Proust et la fête nationale

Proust et la fête nationale

 

Marcel Proust est né quatre-vingt-deux ans après la Prise de la Bastille… Son Héros n’est pas attiré par les flonflons. Les aristos le fascinent plus que le populo.

Le 14 juillet, comme fête nationale, est évoqué deux fois dans À la Recherche du Temps perdu.

Dans Sodome et Gomorrhe, des invités se comportent dans les salons de la princesse de Guermantes quasi comme s’ils assistaient au défilé patriotique. Ils sont prêts à monter sur des chaises pour mieux voir la duchesse de Guermantes, ainsi qu’on le fait au défilé ou sur un champ de courses. Visiblement, ce n’est pas au goût du Héros.

Dans La Prisonnière, il est explicite : il souhaite la suppression de la fête nationale ne trouvant pas — à la différence d’Albertine — que les réjouissances populaires, avec leur lot de feux d’artifice, de guinguettes et de bals populaires peuvent avoir du bon. [Ces lignes ont déjà été publiées le 13 juillet 2014.]

 

En 2015, à Illiers-Combray, la tradition est respectée, magnifiée. Jugez-en par le programme des festivités.

683 Affiche 14 juillet 2015

 

Vive la République !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*Tout en marchant à côté de moi, la duchesse de Guermantes laissait la lumière azurée de ses yeux flotter devant elle, mais dans le vague, afin d’éviter les gens avec qui elle ne tenait pas à entrer en relations, et dont elle devinait parfois, de loin, l’écueil menaçant. Nous avancions entre une double haie d’invités, lesquels, sachant qu’ils ne connaîtraient jamais « Oriane », voulaient au moins, comme une curiosité, la montrer à leur femme : « Ursule, vite, vite, venez voir Madame de Guermantes qui cause avec ce jeune homme. » Et on sentait qu’il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qu’ils fussent montés sur des chaises, pour mieux voir, comme à la revue du 14 juillet ou au Grand Prix. IV

 

*Je voulais aller à Venise, je voulais, en attendant, aller au Louvre voir des tableaux vénitiens, et, au Luxembourg, les deux Elstir qu’à ce qu’on venait de m’apprendre, la princesse de Guermantes venait de vendre à ce musée, ceux que j’avais tant admirés, les « Plaisirs de la Danse » et le « Portrait de la famille X… » Mais j’avais peur que, dans le premier, certaines poses lascives ne donnassent à Albertine un désir, une nostalgie de réjouissances populaires, la faisant se dire que peut-être une certaine vie qu’elle n’avait pas menée, une vie de feux d’artifice et de guinguettes, avait du bon. Déjà d’avance, je craignais que, le 14 juillet, elle me demandât d’aller à un bal populaire, et je rêvais d’un événement impossible qui eût supprimé cette fête. V

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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