Petit vent au pré Catelan

Petit vent au pré Catelan

 

La France est un pays tempéré… Entre Beauce et Perche, les éléments y sont particulièrement sages.

Moi qui les ai connus déchaînés — des cyclones aux tremblements de terre — , je ne me suis pas vraiment inquiété quand j’ai senti que ça soufflait dans mon jardin.  L’idée m’est venue d’aller voir ce que ça donnait au Pré Catelan, d’autant que j’avais en tête ce passage du début de Du côté de chez Swann où Swann, justement, se promène dans son jardin de Tansonville avec le grand’père du Héros :

*J’entendais plusieurs fois par an mon grand-père raconter à table des anecdotes toujours les mêmes sur l’attitude qu’avait eue M. Swann le père, à la mort de sa femme qu’il avait veillée jour et nuit. Mon grand-père qui ne l’avait pas vu depuis longtemps était accouru auprès de lui dans la propriété que les Swann possédaient aux environs de Combray, et avait réussi, pour qu’il n’assistât pas à la mise en bière, à lui faire quitter un moment, tout en pleurs, la chambre mortuaire. Ils firent quelques pas dans le parc où il y avait un peu de soleil. Tout d’un coup, M. Swann prenant mon grand-père par le bras, s’était écrié : « Ah ! mon vieil ami, quel bonheur de se promener ensemble par ce beau temps. Vous ne trouvez pas ça joli tous ces arbres, ces aubépines et mon étang dont vous ne m’avez jamais félicité ? Vous avez l’air comme un bonnet de nuit. Sentez-vous ce petit vent ? Ah ! on a beau dire, la vie a du bon tout de même, mon cher Amédée ! »

 

Et voici le petit vent de Tansonville :

https://www.youtube.com/watch?v=D-iSYzNBxYk

 

De retour chez moi, pas vraiment décoiffé, j’ai relu avec ravissement les lignes qui suivent ce passage :

*Brusquement le souvenir de sa femme morte lui revint, et trouvant sans doute trop compliqué de chercher comment il avait pu à un pareil moment se laisser aller à un mouvement de joie, il se contenta, par un geste qui lui était familier chaque fois qu’une question ardue se présentait à son esprit, de passer la main sur son front, d’essuyer ses yeux et les verres de son lorgnon. Il ne put pourtant pas se consoler de la mort de sa femme, mais pendant les deux années qu’il lui survécut, il disait à mon grand-père : « C’est drôle, je pense très souvent à ma pauvre femme, mais je ne peux y penser beaucoup à la fois. » « Souvent, mais peu à la fois, comme le pauvre père Swann », était devenu une des phrases favorites de mon grand-père qui la prononçait à propos des choses les plus différentes.

 

À Illiers-Combray (en tous cas depuis que j’y vis), le vent ne souffle pas souvent… et peu à la fois.

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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