Bonne fête, Madeleine

Bonne fête, Madeleine

 

22 juillet, jour de la sainte Madeleine… Il n’y a pas que le célèbre petit gâteau qui s’appelle Madeleine. À la Recherche du Temps perdu abrite quatre personnages qui portent ce prénom.

 

La « tante Madeleine » du duc et de la duchesse de Guermantes, la marquise de Villeparisis, née Madeleine de Bouillon….

*[La duchesse de Guermantes à Alix :] « J’ai eu de vos nouvelles par Madeleine » III

 

… une comédienne…

* Je classais par ordre de talent les plus illustres : Sarah Bernhardt, la Berma, Bartet, Madeleine Brohan, Jeanne Samary, mais toutes m’intéressaient. I

 

… la magdaléenne pécheresse des Évangiles, premier témoin de la Résurrection du Christ…

*Ce n’était pas « Rachel quand du Seigneur » qui me semblait peu de chose, c’était la puissance de l’imagination humaine, l’illusion sur laquelle reposaient les douleurs de l’amour, que je trouvais grandes. Robert vit que j’avais l’air ému. Je détournai les yeux vers les poiriers et les cerisiers du jardin d’en face pour qu’il crût que c’était leur beauté qui me touchait. Et elle me touchait un peu de la même façon, elle mettait aussi près de moi de ces choses qu’on ne voit pas qu’avec ses yeux, mais qu’on sent dans son cœur. Ces arbustes que j’avais vus dans le jardin, en les prenant pour des dieux étrangers, ne m’étais-je pas trompé comme Madeleine quand, dans un autre jardin, un jour dont l’anniversaire allait bientôt venir, elle vit une forme humaine et « crut que c’était le jardinier » ? III

 

… et la jeune femme dont le héros du roman d’Eugène Fromentin, Dominique, est amoureux.

*[Pastiche du Journal inédit des Goncourt :] Et tandis que je m’habille pour le suivre, c’est, de sa part, tout un récit où il y a par moments, comme l’épellement apeuré d’une confession sur le renoncement à écrire aussitôt après son mariage avec la « Madeleine » de Fromentin. VII

 

Deux autres Madeleine — mais privées de leur prénom — se glissent dans l’œuvre : la couturière Madeleine Cheruit et l’abbesse de Fontevrault, Marie-Madeleine Gabrielle Adélaïde de Rochechouart de Mortemart.

 

Enfin, Proust évoque d’autres « Madeleine », parties du VIIIe arrondissement de Paris.

*D’autres fois nous allions sur les boulevards et je me postais à l’entrée de la rue Duphot ; on m’avait dit qu’on pouvait souvent y voir passer Swann se rendant chez son dentiste ; et mon imagination différenciait tellement le père de Gilberte du reste de l’humanité, sa présence au milieu du monde réel y introduisait tant de merveilleux, que, avant même d’arriver à la Madeleine, j’étais ému à la pensée d’approcher d’une rue où pouvait se produire inopinément l’apparition surnaturelle. I

*Cet oncle serait sûrement blessé ; il n’eût trouvé que naturel que nous allassions de la Madeleine au Jardin des Plantes où il habitait avant de nous arrêter à Saint-Augustin, pour repartir rue de l’École-de-Médecine. II

*[Charlus à propos de Bloch :] « Où votre ami demeure-t-il à Paris ? Comme les trois quarts des rues tirent leur nom d’une église ou d’une abbaye, il y a chance pour que le sacrilège continue. On ne peut pas empêcher des Juifs de demeurer boulevard de la Madeleine, faubourg Saint-Honoré ou place Saint-Augustin. IV

 

Mais je ne vais tout de même pas souhaiter bonne fête à une église ou à un boulevard !

 

Parole de proustiste…

Patrice Louis

 

PS : Je ne crois pas connaître une seule femme prénommée Madeleine, mais je me souviens qu’enfant à Versailles, je rendais visite à une très vieille dame. C’était « tante Madeleine », sœur de la mère de mon père. Fille d’amiral, elle vivait avec son colonel de mari, « oncle Charles », rue du Peintre-Lebrun dans un grand appartement sombre.

Dernière minute : Le deuxième prénom de ma dernière petite-nièce (voir la chronique Proust, Ibsen et Apolline) est Madeleine.


CATEGORIES : Décorticage/ AUTHOR : patricelouis

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