Et la victoire revient à…

Et la victoire revient à…

 

Huit valeureux connaisseurs de Proust ont participé au quizz estival que le monde nous envie : quatre femmes (Clopine, Marcelita, Gilbus et Chantal) et quatre hommes (Fetiveau, Thierry, Youille et Rick).

Deux n’ont fait que passer : Chantal (1 réponse — bonne) et Rick (2 réponses — une demi-bonne réponse).

Gilbus a participé 19 fois, Marcelita 25, Fetiveau 28, Clopine, Youille et Thierry n’ont manqué aucune question.

Gilbus obtient 11 bonnes réponses

S’en remettre à des jets de dé permet à Youille d’obtenir 12 bonnes réponses.

Marcelita obtient 14, 5 bonnes réponses — le demi-point s’explique par le fait que certaines questions appelant des réponses doubles.

Fetiveau obtient 16, 5 bonnes réponses.

Clopine obtient 22 bonnes réponses.

Avec 23, 5 bonnes réponses, c’est donc Thierry qui arrivé premier. C’est notre vainqueur. Gloire à lui et gloire à chacune et à chacun ! Vous êtes formidables.  Quelle chance j’ai de vous compter comme contributeurs/trices et comme ami(e)s.

Vous trouverez ci-dessous les questions et les réponses avec les extraits d’À la  Recherche du temps perdu correspondants pour vous permettre de comprendre où vous avez trébuché. (Les contestations seront soumises à un huissier assermenté).

Et j’ai le plaisir de vous annoncer que le Quizz n° 5 est déjà prêt. Il sera à thème : « Les étrangers dans la Recherche (êtres, mots et choses) ». Mais où le fou de Proust va-t-il chercher tout ça ?!

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

Quizz IV

 

1

Swann et Forcheville commettent le même oubli chez Odette

1) Leur cœur, 2) leur étui à cigarettes, 3) leur chapeau

2) Leur étui à cigarettes.

*Une heure après, il reçut un mot d’Odette, et reconnut tout de suite cette grande écriture dans laquelle une affectation de raideur britannique imposait une apparence de discipline à des caractères informes qui eussent signifié peut-être pour des yeux moins prévenus le désordre de la pensée, l’insuffisance de l’éducation, le manque de franchise et de volonté. Swann avait oublié son étui à cigarettes chez Odette. « Que n’y avez-vous oublié aussi votre cœur, je ne vous aurais pas laissé le reprendre. » I

*Alors il [Swann] lut toute la lettre ; à la fin elle [Odette] s’excusait d’avoir agi aussi sans façon avec lui [Forcheville] et lui disait qu’il avait oublié ses cigarettes chez elle, la même phrase qu’elle avait écrite à Swann une des premières fois qu’il était venu. Mais pour Swann elle avait ajouté : « puissiez-vous y avoir laissé votre cœur, je ne vous aurais pas laissé le reprendre ». Pour Forcheville rien de tel : aucune allusion qui pût faire supposer une intrigue entre eux I

 

2

Lequel de ces Parisiens ne se joint pas aux personnalités éminentes provinciales formant un petit groupe en passant leurs vacances au Grand-Hôtel de Balbec ?

1) Un grand architecte, 2) un grand avocat 3) un grand médecin

1) Un grand architecte.

*Ils y conservaient toujours les mêmes chambres, et, avec leurs femmes qui avaient des prétentions à l’aristocratie, formaient un petit groupe, auquel s’étaient adjoints un grand avocat et un grand médecin de Paris qui le jour du départ leur disaient :

— Ah ! c’est vrai, vous ne prenez pas le même train que nous, vous êtes privilégiés, vous serez rendus pour le déjeuner. II

 

3

Lequel de ces « hétéro » est-il absent de la Recherche ?

1) Hétéroclite, 2) hétérogène, 3) hétérosexuel, 4) hétérostylé

3) Hétérosexuel.

*les syllabes hétéroclites (I), des éléments hétérogènes (II), une essence aussi hétérogène (III), des fleurs hétérostylées, deux personnes hétérogènes, des attachés hétérogènes (IV)

 

4

Lequel de ces métiers exercés au Grand-Hôtel n’est pas évoqué ?

1) Cuisinier, 2) liftier, 3) sommelier

1) Cuisinier.

*Une autre pièce glissa des mains de la princesse [de Parme] pour le sommelier qu’elle avait fait appeler et à qui elle tint à exprimer sa satisfaction comme un général qui vient de passer une revue. Le lift était, à ce moment, venu lui donner une réponse ; il eut aussi un mot, un sourire et un pourboire, tout cela mêlé de paroles encourageantes et humbles destinées à leur prouver qu’elle n’était pas plus que l’un d’eux. Comme Aimé, le sommelier, le lift et les autres crurent qu’il serait impoli de ne pas sourire jusqu’aux oreilles à une personne qui leur souriait, elle fut bientôt entourée d’un groupe de domestiques avec qui elle causa bienveillamment ; IV

*Quand le liftier était rentré, en lui disant avec quelle impatience j’avais attendu sa réponse, je lui avais raconté que j’avais cru qu’il montait, mais que c’était un chasseur de l’hôtel de Normandie. « Ah ! oui, je sais lequel, me dit-il, il n’y en a qu’un, un garçon de ma taille. Comme figure aussi il me ressemble tellement qu’on pourrait nous prendre l’un pour l’autre, on dirait tout à fait mon frangin. » Enfin il voulait paraître avoir tout compris dès la première seconde, ce qui faisait que, dès qu’on lui recommandait quelque chose, il disait : « Oui, oui, oui, oui, oui, je comprends très bien », avec une netteté et un ton intelligent qui me firent quelque temps illusion ; mais les personnes, au fur et à mesure qu’on les connaît, sont comme un métal plongé dans un mélange altérant, et on les voit peu à peu perdre leurs qualités (comme parfois leurs défauts). Avant de lui faire mes recommandations, je vis qu’il avait laissé la porte ouverte ; je le lui fis remarquer, j’avais peur qu’on ne nous entendît ; il condescendit à mon désir et revint ayant diminué l’ouverture. « C’est pour vous faire plaisir. Mais il n’y a plus personne à l’étage que nous deux. » Aussitôt j’entendis passer une, puis deux, puis trois personnes. Cela m’agaçait à cause de l’indiscrétion possible, mais surtout parce que je voyais que cela ne l’étonnait nullement et que c’était un va-et-vient normal. « Oui, c’est la femme de chambre d’à côté qui va chercher ses affaires. Oh ! c’est sans importance, c’est le sommelier qui remonte ses clefs. Non, non, ce n’est rien, vous pouvez parler, c’est mon collègue qui va prendre son service. » IV

 

5

Qu’est-ce que tante Léonie a du mal à digérer ?

1) ses asperges, 2) son eau de Vichy, 3) sa pepsine

2) Son eau de Vichy

*elle gardait quatorze heures sur l’estomac deux méchantes gorgées d’eau de Vichy ! I

 

6

Qui parle d’exagération lors de l’annonce de la mort de quelqu’un ?

1) Brichot sur Bergotte, 2) Le duc de Guermantes sur Amanien d’Osmond, 3) M. Verdurin sur la princesse Sherbatoff

2) Le duc de Guermantes sur Amanien d’Osmond et 3) M. Verdurin sur la princesse Sherbatoff.

*[Deux dames à canne :] « Basin, nous avons tenu à vous prévenir, de peur que vous ne soyez vu à cette redoute : le pauvre Amanien vient de mourir, il y a une heure. » Le duc eut un instant d’alarme. Il voyait la fameuse redoute s’effondrer pour lui du moment que, par ces maudites montagnardes, il était averti de la mort de M. d’Osmond. Mais il se ressaisit bien vite et lança aux deux cousines ce mot où il faisait entrer, avec la détermination de ne pas renoncer à un plaisir, son incapacité d’assimiler exactement les tours de la langue française : « Il est mort ! Mais non, on exagère, on exagère ! » IV

*M. Verdurin, à qui nous fîmes nos condoléances pour la princesse Sherbatoff, nous dit : « Oui, je sais qu’elle est très mal. — Mais non, elle est morte à six heures», s’écria Saniette. « Vous, vous exagérez toujours », dit brutalement à Saniette M. Verdurin, qui, la soirée n’étant pas décommandée, préférait l’hypothèse de la maladie, imitant ainsi sans le savoir le prince de Guermantes. V

 

7

Le maître d’hôtel du Héros parle avec exagération de la guerre à Françoise. Quelle durée de la guerre le maître d’hôtel du Héros prévoit-il devant Françoise ?

1) Vingt ans, 2) trente-cinq ans, 3) cent ans

2) trente-cinq ans.

Les jours où les nouvelles étaient bonnes, il prenait sa revanche en assurant à Françoise que la guerre durerait trente-cinq ans VII

 

8

Qui se vante d’avoir réussi beaucoup de mariages même entre femmes.

1) Charlus, 2) Elstir, 3) Jupien

2) Elstir.

*Quant au peintre il se réjouissait de l’introduction de Swann chez Mme Verdurin, parce qu’il le supposait amoureux d’Odette et qu’il aimait à favoriser les liaisons. « Rien ne m’amuse comme de faire des mariages, confia-t-il, dans l’oreille, au docteur Cottard, j’en ai déjà réussi beaucoup, même entre femmes ! » I

 

9

Comment Swann boit-il le thé d’Odette ?

1) Avec du citron, 2) avec de la crème, 3) sans l’un ni l’autre

2) Avec de la crème.

*Odette fit à Swann « son » thé, lui demanda : « Citron ou crème ? » et comme il répondit « crème », lui dit en riant : « Un nuage ! » Et comme il le trouvait bon : « Vous voyez que je sais ce que vous aimez. » I

 

10

Combien de temps tante Léonie est-elle restée cloîtrée dans sa chambre ?

1) Sept mois, 2) sept ans, 3) Ce n’est pas précisé

2) Sept ans.

*Ma mère, par désir passionné d’être rassurée par l’ami de Bergotte, ajouta à l’appui de son dire qu’une cousine germaine de ma grand’mère, en proie à une affection nerveuse, était restée sept ans cloîtrée dans sa chambre à coucher de Combray, sans se lever qu’une fois ou deux par semaine. III

 

11

Lequel de ces trois personnages n’a pas félicité le Héros pour son article du Figaro ?

1) Bloch, 2) Mme Goupil, 3) Théodore Sanilon

1) Bloch.

*Le lendemain je reçus deux lettres de félicitation qui m’étonnèrent beaucoup, l’une de Mme Goupil que je n’avais pas revue depuis tant d’années et à qui, même à Combray, je n’avais pas trois fois adressé la parole. Un cabinet de lecture lui avait communiqué le Figaro. Ainsi, quand quelque chose vous arrive dans la vie qui retentit un peu, des nouvelles nous viennent de personnes situées si loin de nos relations et dont le souvenir est déjà si ancien que ces personnes semblent situées à une grande distance, surtout dans le sens de la profondeur. Une amitié de collège oubliée, et qui avait vingt occasions de se rappeler à vous, vous donne signe de vie, non sans compensation d’ailleurs. C’est ainsi que Bloch, dont j’eusse tant aimé savoir ce qu’il pensait de mon article, ne m’écrivit pas. Il est vrai qu’il avait lu cet article et devait me l’avouer plus tard, mais par un choc en retour. En effet, il écrivit lui-même quelques années plus tard un article dans le Figaro et désira me signaler immédiatement cet événement. Comme il cessait d’être jaloux de ce qu’il considérait comme un privilège, puisqu’il lui était aussi échu, l’envie qui lui avait fait feindre d’ignorer mon article cessait, comme un compresseur se soulève ; il m’en parla, mais tout autrement qu’il ne désirait m’entendre parler du sien : « J’ai su que toi aussi, me dit-il, avais fait un article. Mais je n’avais pas cru devoir t’en parler, craignant de t’être désagréable, car on ne doit pas parler à ses amis des choses humiliantes qui leur arrivent. Et c’en est une évidemment que d’écrire dans le journal du sabre et du goupillon, des five o’clock, sans oublier le bénitier. » VI

*[Françoise :] j’ai souvent dit à Jeannette (la fiancée de Théodore) : « Petite, si jamais vous êtes dans la peine, allez vers ce Monsieur. Il coucherait plutôt par terre et vous donnerait son lit. Il a trop aimé le petit Théodore pour le mettre dehors, bien sûr qu’il ne l’abandonnera jamais. » Par politesse je demandai à sa sœur le nom de Théodore, qui vivait maintenant dans le Midi. « Mais c’était lui qui m’avait écrit pour mon article du Figaro ! » m’écriai-je en apprenant qu’il s’appelait Sanilon. VII

 

12

Que fait la princesse de Laumes avec son éventail pendant le concert chez Mme de Saint-Euverte ?

1) elle bat la mesure à contretemps, 2) elle se caresse la joue, 3) elle s’évente

1) Elle bat la mesure à contretemps.

*de son éventail elle battait pendant un instant la mesure, mais, pour ne pas abdiquer son indépendance, à contretemps. I

 

13

Dans le train vers Doncières, le Héros espère trouver un wagon vide pour pouvoir embrasser Albertine, mais ne trouve qu’un compartiment occupé par une dame. Quelle est son attitude ?

1) Il demande à la voyageuse de descendre, 2) Il enlace son amie comme s’ils étaient seuls, 3) Il se tient sage

2) Il enlace son amie comme s’ils étaient seuls.

*Nous nous hâtâmes pour gagner un wagon vide où je pusse embrasser Albertine tout le long du trajet. N’ayant rien trouvé nous montâmes dans un compartiment où était déjà installée une dame à figure énorme, laide et vieille, à l’expression masculine, très endimanchée, et qui lisait la Revue des Deux Mondes. […] J’espérais que la dame ne resterait pas beaucoup plus que M. Nissim Bernard et qu’elle descendrait au moins à Toutainville, mais non. Le train s’arrêta à Égreville, elle resta assise. De même à Montmartin-sur-Mer, à Parville-la-Bingard, à Incarville, de sorte que, de désespoir, quand le train eut quitté Saint-Frichoux, qui était la dernière station avant Doncières, je commençai à enlacer Albertine sans m’occuper de la dame. IV

 

14

Qui détruit l’église de Combray pendant la guerre ?

1) Les Allemands, 2) les Anglais, 3) les Français

2) et 3) Les Anglais et les Français.

*[Charlus :] Combray n’était qu’une toute petite ville comme il y en a tant. Mais nos ancêtres étaient représentés en donateurs dans certains vitraux, dans d’autres étaient inscrites nos armoiries. Nous y avions notre chapelle, nos tombeaux. Cette église a été détruite par les Français et par les Anglais parce qu’elle servait d’observatoire aux Allemands. VII

 

15

Combien Paris compte-t-elle d’habitants l’année ou le Héros rencontre Albertine ?

1) 2 millions, 2) deux millions cinq cents mille 3) trois millions

2) Deux millions cinq cents mille.

*[Les notables du Grand-Hôtel de Balbec à un grand avocat et un grand médecin de Paris :] Vous qui habitez la capitale, Paris, la grand ville, tandis que j’habite un pauvre chef-lieu de cent mille âmes, il est vrai cent deux mille au dernier recensement ; mais qu’est-ce à côté de vous qui en comptez deux millions cinq cent mille ? II

 

16

Qu’est-ce que la duchesse de Guermantes n’apprend pas au Héros jeune à Combray dans un rêve ?

1) connaître le nom de fleurs 2) reconnaître le parfum des aubépines 3) pêcher la truite

2) Reconnaître le parfum des aubépines.

*cette terre torrentueuse où la duchesse m’apprenait à pêcher la truite et à connaître le nom des fleurs aux grappes violettes et rougeâtres qui décoraient les murs bas des enclos environnants III

 

17

Que fait Mme Swann lorsqu’elle entend une chouette, selon Françoise ?

1) Elle allume une lanterne japonaise, 2) elle met un peignoir de crêpe de Chine, 3) elle renonce à un voyage

3) Elle renonce à un voyage.

*Parfois j’emmenais Françoise en pèlerinage devant la maison qu’habitaient les Swann. Je lui faisais répéter sans fin ce que, par l’institutrice, elle avait appris relativement à Mme Swann. « Il paraît qu’elle a bien confiance à des médailles. Jamais elle ne partira en voyage si elle a entendu la chouette, ou bien comme un tic-tac d’horloge dans le mur, ou si elle a vu un chat à minuit, ou si le bois d’un meuble, il a craqué. Ah ! c’est une personne très croyante ! » I

 

18

Avec sa « facilité », Viradobetski est capable de peindre sur nombre de surfaces. Laquelle n’est pas citée ?

1) Des boutons de manchettes, 2) des dessus de porte, 3) des éventails

3) Des éventails.

*Mme Verdurin croyait que Ski avait plus de tempérament qu’Elstir parce qu’il n’y avait aucun art pour lequel il n’eût de la facilité, et elle était persuadée que cette facilité il l’eût poussée jusqu’au talent s’il avait eu moins de paresse. Celle-ci paraissait même à la Patronne un don de plus, étant le contraire du travail, qu’elle croyait le lot des êtres sans génie. Ski peignait tout ce qu’on voulait, sur des boutons de manchette ou sur des dessus de porte. IV

*[C’est le baron de Charlus qui a peint un éventail : « M. de Charlus (chez qui j’ignorais ces talents, bien que Mme de Guermantes, qui l’avait connu fort différent dans leur jeunesse, prétendît qu’il lui avait fait une sonate, peint un éventail, etc.) » IV]

 

19

Selon le calcul du Héros, un aéroplane à deux mille mètres est-il

1) à la même distance qu’un train à deux kilomètres 2) plus loin, 3) plus près

3) plus près.

*Peut-être, quand les distances sur terre n’étaient pas encore depuis longtemps abrégées par la vitesse comme elles le sont aujourd’hui, le sifflet d’un train passant à deux kilomètres était-il pourvu de cette beauté qui maintenant, pour quelque temps encore, nous émeut dans le bourdonnement d’un aéroplane à deux mille mètres, à l’idée que les distances parcourues dans ce voyage vertical sont les mêmes que sur le sol et que, dans cette autre direction, où les mesures nous apparaissent autres parce que l’abord nous en semblait inaccessible, un aéroplane à deux mille mètres n’est pas plus loin qu’un train à deux kilomètres, est plus près même, le trajet identique s’effectuant dans un milieu plus pur, sans séparation entre le voyageur et son point de départ, de même que sur mer ou dans les plaines, par un temps calme, le remous d’un navire déjà loin ou le souffle d’un seul zéphyr raye l’océan des eaux ou des blés. V

 

20

Qu’est-ce qui sonne quand le Héros rentre chez lui après une alerte aérienne ?

1) La berloque, 2) la breloque, 3) la sirène

1) La berloque.

*Enfin la berloque sonna comme j’arrivais à la maison. VII

 

21

Quelle occupation ne trouve pas place dans les trains de la Recherche ?

1) Boire une liqueur, 2) faire l’amour, 3) ronfler, 4) jouer au bonneteau, 5) manger du poulet

3) Ronfler.

*Quand j’eus expliqué mon malaise à ma grand’mère, elle eut un air si désolé, si bon, en répondant : « Mais alors, va vite chercher de la bière ou une liqueur, si cela doit te faire du bien » que je me jetai sur elle et la couvris de baisers. Et si j’allai cependant boire beaucoup trop dans le bar du train, ce fut parce que je sentais que sans cela j’aurais un accès trop violent et que c’est encore ce qui la peinerait le plus. Quand, à la première station je remontai dans notre wagon, je dis à ma grand’mère combien j’étais heureux d’aller à Balbec, que je sentais que tout s’arrangerait bien, qu’au fond je m’habituerais vite à être loin de maman, que ce train était agréable, l’homme du bar et les employés si charmants que j’aurais voulu refaire souvent ce trajet pour avoir la possibilité de les revoir. II

*[Bloch sur Mme Swann :] Je l’avais rencontrée quelques jours auparavant dans le train de Ceinture. Elle voulut bien dénouer la sienne en faveur de ton serviteur, je n’ai jamais passé de si bons moments et nous allions prendre toutes dispositions pour nous revoir quand une personne qu’elle connaissait eut le mauvais goût de monter à l’avant-dernière station. » Le silence que je gardais ne parut pas plaire à Bloch. « J’espérais, me dit-il, connaître grâce à toi son adresse et aller goûter chez elle plusieurs fois par semaine, les plaisirs d’Éros, chers aux dieux, mais je n’insiste pas puisque tu poses pour la discrétion à l’égard d’une professionnelle qui s’est donnée à moi trois fois de suite et de la manière la plus raffinée entre Paris et le Point-du-Jour. Je la retrouverai bien un soir ou l’autre. » II

*Il [le duc de Guermantes] savait que la verve de sa femme avait besoin d’être stimulée par la contradiction, la contradiction du bon sens qui proteste que, par exemple, on ne peut pas prendre une femme pour une vache (c’est ainsi que Mme de Guermantes, enchérissant sur une première image, était souvent arrivée à produire ses plus jolis mots). Et le duc se présentait naïvement pour l’aider, sans en avoir l’air, à réussir son tour, comme, dans un wagon, le compère inavoué d’un joueur de bonneteau. III

*C’était leur morgue qui les préservait de toute sympathie humaine, de tout intérêt pour les inconnus assis autour d’eux, et au milieu desquels M. de Stermaria gardait l’air glacial, pressé, distant, rude, pointilleux et malintentionné, qu’on a dans un buffet de chemin de fer au milieu de voyageurs qu’on n’a jamais vus, qu’on ne reverra pas, et avec qui on ne conçoit d’autres rapports que de défendre contre eux son poulet froid et son coin dans le wagon. II

 

22

Lequel de ces jeux de cartes est-il absent de la Recherche ?

1) La belote, 2) le bésigue, 3) le bridge

1) La belote.

*Le bâtonnier de Cherbourg joue au bésigue avec ses amis du grand-Hôtel de Balbec (II) ; le duc de Guermantes joue au bridge avec une princesse italienne et ses deux belles-sœurs (IV) comme des dames à hauts turbans dans des « thés » (VII).

 

23

Quel personnage intimide-t-il « prodigieusement » Charlus ?

1) Un contrôleur d’omnibus, 2) le Héros, 3) la reine de Naples

2) Un contrôleur d’omnibus.

*M. de Charlus laissa mourir une reine plutôt que de manquer le coiffeur qui devait le friser au petit fer pour un contrôleur d’omnibus devant lequel il se trouva prodigieusement intimidé. IV

 

24

Pourquoi Saint-Loup ne salue-t-il plus deux Parisiens ?

1) Il les accuse d’exploiter des femmes, 2) Ils ont ruiné la réputation de Rachel, 3) Rachel les a ruinés

1) et 3)

*Il y avait à Paris deux honnêtes gens que Saint-Loup ne saluait plus et dont il ne parlait pas sans que sa voix tremblât, les appelant exploiteurs de femmes : c’est qu’ils avaient été ruinés par Rachel. III

 

25

Qui dit « na ! » ?

1) Le Héros jeune, 2) Saint-Loup, 3) Mme Verdurin

2) et 3)

[Saint Loup :] « Et moi, si je ne reprends pas de service, c’est tout bonnement par peur, na ! » VII

[Mme Verdurin :] — Je veux savoir ce que vous disiez de Mécène. Ça m’amuse, moi, na ! » redit Mme Verdurin à Brichot, par une amabilité qui grisa celui-ci. IV

Jeune, le Héros dit « Zut »…

 

26

Le liftier du grand-Hôtel de Balbec est-il homosexuel ?

1) Oui, 2) Non, 3) Ce n’est pas précisé

1) et 2) : il l’a été et ne l’est plus.

*Si un mouvement singulier avait conduit à l’inversion — et cela dans toutes les classes — des êtres comme Saint-Loup qui en étaient le plus éloignés, un mouvement en sens inverse avait détaché de ces pratiques ceux chez qui elles étaient le plus habituelles. Chez certains le changement avait été opéré par de tardifs scrupules religieux, paf l’émotion éprouvée quand avaient éclaté certains scandales, ou la crainte de maladies inexistantes auxquelles les avaient, en toute sincérité, fait croire des parents qui étaient souvent concierges ou valets de chambre, sans sincérité des amants jaloux qui avaient dru par là garder pour eux seuls un jeune homme qu’ils avaient au contraire détaché d’eux-mêmes aussi bien que des autres. C’est ainsi que l’ancien liftier de Balbec n’aurait pas accepté ni pour or ni pour argent des propositions qui lui paraissaient maintenant aussi graves que celles de l’ennemi. VII

 

27

Comment le Héros apprend-il la mort d’Albertine ?

1) par un appel téléphonique, 2) par un télégramme, 3) par une visite de Mme Bontemps

2) Par un télégramme.

*Je laissai toute fierté vis-à-vis d’Albertine, je lui envoyai un télégramme désespéré lui demandant de revenir à n’importe quelles conditions, qu’elle ferait tout ce qu’elle voudrait, que je demandais seulement à l’embrasser une minute trois fois par semaine avant qu’elle se couche. Et elle eût dit une fois seulement, que j’eusse accepté une fois.

Elle ne revint jamais. Mon télégramme venait de partir que j’en reçus un. Il était de Mme Bontemps. Le monde n’est pas créé une fois pour toutes pour chacun de nous. Il s’y ajoute au cours de la vie des choses que nous ne soupçonnions pas. Ah ! ce ne fut pas la suppression de la souffrance que produisirent en moi les deux premières lignes du télégramme : « Mon pauvre ami, notre petite Albertine n’est plus, pardonnez-moi de vous dire cette chose affreuse, vous qui l’aimiez tant. Elle a été jetée par son cheval contre un arbre pendant une promenade. Tous nos efforts n’ont pu la ranimer. Que ne suis-je morte à sa place ? » VI

 

28
De quel nom Morel affuble-t-il la nièce de Jupien dont le Héros croit qu’elle va être bientôt sa femme ?

1) Grand pied de grue, 2) petite grue, 3) sale grue

1) Grand pied de grue.

*En passant devant la boutique de Jupien, où Morel et celle que je croyais devoir être bientôt sa femme étaient seuls, Morel criait à tue-tête, ce qui faisait sortir de lui un accent que je ne lui connaissais pas, paysan, refoulé d’habitude, et extrêmement étrange. Les paroles ne l’étaient pas moins, fautives au point de vue du français, mais il connaissait tout imparfaitement. « Voulez-vous sortir, grand pied de grue, grand pied de grue, grand pied de grue » répétait-il à la pauvre petite qui certainement, au début, n’avait pas compris ce qu’il voulait dire, puis qui, tremblante et fière, restait immobile devant lui. « Je vous ai dit de sortir, grand pied de grue, grand pied de grue ; allez chercher votre oncle pour que je lui dise ce que vous êtes, putain. » V

 

29

Qui n’est pas comparé à Hercule ?

1) Basin de Guermantes, 2) Morel, 3) le Héros

2) Morel.

Le duc de Guermantes est dépeint en « cet Hercule en « smoking » (III) et, du Héros, Charlus dit : « vous êtes comme Hercule dont, malheureusement pour vous, vous ne me semblez pas avoir la forte musculature » (III).

 

30

Quel comportement délictueux ne trouve pas place dans les trains de la Recherche ?

1) Voyager avec un billet d’une classe inférieure au wagon choisi, 2) voyager avec un billet périmé, 3) voyager sans billet

2) Voyager avec un billet périmé.

*À Harambouville, comme le tram était bondé, un fermier en blouse bleue, qui n’avait qu’un billet de troisième, monta dans notre compartiment. Le docteur, trouvant qu’on ne pourrait pas laisser voyager la princesse avec lui, appela un employé, exhiba sa carte de médecin d’une grande Compagnie de chemin de fer et força le chef de gare à faire descendre le fermier. IV

*— Nom d’une pipe, j’ai dû perdre mon billet, je ne le retrouve pas », s’écria Cottard sans s’inquiéter d’ailleurs outre mesure. Il savait qu’à Douville, où deux landaus allaient nous attendre, l’employé le laisserait passer sans billet et ne s’en découvrirait que plus bas afin de donner par ce salut l’explication de son indulgence, à savoir qu’il avait bien reconnu en Cottard un habitué des Verdurin. « On ne me mettra pas à la salle de police pour cela, conclut le docteur. […]

Enfin le train s’arrêta à la station de Doville-Féterne, laquelle étant située à peu près à égale distance du village de Féterne et de celui de Doville, portait, à cause de cette particularité, leurs deux noms. « Saperlipopette, s’écria le docteur Cottard, quand nous fûmes devant la barrière où on prenait les billets et feignant seulement de s’en apercevoir, je ne peux pas retrouver mon ticket, j’ai dû le perdre. » Mais l’employé, ôtant sa casquette, assura que cela ne faisait rien et sourit respectueusement. IV

 

 

 

 

 

 

 


CATEGORIES : Divertissement/ AUTHOR : patricelouis

5 comments to “Et la victoire revient à…”

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  1. Gloire à vous également Patrice pour les moments agréables que vous nous faites vivre. Merci encore. Bien amicalement,

  2. Ah, c’était chouette ! Et plein de pièges (réponses multiples…)
    Merci encore et gloire à Thierry.

  3. Bravo à Thierry et à mes co-comment-dire, quizzistes, pour ne pas trop offenser l’Académie. Et bravo au concocteur-piégeur de ce quizz, qu’on pourrait appeler peut-être quizzeur, mais ça fait un peu trop culinaire. Quizzman ou quizzmaker plairaient mieux à Odette, mais pas au Quai Conti.

  4. Bravo à Thierry, il est très fort

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