Absconse époque

Absconse époque

 

À la recherche du Temps perdu n’est pas intemporelle…

Même si elle décrit des sentiments de tous les temps, l’œuvre est bien inscrite dans son époque et des références peuvent paraître obscures.

 

Dans un souci pédagogique qui l’honore, ce blogue a décidé d’apporter des éclaircissements (quand il les trouve) et d’en appeler à ses hôtes quand il est « sans lumières » sur le « sujet » — pour reprendre une formule de la princesse de Laumes, notre chère Oriane.

 

I

*Cottard qui avait besoin de s’éloigner un instant fit à mi-voix une plaisanterie qu’il avait apprise depuis peu et qu’il renouvelait chaque fois qu’il avait à aller au même endroit : « Il faut que j’aille entretenir un instant le duc d’Aumale », de sorte que la quinte de M. Verdurin recommença. I

 

C’est limpide : le docteur veut faire pipi et, pour ce faire, s’isoler dans des toilettes. Mais que signifie cette référence à Henri d’Orléans, prince du sang de la maison d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe, héritier du prince de Condé ? Non content d’être un jeune et vaillant militaire, un élu politique, deux fois exilé, il est l’un des premiers bibliophiles et collectionneurs d’art ancien de son époque et membre de l’Institut à 49 ans.

Or, l’institution — siège des cinq académies — n’est alors que fort modestement pourvu en commodités. À l’Académie française, seul le bureau du duc d’Aumale, Immortel de 1871 à 1897, est pourvu de toilettes. Il y aurait donc une habitude parmi les hommes en habit vert de s’y rendre pour se soulager tranquilles.

Selon le site pointscommuns.com, qui propose cette explication, « aller chez le duc » est encore parfois utilisé aujourd’hui pour annoncer discrètement que l’on s’absente un moment pour vider sa vessie.

Par ailleurs, dans la Recherche, le duc d’Aumale est un ami de la princesse Mathilde et du duc et de la duchesse de Guermantes.

 

II

*— Chiennes, leur dit Bloch, je vous présente le cavalier Saint-Loup, aux javelots rapides qui est venu pour quelques jours de Doncières aux demeures de pierre polie, féconde en chevaux. » Comme il était aussi vulgaire que lettré, le discours se terminait d’habitude par quelque plaisanterie moins homérique : « Voyons, fermez un peu vos peplos aux belles agrafes, qu’est-ce que c’est que ce chichi-là ? Après tout c’est pas mon père ! » Et les demoiselles Bloch s’écroulaient dans une tempête de rires. Je dis à leur frère combien de joies il m’avait données en me recommandant la lecture de Bergotte dont j’avais adoré les livres. II

*— Il y a des Guermantes qui restent rue de la Chaise, disait le valet de chambre, j’avais un ami qui y avait travaillé ; il était second cocher chez eux. Et je connais quelqu’un, pas mon copain alors, mais son beau-frère, qui avait fait son temps au régiment avec un piqueur du baron de Guermantes. « Et après tout allez-y donc, c’est pas mon père ! » ajoutait le valet de chambre qui avait l’habitude, comme il fredonnait les refrains de l’année, de parsemer ses discours des plaisanteries nouvelles. III

 

Qu’est-ce que cette rengaine, « c’est pas mon père » empruntée par Bloch et par un domestique dans deux tomes différents ?

La formule complète, « Et allez donc, c’est pas mon père ! », est un tic verbal employé par un personnage de La Dame de Chez Maxim, vaudeville (1899) de Georges Feydeau. La Môme Crevette, danseuse au Moulin-Rouge prise pour l’épouse du docteur Petypon, la répète sans cesse et les dames de province croyant que c’est du dernier chic à Paris la reprennent par snobisme.

 

À suivre (peut-être)…

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Absconse époque”

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  1. Pourquoi :  » peut – être « ?

    • Parce que je n’ai pas, pour l’instant, d’autres éléments du même tonneau, mais si vous voulez m’en souffler…

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