Reynaldo Hahn à côté de la plaque

Reynaldo Hahn à côté de la plaque

 

Bizarre autant qu’étrange… Je viens de me procurer un objet des plus étonnants. Il s’agit d’une plaque de rue. Elle est au nom du premier grand amour de Marcel Proust qui restera son ami jusqu’au bout.

Vous avez reconnu…

1 Plaque RH

 

Elle était au milieu d’une quinzaine d’autres :

2 Plaques

 

Une fois le marché conclu, je l’ai embarquée sur mon vélo :

3 Plaque sur mon vélo

 

Oui, Reynaldo, Reynaldo H… Mais, que vois-je ? Une orthographe fantaisiste, une faute incroyable. Hahn, ça s’écrit avec deux h mais pas deux n. Tout ajoutage relève de l’outrage. De plus, c’est une erreur de le qualifier de « vénézuelien » puisqu’il a été naturalisé français en 1912. Et ce n’est pas tout : d’« allée » à son nom, il n’y a pas, ni à Paris ni ailleurs. La capitale abrite une « rue Reynaldo Hahn » dans le XXe arrondissement ; Valence dans la Drôme aussi, mais ce modèle est une exclusivité parisienne.

 

Cette plaque, je l’ai achetée à Illiers-Combray même, à quelqu’un qui m’a assuré qu’elle était authentique. Il est vrai que l’émail, la taille (50×30), les caractères et les couleurs donnent parfaitement le change. N’empêche, c’est un faux absolu.

 

J’ai voulu en savoir plus et j’ai consulté la Mairie de Paris. Quoiqu’originale, limite extravagante, ma démarche a été très sérieusement accueillie. Mes différentes interlocutrices se sont montrées adorables et soucieuses de m’aider. Finalement, j’ai été mis en contact avec le responsable du centre de maintenance et d’approvisionnement des matériaux de la Ville. Ce Monsieur, Stéphane Ciccarelli, a été tout autant coopératif. Sa réponse par mel à mes différentes questions écrites mérite d’être citée in extenso :

 

« Effectivement, cette allée n’a jamais existé à Paris (et oui, il y a une faute d’orthographe).

Par contre la rue Reynaldo Hahn existe bien donc 2 possibilités :

– Une livraison qui était non conforme à la commande donc refusée et mise de côté.

– Une voie privée qui a été commandée par un particulier ou un syndic de propriété (ce qui n’explique pas la faute d’orthographe)

Le fait qu’elle ait l’air officielle ne signifie pas qu’elle ait été forcément achetée par la Ville de Paris. On peut effectivement commander des plaques de rue à titre personnel, lorsque l’on nous en demande (pour des départs en retraite d’agents de la ville ou de pompiers, etc.), nous donnons les coordonnées de notre fournisseur du moment.

Ce type de plaques est effectivement spécifique à la ville de Paris. Il n’y a pas à ma connaissance de commerce de « fausses plaques » mais des plaques volées peuvent se retrouvées sur des brocantes notamment… pour éviter toute confusion, les plaques déposées parce qu’en mauvais état sont normalement détruites par nos services. Dans ce cas précis, je ne sais pas d’où viennent ces plaques.

À titre d’information, dans nos marchés à bon de commande (nous commandons environ 600 plaques par an) une plaque de cette dimension coûte environ 40€ TTC. »

 

Voilà. Si je suis complètement informé, je ne suis pas plus avancé. Je n’en suis pas moins ravi de posséder un objet néo-proustien à nul autre pareil.

 

En tous cas, ce n’est pas à Illiers-Combray qu’on pourrait trouver de telles agressions à l’orthographe des noms propres.

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 


CATEGORIES : Chronique/ AUTHOR : patricelouis

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