peut-être ma passion pour Proust comme inepte et elles en auraient bien le droit ;

2) parce que j’aurais dû savoir que l’hébergement en mairie des associations communales est une tradition, pas un choix de l’édile ;

3) parce que c’est injuste — pour le plaisir d’un mot — d’attribuer au maire une stratégie cocasse. Le connaissant, il ne peut être soupçonné de ne pas vouloir ce qu’il y a de mieux pour Illiers-Combray.

 

Voilà pourquoi, sans hésitation ni réticence, je présente mes excuses. Elles sont sincères, pas du genre de celles de Bloch, dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs, devant le Héros :

*Quand Bloch me parla de la crise de snobisme que je devais traverser et me demanda de lui avouer que j’étais snob, j’aurais pu lui répondre : « Si je l’étais, je ne te fréquenterais pas. » Je lui dis seulement qu’il était peu aimable. Alors il voulut s’excuser mais selon le mode qui est justement celui de l’homme mal élevé, lequel est trop heureux en revenant sur ses paroles de trouver une occasion de les aggraver. « Pardonne-moi, me disait-il maintenant chaque fois qu’il me rencontrait, je t’ai chagriné, torturé, j’ai été méchant à plaisir. Et pourtant — l’homme en général et ton ami en particulier est un si singulier animal — tu ne peux imaginer, moi qui te taquine si cruellement, la tendresse que j’ai pour toi. Elle va souvent quand je pense à toi, jusqu’aux larmes Et il fit entendre un sanglot.

 

J’ai de l’estime, de l’amitié même, pour le maire d’Illiers-Combray. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il fait ; il n’acquiesce pas à tout ce que j’écris. Cela crée une relation forte. Je continuerai donc à exercer ma liberté de ton, mais je veillerai à ne blesser personne — fou, peut-être, mais pas méchant.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

Comments are closed.

Articles populaires

Abonnez-vous

Un flux RSS proustien pour recevoir tous les articles du Fou de Proust
Et également sur et