Mots d’Oriane (43)

43

Un mot d’Oriane. Mariage et veuvage.

[Sur Norpois au Héros :] « Cela ne m’étonne du reste pas qu’il vous apprécie, me dit Mme de Guermantes, il est intelligent. Et je comprends très bien, ajouta-t-elle pour les autres, et faisant allusion à un projet de mariage que j’ignorais, que ma tante, qui ne l’amuse pas déjà beaucoup comme vieille maîtresse, lui paraisse inutile comme nouvelle épouse. D’autant plus que je crois que, même maîtresse, elle ne l’est plus depuis longtemps, elle est plus confite en dévotion. Booz-Norpois peut dire comme dans les vers de Victor Hugo :

Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,

O Seigneur, a quitté ma couche pour la vôtre !

Vraiment, ma pauvre tante est comme ces artistes d’avant-garde, qui ont tapé toute leur vie contre l’Académie et qui, sur le tard, fondent leur petite académie à eux ; ou bien les défroqués qui se refabriquent une religion personnelle. Alors, autant valait garder l’habit, ou ne pas se coller. Et qui sait, ajouta la duchesse d’un air rêveur, c’est peut-être en prévision du veuvage. Il n’y a rien de plus triste que les deuils qu’on ne peut pas porter. » (III)


CATEGORIES : Divertissement/ AUTHOR : patricelouis

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