Le 14-Juillet privé de drapeau

Le 14-Juillet privé de drapeau

 

L’office de Tourisme du Pays de Combray s’est tristement singularisé lors de la fête nationale…

S’il n’est qu’un jour un seul où les trois couleurs doivent fièrement hissées, c’est le 14 juillet. Lors des festivités, hier, à Illiers-Combray, ils semblaient tous de sortie sur la place d’où le défilé s’est élancé.

Il y avait les pompiers…

14-juillet-Illiers-Combray_1

 

… les anciens combattants…

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(Les mêmes, ensemble, de dos)

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… les élus portaient l’écharpe tricolore….

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… même les jeunes Sirènes arboraient le drapeau français.

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La petite foule des associations avait répondu présent.

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Ne remarquez-vous rien au fond de la photo ? Enfer et damnation ! La façade est désolée. Aucun emblème bleu-blanc-rouge ne flotte. Rapprochons-nous.

Office Tourisme Illiers Combray

 

L’ancien président (votre serviteur) avait pourtant demandé et obtenu de la municipalité un porte-drapeau mural et s’honorait d’arborer les trois couleurs à chaque commémoration officielle. Pour la fête nationale 2015 (redevenu simple citoyen), il a éprouvé une grande tristesse et une certaine honte.

 

Ce blogue étant consacré à l’œuvre de Marcel Proust, hier, à l’issue du défilé patriotique, de retour chez moi, j’ai relevé les occurrences de « drapeau » dans À la Recherche du Temps perdu — treize.

Cela va du drapeau du casino à celui qui interdit les bains de mer, des drapeaux américain, anglais et italien à celui des Cambremer, en passant par le drapeau français — devant lequel j’aurais aimé me « découvrir », comme le faisait à Combray le grand-père du Héros.

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

 

 

Les extraits :

*quelquefois un casino dont le drapeau claquait au vent fraîchissant II

*[Dans un rêve du Héros] Mme Swann dans le sexe masculin et la condition de maître baigneur avait été suivie non seulement par sa physionomie habituelle, mais même par une certaine manière de parler. Seulement elle ne pouvait pas m’être de plus d’utilité entourée de sa ceinture rouge, et hissant, à la moindre houle, le drapeau qui interdit les bains, car les maîtres-baigneurs sont prudents, sachant rarement nager, qu’elle ne l’eût pu dans la fresque de la Vie de Moïse où Swann l’avait reconnue jadis sous les traits de la fille de Jethro. II

*De sorte que si, avant ces visites chez Elstir, avant d’avoir vu une marine de lui où une jeune femme, en robe de barège ou de linon, dans un yacht arborant le drapeau américain, mit le « double » spirituel d’une robe de linon blanc et d’un drapeau dans mon imagination qui aussitôt couva un désir insatiable de voir sur le champ des robes de linon blanc et des drapeaux près de la mer, comme si cela ne m’était jamais arrivé, jusque-là, je m’étais toujours efforcé devant la mer, d’expulser du champ de ma vision, aussi bien que les baigneurs du premier plan, les yachts aux voiles trop blanches comme un costume de plage, tout ce qui m’empêchait de me persuader que je contemplais le flot immémorial qui déroulait déjà sa même vie mystérieuse avant l’apparition de l’espèce humaine et jusqu’aux jours radieux qui me semblaient revêtir de l’aspect banal de l’universel été de cette côte de brumes et de tempêtes, y marquer un simple temps d’arrêt, l’équivalent de ce qu’on appelle en musique une mesure pour rien, or maintenant c’était le mauvais temps qui me paraissait devenir quelque accident funeste, ne pouvant plus trouver de place dans le monde de la beauté : je désirais vivement aller retrouver dans la réalité ce qui m’exaltait si fort et j’espérais que le temps serait assez favorable pour voir du haut de la falaise les mêmes ombres bleues que dans le tableau d’Elstir. II

*Mais qu’Albertine eût dîné au château du régent de la Banque avec telle ou telle dame, que cette dame l’eût même invitée pour l’hiver suivant, cela n’en donnait pas moins à la jeune fille, pour la mère d’Andrée une sorte de considération particulière qui s’alliait très bien à la pitié et même au mépris excités par son infortune, mépris augmenté par le fait que M. Bontemps eût trahi son drapeau et se fût — même vaguement panamiste, disait-on — rallié au gouvernement. II

*Enfin mon grand-père, adorant l’armée (bien que ses obligations de garde national eussent été le cauchemar de son âge mûr), ne voyait jamais à Combray un régiment défiler devant la grille sans se découvrir quand passaient le colonel et le drapeau. III

*[|e jeune grand-duc héritier de Luxembourg (ex-comte de Nassau)] Puis on raconta qu’étant allé voir cette année sa tante la princesse de Luxembourg, à Balbec, et étant descendu au Grand Hôtel, il s’était plaint au directeur (mon ami) qu’il n’eût pas hissé le fanion de Luxembourg au-dessus de la digue. Or, ce fanion étant moins connu et de moins d’usage que les drapeaux d’Angleterre ou d’Italie, il avait fallu plusieurs jours pour se le procurer, au vif mécontentement du jeune grand-duc. III

*Le vent faisait claquer le drapeau du Casino. IV

*Tout au plus, lorsque quelque belle jeune femme descendait d’automobile au coin de la plage, Albertine ne pouvait-elle s’empêcher de se retourner. Et elle expliquait aussitôt : « Je regardais le nouveau drapeau qu’ils ont mis devant les bains. Ils auraient pu faire plus de frais. L’autre était assez miteux. Mais je crois vraiment que celui-ci est encore plus moche. » IV

*[Mme de Cambremer] Irritée d’avance du côté bonasse que son mari tenait de sa mère et qui lui ferait prendre un air honoré quand on lui présenterait les fidèles, désireuse pourtant de remplir ses fonctions de femme du monde, quand on lui eut nommé Brichot, elle voulut lui faire faire la connaissance de son mari parce qu’elle avait vu ses amies plus élégantes faire ainsi, mais la rage ou l’orgueil l’emportant sur l’ostentation du savoir-vivre, elle dit, non comme elle aurait dû : « Permettez-moi de vous présenter mon mari », mais : « Je vous présente à mon mari », tenant haut ainsi le drapeau des Cambremer, en dépit d’eux-mêmes, car le marquis s’inclina devant Brichot aussi bas qu’elle avait prévu. IV

*[Saint-Loup sur Charlus :] Mon oncle est au fond un monarchiste impénitent à qui on ferait avaler des carpes comme Mme Molé ou des escarpes comme Arthur Meyer, pourvu que carpes et escarpes fussent à la Chambord. Par haine du drapeau tricolore, je crois qu’il se rangerait plutôt sous le torchon du Bonnet rouge qu’il prendrait de bonne foi pour le Drapeau blanc. » VII


CATEGORIES : Chronique, Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

2 comments to “Le 14-Juillet privé de drapeau”

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  1. Je sais que dans notre pays, la liberté d’écriture est d’une grande importance, mais de là à écrire sans savoir, il y a une marge. Les drapeaux initialement installés ont été enlevés par la Mairie car ils perturbaient le fonctionnement des caméras de surveillance. Il était entendu qu’ils seraient remis en place, à chaque occasion, par les services techniques; j’ai personnellement contacté le responsable de ces services, mais malheureusement l’Office de Tourisme a été oublié lors de l’installation. De toute façon, l’écusson tricolore est présent sur la façade, le bâtiment est donc pavoisé, avec ou sans drapeaux!

    • `Chère Présidente,
      Je n’ai rien écrit d’autre qu’il n’y avait pas de drapeau sur la façade de l’Office de Tourisme du Pays de Combray.
      La seule information que vous apportez est que vous êtes « personnellement » intervenue — ce qui ne fait que confortez la haute estime que je vous porte. Comme vous l’écrivez vous-même (bénéficiant ici, comme tout le monde, de la liberté d’expression) l’Office a été « malheureusement » oublié.
      Chère Marie-Bernard, vous serez toujours la bienvenue sur ce blogue.

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